Normalement, l’affaire était pliée. David Lisnard, le maire de Cannes (notre photo), devait succéder à François Baroin à la tête de l’AMF (Association des maires de France), fort des soutiens de ce dernier et de Gérard Larcher, indéboulonnable président du Sénat. Sauf qu’en face, il y a Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, dont David Lisnard affirme : « Il est l’arbre qui cache la forêt macroniste. Près de 23 membres de sa liste sur 35 sont proches du chef de l’État. S’il l’emporte, l’AMF deviendra une courroie de transmission du pouvoir étatique. » Ce que confirme le même Gérard Larcher : « Rien ne serait pire que l’alignement de l’Association des maires de France sur la politique du gouvernement, quel qu’il soit. »

Éternel débat entre Paris et province, Montagnards et Girondins, roi et féodaux… L’objet de ces lignes n’est évidemment pas de trancher cette épineuse question. En revanche, on peut s’en poser sur le soudain activisme de Renaud Muselier, président de la région PACA, qui s’est empressé de déclarer : « La présidence de l’AMF ne peut pas et ne doit pas être assumée par un maire qui n’a jamais appelé à voter en faveur des forces politiques républicaines lors des élections régionales de juin dernier, en dépit du consensus qui s’était créé face au Rassemblement national. » Nous y voilà.

En effet, alors que Thierry Mariani, ancien RPR passé au RN, menaçait la réélection de Renaud Muselier, lui aussi ex-RPR ayant plus ou moins rallié LREM, David Lisnard laissait toute latitude à ses administrés de voter pour qui bon leur semblait. Voilà qui, dans une société normale, équivaudrait à faire confiance au bon sens du peuple des électeurs. Mais là, pas du tout.

Et notre démocrate indigné de tweeter, le 27 octobre : « Pour la présidence de l’AMF, je soutiens Philippe Laurent ! Les maires de France ne peuvent pas être représentés par David Lisnard qui a fait campagne contre moi – et donc pour le FN de Thierry Mariani – aux régionales. Philippe Laurent sera un président ouvert et constructif ! » Voilà qui induit au moins deux remarques. La première, c’est qu’il s’agit désormais du « RN » et non plus du « FN » ; personne pour remettre les fiches à jour, dans ce boutre ? La seconde, c’est qu’un président « ouvert et constructif » ne saurait être autre que macroniste. À croire que pour une cervelle muselière, si ce n’est muselée, théoriser deux concepts en même temps veuille signifier qu’il y en aura toujours un de trop. Même Christophe Castaner et Christian Estrosi, les deux intellectuels qu’on sait, auraient fait mieux ; c’est dire.

Au fait, question autrement plus intéressante : qui est David Lisnard, cet homme politique si discret ? Éléments de réponse : peut-être ce qui se fait de mieux dans cette droite donnée pour être de gouvernement et de ces édiles locaux parfois portés à se croire maîtres du château. En novembre 2020, répondant aux questions du musicien Bertrand Burgalat, intervieweur de luxe et d’exception, dans les colonnes du mensuel Technikart, l’homme de la Croisette démontrait qu’il est possible d’être à la fois maire de la cité des paillettes cinématographiques et proche de la France d’en bas.

Que le maestro nous permette de le citer : « Je trouve ce mec épatant. David Lisnard est maire de Cannes depuis 2014, porte-parole de l’Association des maires de France, après avoir été celui de Fillon en 2017, jusqu’au bout, sans illusions, “par esthétique”, quand ceux qui finissaient dans le même camp avaient eu le temps de trahir deux fois. […] Ce n’est pas son cas : désendettement, lutte contre la désertification du centre-ville, indépendance face aux concessionnaires de marchés publics, action concrète et réactivité face au Covid, il montre que la médiocratisation de la société politique n’est pas une fatalité. »

Il n’est pas besoin d’être adhérent de LR pour trouver ce David Lisnard éminemment sympathique…

 

16 novembre 2021

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