Editoriaux - Société - 10 juin 2019

Profanation du cimetière de Toulouse : quand on n’a plus le respect des vivants, pourquoi respecter les morts ?

C’est la dernière d’une très longue série, au cimetière Terre-Cabade, l’un des plus vieux de Toulouse. Dans la nuit de samedi à dimanche, une centaine de tombes y ont été profanées. « C’est un spectacle désolant, on n’a jamais vu autant de tombes touchées, des crucifix, des plaques, des colonnes ou des vases cassés ou projetés dans les allées », a confié le maire Jean-Luc Moudenc à l’AFP. Il a également apporté cette précision : « Une seule tombe a été éventrée » et « aucune des quelques tombes israélites ou musulmanes n’a été dégradée ».

Hasard ou volonté des profanateurs, on ne sait pas encore, mais seules des tombes chrétiennes ont donc été touchées.

Ce dimanche était jour de Pentecôte, fête chrétienne s’il en est, où l’on commémore la descente du Saint-Esprit sur les apôtres.

Hélas, le Saint-Esprit est de plus en plus souvent aux abonnés absents, remplacé par l’esprit de malignité, de nuisance, de haine, de bêtise… Un esprit prosélyte, missionnaire, dont le règne s’étend dangereusement.

Il faut regarder la vérité en face : les profanations de cimetières sont devenues un fait divers banal. Lorsqu’elles touchent un carré israélite, l’indignation remonte au sommet de l’État ; un peu moins s’il s’agit du carré musulman ; bien peu quand on profane des tombes chrétiennes. Ce n’est que du grand ordinaire…

La vérité par les chiffres, donc. En 2010 déjà, un article du Figaro détaillant une note de la direction générale de la gendarmerie nationale annonçait que « dans l’indifférence, la France est le théâtre d’une profanation de cimetière tous les deux jours » : 184 dégradations de sépultures en 2009. « Les faits perpétrés dans les cimetières sont pour l’essentiel des dégradations de stèles, d’ornementations et des inscriptions », ces profanations recensées touchant « très majoritairement des tombes chrétiennes ou des églises ».

Cinq ans plus tard, plus de 200 tombes étaient saccagées dans le cimetière de Castres et Le Figaro, de nouveau, dénonçait : « Selon le ministère de l’Intérieur, les atteintes aux lieux de culte et sépultures de toutes les religions augmentent régulièrement. En 2014, sur 807 sites vandalisés, 673 étaient chrétiens. » Précision de la Place Beauvau : cette année-là, « sur les 216 atteintes à des cimetières, 206 concernaient des sites chrétiens. Sur les 591 atteintes à des lieux de culte, 467 concernaient des sites chrétiens. » 

La gauche bien-pensante a toujours avancé à cela une explication : c’est parce que les lieux de culte et cimetières chrétiens sont majoritaires. Ce n’est donc qu’une question de statistique. Et puis, quoi, il n’y a pas mort d’homme ! comme le disait le maire de Saint-Denis d’Avion (Pas-de-Calais), dont l’église avait été profanée : « C’est surtout les hosties renversées qui avaient l’air de préoccuper les catholiques, mais voilà, quoi ! C’était pas Beyrouth ; ça a été vite remis en place. »

C’était il y a cinq ans. Mgr Pascal Roland, l’évêque de Belley-Ars, demandait alors à tous les curés de son diocèse de retirer le Saint-Sacrement des tabernacles en laissant leur porte ostensiblement ouverte.

On passe sur les croix arrachées et souillées d’urine, les déjections sur les autels et les statues de la Vierge, les hosties piétinées… Pourtant, « c’est pas Beyrouth », comme dit M. le maire ; ce n’est pas la Syrie, ce n’est pas l’Inde ni le Nigeria, ce n’est pas non plus le Pakistan ou le Yémen, pays où les chrétiens – bien minoritaires, ceux-là ! – sont persécutés. Non, c’est la France, pays de culture et de tradition chrétienne. La France « fille aînée de l’Église » !

Je ne sais pas quelle est la part de l’idéologie et celle de la bêtise crasse dans ce vandalisme. Je sais seulement qu’une société où les réseaux sociaux sont un déversoir à insultes et menaces n’a plus le respect des vivants. Pourquoi aurait-elle, alors, le respect des morts ?

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