Le discours qu’Emmanuel Macron a délivré à Belfort, le 10 février 2022, annonçant la construction de six réacteurs nucléaires EPR 2, représente un virage à 180° au regard de ses engagements énergétiques de 2017, mais il est l’un des plus clairs de son quinquennat. Suite à la flambée des prix de l’énergie et en particulier de celle du gaz depuis l’été dernier, le président de la République a pris acte que la décarbonation de la société devrait en priorité s’appuyer sur la génération électrique nucléaire, considérant au passage « qu’une stratégie misant sur un seul type d’énergie (c'est-à-dire renouvelables) serait une impasse ». Il en va à la fois de la sécurité électrique de la France que les renouvelables ne pourront jamais assurer seuls (ils nous ont délivré moins de 3 % de l’électricité au cours du mois de janvier), mais aussi des futurs prix de l’électricité (le prix du gaz compte pour 90 % dans le prix du MWh électrique, contre moins de 5 % pour l’uranium).

La décarbonation n’est toutefois que le pilier le plus visible de la transition énergétique. Le second dont on parle moins s’appelle « sobriété énergétique » et repose sur la réduction de notre consommation énergétique dans l’habitat, les transports et l’industrie où des gisements considérables d’économies existent. Emmanuel Macron ne l’a pas oublié dans son discours en déclarant que « pour atteindre ses objectifs climatiques, la France doit en trente années baisser de 40 % sa consommation d’énergie ». L’économiste Christian Saint-Étienne avait donc vu juste en tweetant, après le discours du Président, que personne ne relayait « le chiffre clé de son propos : la baisse programmée de 40 % de notre consommation d'énergie qui rend impossible la réindustrialisation et la hausse du niveau de vie ».

Il y a toutefois une différence notable entre décarbonation et sobriété énergétique.

Alors que la croissance économique peut, en théorie, se passer de carbone (il suffit de remplacer l’ensemble des énergies fossiles par des énergies décarbonées), elle ne peut en revanche se passer d’énergie. Il existe donc un seuil de consommation énergétique sous lequel la croissance économique n’est plus possible. Pour l’anticiper on ne peut se contenter de la notion trop simpliste de sobriété énergétique. Il est indispensable d’introduire le concept d'intensité énergétique qui rapporte la consommation d’énergie primaire d’une région ou d’un pays à sa production de richesse. S’exprimant en kWh/dollar, il traduit la quantité d’énergie requise pour produire une unité de richesse. Plus l’intensité énergétique est faible, plus l’économie d’un pays s’avère performante.

Depuis le début du XXe siècle, l’intensité énergétique mondiale est passée de 7 kWh/dollar à moins de 2 kWh/dollar. Cette remarquable baisse cache toutefois une forte hétérogénéité géographique : tous les pays de l’OCDE se situent bien en dessous de la moyenne mondiale, tandis que la plupart des pays émergents ont une intensité énergétique bien supérieure. Ainsi, pour produire un dollar de richesse, la France et l’Allemagne consomment un peu moins de 1 kWh et la Grande-Bretagne 0,8. En revanche, pour produire ce même dollar de richesse, la Russie consomme 5 kWh, l’Inde 3,5 et la Chine 3.

Ces fortes disparités s’expliquent en partie par la désindustrialisation des pays de l’OCDE au profit des services. Toutefois, compte tenu du poids moyen de l’industrie dans la production de richesses nationales (< 30 %), la différence s’explique surtout par l’inefficacité des systèmes énergétiques des pays émergents (habitat mal isolé, parc de voitures mal entretenu, outil industriel obsolète).

Les tendances mondiales montrent que la valeur seuil de l’intensité énergétique se situe autour de 0,6 kWh/dollar. En considérant pour la France une croissance économique de 1 % par an au cours des 30 prochaines années, cette valeur minimale pourra s’accommoder d’une réduction maximale de la consommation d’énergie de l’ordre de 21 %. En d’autres termes, le chiffre de 40 % de réduction avancé par Emmanuel Macron dans son discours s’avère totalement incompatible avec la poursuite d’une croissance économique minimum mais aussi d’une potentielle réindustrialisation que la plupart des candidats ont intégrée à leur programme. Et que dire des scénarios extrêmes de l’ADEME (-54 % et -56 %) et de celui du groupe NEGAWATT (–65 %) sur lequel Jean-Luc Mélenchon a construit sa stratégie énergétique. Bien des scénarios font donc de la décroissance sans le dire !

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16 février 2022

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23 commentaires

  1. Je vous recommande absolument de faire le calcul de la production électrique supplémentaire nécessaire pour faire rouler à l’électricité le parc automobile français. Ce n’est pas très difficile et les résultats sont ETONNANTS. Quand une marque d’auto vous dit dans sa PUB « ZERO EMISSION », c’est du FOUTAGE DE GUEULE ABSOLU. Parce qu’elle ne vous dit pas d’où vient l’électricité. Et Surtout si la bagnole est allemande.

  2. J’espère vivre assez longtemps pour voir l’énergie nucléaire à fusion, et l’épuisement des réserves de pétrole des pays musulmans… Ça devrait être réjouissant.

  3. Pendant ce temps nos factures d’électricité grimpent en flèche et certaines usines ferment leurs portes car le prix de l’électricité industrielle a été multiplié par quatre.
    si avec ça, macron pense réindustrialiser ?

