Editoriaux - Polémiques - Société - 15 février 2019

Père et mère, c’est ringard. Parent 1 et parent 2, c’est mieux !

Tout lasse, tout passe… Ça y est, mes amis, c’est fini. Plié. Désormais nous ne chanterons plus :
« Mes parents sont culottiers
Et la nuit, et le jour,
Ils font leur triste métier
Le cœur plein d’amour
Papa pique et maman coud »

Il faudra, dorénavant, enseigner aux petits-enfants :
« Mes parents sont culottiers […] Parent 1 pique et parent 2 coud. »
Ce qui sonne nettement moins bien, vous en conviendrez.

L’auteur de ce morceau d’anthologie, un dénommé Charles Trenet, dont les orientations sexuelles n’étaient un mystère pour personne, doit s’en retourner dans son cercueil capitonné de satin blanc.

C’est un tic, voire un toc, chez nos élites gouvernantes, championnes dans l’art d’accommoder les restes : que les Français s’élèvent contre une mesure, une taxe, une loi ou un traité qui ne leur convient pas, on le leur ressert jusqu’à ce qu’ils le gobent. Une panure, une sauce au vin, un coulis bien pimenté, et hop ! Avalez-moi ça !

C’est ainsi que pour « ancrer dans la législation la diversité familiale des enfants dans les formulaires administratifs soumis à l’école », Valérie Petit (député LREM du Nord à l’origine du texte) et ses collègues ont voté mardi, en première lecture, un amendement au projet de loi sur « L’école de la confiance ». Celui-ci stipule que « les mentions “père” et “mère” ont vocation à disparaître des formulaires scolaires au profit de “parent 1” et “parent 2” ».

“Vocation”. J’aime le mot… qui signifie qu’en tout temps, les Français ont vocation à se faire enfumer.

Père et mère, c’est ringard. Surtout, disent les belles personnes, ça ne colle plus à la réalité des enfants depuis le vote de la loi Taubira sur le mariage pour tous. Il faut croire que le sort des uns, même ultra-minoritaires en nombre, prime sur celui de la majorité…

Le plus drôle est que tout cela avait été prédit par les forces obscurantistes de la Manif pour tous. Pour reprendre le mot, il était évident que le mariage pour tous avait “vocation” à entraîner la disparition de papa et maman, tout comme il est aujourd’hui certain que la PMA pour toutes entraînera ipso facto la GPA pour tous.

Il faut relire les articles publiés dans la presse bien-pensante voilà cinq ou six ans, indignée que les partis de droite puissent craindre ce qu’on nous sert aujourd’hui. Ainsi Libération, en novembre 2012, sous la mention « Désintox » : « Si un changement était nécessaire, rien ne permet de dire que l’on “numérotera” les parents dans le cadre des futurs documents. Ce qui n’empêche pas, là encore, l’argument de s’étaler, se tordre, jusqu’à devenir l’objet d’un fantasme total. Car contrairement à ce que laisse entendre Marine Le Pen, la loi ne prévoit pas que sur les documents scolaires, les parents 1 et 2 remplacent “le nom du père et le nom de la mère”. »

À quoi l’ineffable Jean-Luc Romero ajoutait : « Qu’on cesse de dire que père et mère seront remplacés par parent 1 et parent 2, c’est totalement faux ! »

On ne le prévoyait pas, mais c’est advenu quand même.

Toutes ces belles âmes qui parlaient, hier, à qui mieux mieux de « fantasmes » et de « bobards » doivent, aujourd’hui, se rendre à l’évidence. Teigneux, Le Huffington Post titre donc sur « l’argument revanchard (sic) des anti-mariage pour tous » et dénonce : « Si la Manif pour tous s’est empressée de dénoncer une “bêtise idéologique” consistant à “nier la réalité de la filiatio”, elle a également relayé les commentaires revanchards de journalistes et élus conservateurs rappelant que la disparition des termes “père” et “mère” avait été dénoncée dès 2012 lors des débats sur le projet de loi instaurant le mariage pour tous. »

Dans L’Avare de Molière, on dit « Qui se sent morveux, qu’il se mouche. »

Au Huff, c’est surtout le triomphe de Tartuffe.

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