Economie - Editoriaux - 20 février 2019

Pôle emploi : peut mieux faire

Une commission sénatoriale vient de se pencher sur le fonctionnement de Pôle emploi, né il y a dix ans de la volonté de Nicolas Sarkozy de fusionner l’ASSEDIC, chargée de rémunérer les chômeurs, avec l’ANPE, dont le but était de leur trouver un emploi.

Les sénateurs trouvent que ce rapprochement a été une réelle avancée, qu’il était justifié, que Pôle emploi est “moderne, plutôt réactif et agile” (c’est le terme employé, même s’il est un peu étrange). Cependant, son efficacité est médiocre, puisque dix-huit mois après l’inscription à Pôle emploi, seuls 55 % des chômeurs ont retrouvé un emploi et, donc, 45 % sont entrés dans la spirale du chômage de longue durée dont il est très difficile de sortir. Un trop grand trou entre deux emplois est stigmatisant vis-à-vis des entreprises. Qui serait prêt à employer quelqu’un qui est resté si longtemps éloigné du monde de l’entreprise ?

Dans d’autres pays, les organismes similaires à Pôle emploi sont plus efficaces, mais les conditions imposées sont souvent bien plus drastiques que chez nous, avec une obligation de prendre un travail même si la rémunération est faible et si le nouvel emploi est loin du domicile du chômeur. M. Macron a décidé qu’il en serait de même en France dans les prochains mois et sans doute le taux de 55 % va-t-il monter en flèche, mais au prix d’un certain dumping social. Être licencié d’un poste de cadre à 4.000 euros par mois et être contraint, au bout de huit mois, de prendre un emploi de plongeur à mi-temps à 800 euros mensuels sous peine d’être viré de Pôle emploi est dévalorisant. Que le chômeur soit obligé d’accepter une forte décote, même en début de droits, est normal, mais il y a des limites ! Et un tel déclassement social ne se justifie qu’en fin de droits si le chômeur a continué à rechercher inlassablement sans se décourager, car il vaut mieux, alors, travailler qu’être au RSA. Le tout est une question délicate d’équilibre entre efficacité et justice sociale.

Le rapport préconise d’arrêter les réductions d’effectifs à Pôle emploi. En 2019, on va encore supprimer 800 postes, sur un total de 50.000. Les agents ont désormais un trop grand nombre de demandeurs d’emploi à gérer et ils ne peuvent plus leur apporter une aide efficace. Ils sont, en outre, stressés car leur hiérarchie leur met la pression pour obtenir des résultats sans leur donner les moyens d’accomplir leur mission. Les gains obtenus avec la compression de la masse salariale à Pôle emploi sont de fausses économies car ils ne compensent pas les allocations aux demandeurs d’emploi qu’il faut continuer à verser. Beaucoup d’entre eux, en effet, restent au chômage faute d’un soutien efficace.

Les sénateurs s’interrogent aussi sur les recours aux opérateurs privés, car une très grande opacité règne sur ces contrats. Les parlementaires réclament un audit exhaustif sur les modalités de ces recours à la sous-traitance afin qu’elles soient plus transparentes qu’aujourd’hui. Ils ne remettent pas en cause ce système, car a priori il peut apporter une vraie aide aux demandeurs d’emploi.

Enfin, le rapport préconise d’ouvrir le conseil d’administration de Pôle emploi à d’autres mandataires qui seraient des experts du recrutement, de réels connaisseurs du monde de l’entreprise ou des hommes de terrain. Actuellement, sur dix-neuf membres, dix sont des syndicalistes ou des représentants patronaux.

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