  4. La décroissance est l’objectif de l’écologie politique depuis l’après-guerre, laquelle a puisé ses racines idéologiques dans l’eugénisme qui était la science des élites il y a un siècle. De fait, il n’a jamais été caché que, derrière ce terme, se cachait la décroissance de la population.
    Le niveau de vie global dépend directement de la consommation énergétique. Si cette dernière décroît, il y a plusieurs solutions… C’est ici que l’élimination/ désactivation des dissidents prend place.

  5. Voila alors que le quinquennat du tonneau des danaïdes se termine, notre cher Macron fait des prospectives pour les années à venir et veut remettre un tonneau tout neuf plein de promesses illusoires comme il sait si bien le faire.

  6. Je pensais bêtement que « gouverner c’est prévoir…..c’est anticiper » rien n’a été anticipé, tout a été raté et c’est après cinq année que Macron et ses guignolets se rendent compte que l’on va manquer d’électricité et qu’à présent on devrait en priorité s’appuyer sur la génération électrique nucléaire,

  7. Ce revirement soudain de Macron au profit du nucléaire, et un peu tard, prouve encore une fois que l’idéologie f m mondialiste de l’extrême passe avant les intérêts de la France. Avec les éoliennes pas abandonnés, mais implantations prévues en grand nombre…Des éoliennes pas du tout écologiques, nécessitant centrales à gaz ou charbon, ce qui prouve l’irrationnel de cette décision mortifère. Vite Zemmour

  8. Macron n’est qu’un petit comptable bancaire. Il serait judicieux qu’il prenne conseil auprès de vrais experts comme Philippe Charlez pour l’énergie et des professeurs Péronne, Maudreux, ou du prix nobel Japonnais pour la crise du covid

  9. Quand comprendrez- vous qu’ une éolienne produit de l’ électricité grace au vent. Que le vent  » utile  » souffle 2200 h / an alors 1 éolienne ne tourne que 2200h/ an, pas forcément
    en même temps au Nord qu’ au Sud, très rarement à sa puissance maximale
    1000 , tourneront 2200 h/ an; 10000 idem, 1 million idem jamais elles ne fourniraient seulement 15 % de l’ énergie nécessaire, en échange elles nous coûtent des milliards

    1. De plus, les besoins en électricité sont maximum quand il fait soit très chaud, soit très froid, c’est à dire en situation anticyclonique. Et en situation anticyclonique… il n’y a pas de vent !

    2. La vitesse du vent compte aussi. L’énergie produit varie en fonction du cube de cette vitesse Les calculs sont faits pour 80km/h. Donc un vent deux fois moindre, c’est huit fois moins d’électricité!!!

  10. D’un côté il faut faire 40%d’économie d’énergie et le ministre des transports nous dit que la consommation d’énergie va augmenter de 50% .comprenne qui pourra, il est vrai que c’est du en même temps.

    1. Depuis la nuit des temps, les courbes de production de richesse et de dépenses d’énergie sont parallèles. Faites baisser celle-ci, et vous aurez automatiquement une baisse de celle-là, donc un appauvrissement généralisé.

  11. Une fois de plus Macron exhibe des chiffres qui, comme lui, ne tiennent pas la route. Ce bon à peu de choses ne vient -il pas de racheter à Général électric 2 fois plus cher Alstom qu’il lui avait vendu en 2017 ? De plus pourquoi ce rigolo de service ne remet-il pas en route la centrale de Fessenheim à ce moment si crucial où la France, anciennement exportatrice, devient importatrice d’électricité ? Il est vrai que pour le Jupiter de service (après vente) le « en même temps » carbure à plein

  12. « Errare humanum est, sed perseverare diabolicum ».
    Dans ce dossier, EM s’est toujours trompé.
    Reste à voir combien çà lui a rapporté ?

  13. Macron , où comment dire tout et faire son contraire . D’abord , il était pour la fusion Alstom/G.E. Donc Alstom constructeur des turbines qui équipent nos centrales. Mais , Macron se félicite maintenant que nous ayons racheté la partie énergie à G.E. SuperMacron s’est trompé .Trompé encore en fermant Fessenheim, mais maintenant il est pro nucléaire. Macron qui parle de nous équiper avec des centaines d’éoliennes off shore , dont le KWH est 3 fois plus élevé que le nucléaire.

    1. Il a surtout trompé et avili les français. Il est en train d’achever l’entreprise exemplaire qu’était EDF. Merci Monsieur Macron. Vous resterez le Président le plus destructeur que la France a connu. Adieu à tout jamais j’espère.

    2. Il a aussi fait arrêter le projet Astrid de centrales de 4e génération qui auraient permis de recycler des déchets nucléaires…

    3. Absorption de la branche Energie d’ALSTOM par GE. C’est à dire cession pure et simple à l’étranger d’une activité française STRATEGIQUE. MAcron ne s’est pas trompé ! Macron et ses copains s’en sont mis PLEINS LES POCHES, notamment pour financer la campagne de MAcron en 2016.

  14. C’est le genre de débat qu’il serait enfin utile de tenir en ces temps d’élection présidentielle. La pauvreté des centres d’intérêts de la presse ( polémiques sans fin au ras des pâquerettes, analyses quasi quotidienne des sondages, commentaires des petites phrases , énumération des transfuges, etc, etc.) . Il existe tant d’autres sujets et, le principal, le bilan de ce quinquennat.

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