Alors qu’il est fortement question de supprimer le grand oral du , Emmanuel Macron montre l’exemple en entamant un tour de France préélectoral en forme, justement, de grand oral. Explications du principal intéressé : « Dès le début du mois de juin, grâce au retour à une vie aussi normale que possible, je veux reprendre mon bâton de pèlerin et aller dans les territoires pour prendre le pouls du pays. » De la « dimension christique du pouvoir » au « bâton de pèlerin », il y a effectivement une logique.

Et Christophe , l’inénarrable patron du groupe à l’Assemblée, de commenter : « Le président de la République a un point commun avec tous ses prédécesseurs, il sait l’isolement de l’Élysée. […] Il est le maire de France, au plus près des territoires. » Aussitôt dit, aussitôt fait, la première étape a eu lieu, ce mercredi 2 juin, à Saint-Cirq-Lapopie, charmant village médiéval du Lot, connu pour abriter la maison d’André Breton. Le chef de file du surréalisme, connu pour ses aphorismes abscons, aurait assuré, en s’installant ici : « J’ai cessé de me désirer ailleurs. » Ça ne veut pas dire grand-chose, mais c’est joli.

Tout aussi surréaliste demeure l’évocation macronienne de la « ruralité heureuse » ; sachant le taux de suicide de nos malheureux paysans, il fallait oser. Il a osé. Pour le reste, et à en croire la presse régionale, les échanges entre « le maire de France » et ses chers administrés relèveraient de propos de café du commerce. Et encore, ce n’est pas gentil pour ce dernier : au comptoir, on entend souvent moins d’âneries que dans les grandes écoles. Bref, Emmanuel Macron nous fait son Chirac mâtiné de Mitterrand, entre clins d’œil appuyés aux jolies crémières et grandes phrases creuses prononcées d’un ton pénétré.

Tout ça pour dire qu’il est en campagne présidentielle, sans le dire mais en faisant tout comme. Mais n’est pas Chirac ou Mitterrand qui veut. Le premier, même si tout aussi technocrate de naissance qu’Emmanuel Macron, était plausible en candidat des champs. Il ne se forçait pas et, fait rare chez cet homme, était sûrement sincère. Quant au second, lorsque commençant à préparer sa réélection de 1988, il est fort d’un encore puissant et tout à sa botte ; ce qui lui permet de faire la réclame de sa fameuse politique d’ouverture. Mais l’actuel Président a-t-il les moyens de telles ambitions, lui dont le premier gouvernement était déjà « d’ouverture » ?

En effet, d’un strict point de vue politicien, le grand échec de son quinquennat consiste à n’avoir pas réussi à mettre sur pied un parti politique digne de ce nom. Son modèle à demi-avoué ? L’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, confédération assez nébuleuse, mais forte d’assez de ténors pour faire pièce à l’hégémonique RPR. À l’Intérieur, ministère régalien s’il en est, Giscard avait Michel Poniatowski, Macron n’a que  ; c’est dire le fossé…

Pis, Giscard incarnait une forme de modernité, alors que la France vivait encore un peu sous le règne de tante Yvonne. Perpétuer cette chimère n’a, aujourd’hui, guère de sens : cette même France étant plus demandeuse d’autorité – ce qu’il avait commencé d’incarner au début de son mandat – que de gadgets sociétaux, et autres GPA, réservés à des CSP+ ivres de frivolité et ne représentant qu’une infime part de la population, même si majoritaire dans les médias dominants, ce qui est bien le problème. Idem pour cette Europe qui pouvait encore faire rêver en 1974 mais qui, en 2021, tiendrait plutôt du cauchemar.

Après, il serait sot de sous-estimer le Président n’ayant pas son pareil pour retourner les assistances comme des crêpes, tel qu’on a pu le constater lors des « grands débats » de 2019. C’est un beau parleur. Il le sait. En use et en abuse. En espérant que les Français allant à sa rencontre lors de son tour de France ne se laissent pas trop abuser.

4 juin 2021

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