Audio - Editoriaux - Presse - Société - 30 avril 2018

“Ma première pensée va aux parents d’Angélique condamnés à la souffrance perpétuelle, ce qui ne sera pas le cas de l’assassin”

Le père d’Anne-Lorraine Schmitt, assassinée il y a onze ans par un criminel sexuel récidiviste, confie à Boulevard Voltaire sa réaction suite à la découverte du meurtre de la petite Angélique, violée et assassinée elle aussi. Fervent partisan de la réclusion, ce père dénonce la force d’inertie qui caractérise notre société incapable de prendre des mesures de sanction et d’encadrement strict pour ces criminels sexuels.

Nous avons appris dimanche que le meurtrier présumé d’Angélique Six, 13 ans, avait déjà été condamné pour le viol d’une fillette du même âge en 1996. Ces faits ne sont pas sans rappeler le drame qui vous a frappé.
Quelle a été votre réaction ?

De la tristesse et de la colère. De la tristesse, parce que ma première pensée va à ses parents. C’est ce que nous avons connu il y a 11 ans. Ses parents sont condamnés à la souffrance perpétuelle. En revanche, cela ne sera pas le cas de l’assassin, car en France, la perpétuité n’existe pas.
Si eux, de manière perpétuelle, vont souffrir, lui dans 15, 20 ou 30 ans quoi qu’il en soit, il sortira.
Et de la colère, car une nouvelle fois, il y a une mise en danger d’autrui. Ce serait la faute à personne. Or, j’estime que la récidive n’est pas imprévisible. Elle est écrite dans les gènes de ces criminels sexuels. La seule chose qui est imprévisible, c’est le moment où va avoir lieu la récidive. On ne peut pas prévoir le premier acte, mais la récidive quant à elle est évidente.

Quelles seraient les réformes à mettre en œuvre pour prévenir la récidive ?

La première chose serait d’appliquer la sanction. D’après les informations que j’ai lues dans la presse, le criminel en question a fait 50 % de la peine à laquelle il avait été condamné. Je pense que lorsqu’on est condamné à 10 ans pour une agression ou un viol, on fait 10 ans de prison et on ne ressort pas au bout de 5 ans.
La seconde serait de se diriger vers un encadrement très strict. Si ces gens-là devaient être remis en liberté, il faut qu’ils soient suivis, contrôlés et encadrés. Cela me paraît normal que le maire de la commune sache qu’il a sur son territoire quelqu’un qui a déjà commis une agression sexuelle. Il est normal que les gendarmes suivent cet individu et qu’ils le contrôlent très régulièrement. Il me semble normal que ces criminels sexuels, même s’ils sont remis en liberté, se sentent complètement corsetés, ce qui n’est absolument pas le cas actuellement.
Enfin, dans le doute, je suis un fervent partisan de la rétention. S’il y a un doute, il ne doit pas profiter au criminel, mais aux victimes potentielles. En l’occurrence, ce n’est pas le cas du tout.

Après l’assassinat de votre fille en novembre 2007, vous aviez essayé de faire entendre votre voix comme d’autres parents de victimes.
Avez-vous eu le sentiment d’être entendus et les choses ont-elles bougé depuis 10 ans ?

Je pense que nous n’avons pas beaucoup progressé. Un crime odieux vient de se produire. Des débats animent les chaînes d’informations, tout le monde donne son avis et intervient. Il y a en fait une sorte d’inertie, et ensuite nous allons recommencer comme avant. Depuis 10 ans, peu de choses sont faites. Il y a encore des criminels sexuels remis en liberté en toute connaissance. On ne les contrôle pas et ils ont toute latitude pour recommencer quand ils veulent, comme ils veulent et où ils veulent.

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