Editoriaux - Education - 8 février 2019

Peut-on faire confiance à l’école pour l’éducation sexuelle des enfants ?

Si vous appreniez qu’un de vos enfants lit, à l’école primaire, La Montagne magique, vous vous diriez, sans doute, que ce roman de Thomas Mann n’est pas adapté à son âge, et vous auriez raison. Il s’agit d’une bande dessinée qui vient, après la plainte d’un parent, d’être retirée des ouvrages recommandés par l’Éducation nationale. Le ministère reconnaît que « le contenu apparaît inapproprié ». Jugez-en vous-même.

La mère d’un élève dénonçait le « caractère pédopornographique » de ce manga. Un personnage adulte raconte à deux enfants l’histoire d’une sorcière, qui donne des leçons bien particulières : « Elle aspire votre zizi et elle le suce en disant “hmmm, c’est bon””, ajoutant : « Le zizi des petits garçons, c’est ce qu’il y a de meilleur ! » Et les petites filles ont également droit à leur part, plus explicitement que dans “Les Sucettes” de Serge Gainsbourg. « C’est des histoires… C’est pas vrai », s’écrient les garçons, éberlués de cette découverte.

Eh bien, si, c’est vrai ! Le ministère a reconnu que cette bande dessinée avait été inscrite, en 2016, sur les listes références de la Direction générale de l’enseignement scolaire : « Nous devons vérifier le contenu de chaque ouvrage recommandé mais là, nous avons fait une erreur », allègue-t-il. Il a demandé de s’assurer que l’ouvrage n’était « plus mis à disposition des élèves ». C’est le moins qu’il puisse faire, mais ne devrait-il pas aller plus loin ? Par exemple, mener une enquête pour savoir comment cette « erreur » a pu être commise.

Ce n’est pas la première fois que la rue de Grenelle se livre à des recommandations discutables. En 2013, on pouvait trouver sur des sites officiels ou syndicaux des pistes pédagogiques se prêtant, sous prétexte de lutter contre les stéréotypes de genre, à l’énoncé de points de vue qui ne font pas – c’est le moins qu’on puisse dire – l’objet d’un consensus. Sur les rayons des bibliothèques pour enfants trônaient des livres comme Maman a un zizi ou Papa porte une robe. Ils étaient parfois étudiés en classe. On se souvient de la polémique suscitée par les ABCD de l’égalité ou le livre Tous à poil !

Entre la volonté de favoriser l’égalité entre filles et garçons, de lutter contre l’homophobie ou de répondre à des questions que peuvent se poser des enfants en matière sexuelle et le militantisme LGBT, voire l’éloge de la pédophilie – que de nombreux intellectuels défendaient dans les années 1970 comme un processus naturel de libération des corps –, il n’y a qu’un pas. Faut-il rappeler les abus de la Ligne Azur, dont une circulaire de 2013 invitait les recteurs à faire la promotion ?

On peut penser (espérer ?) que la plupart des professeurs des écoles, s’ils ont lu le manga incriminé, ont jugé, avant que le ministère ne le souligne, qu’il n’était pas adapté à de jeunes enfants. Quoi qu’il en soit, le fait même qu’il ait pu être, un temps, recommandé par l’Éducation nationale suscite des interrogations sur la conception que se font certains de l’éducation sexuelle des jeunes enfants et sur les dysfonctionnements structurels ou humains de la rue de Grenelle.

« Il n’y aura pas d’éducation à la sexualité explicite à l’école primaire, rien qui heurte le bon sens de tout père ou mère de famille », a dû préciser Jean-Michel Blanquer, à la rentrée 2018. Ce rappel à l’ordre semble signifier que cela n’allait pas de soi ! S’il veut instaurer l’école de la confiance et rétablir, notamment, la confiance des familles, il lui reste apparemment encore beaucoup de travail.

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