C’était il y a seulement une semaine… le Tunisien Brahim Aouissaoui assassinait de manière particulièrement atroce trois catholiques à la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption à Nice. Quelques semaines auparavant, il avait débarqué avec d’autres clandestins à Lampedusa, en Sicile. Nourri, soigné et logé en Italie, il avait été laissé libre d’aller où bon lui semblait avec, en poche… une obligation de quitter l’Europe par ses propres moyens, puisqu’il n’était pas éligible au statut de réfugié.

Ce n’est pas la première fois que des terroristes se mêlent au flux ininterrompu de clandestins qui débarquent tous les jours en Italie et ailleurs en Europe, surtout depuis l’immense vague migratoire des années 2014-2015. Anis Amri, l’un des auteurs de l’attentat de Berlin, en décembre 2016, était entré en Europe par le même biais. Plusieurs auteurs des attentats de 2015, en France, étaient arrivés en Europe par l’île de Léros, mêlés à d’autres clandestins.

Ces trois derniers jours, presque mille quatre cents clandestins ont débarqué à Lampedusa. Le centre d’accueil d’urgence de Contrada Imbriacola est au bord de l’explosion, hébergeant plus de sept fois sa capacité d’accueil, qui est de 190 personnes. On n’évoquera pas la sacro-sainte distanciation sociale… Une situation hors de contrôle, encore plus tendue que cet été, explique Domenico Pianese, secrétaire général du syndicat de police VOISP. « C’est pour cela que, depuis des semaines, nous demandons au gouvernement de bloquer les flux migratoires incontrôlés : vu que dans le nouveau décret de la présidence du Conseil des ministres [nouvelles restrictions prises par Giuseppe Conte pour gérer la pandémie de Covid-19, NDLR]) beaucoup de restrictions sont prévues, pourquoi ne fait-on rien pour les centres d’accueil ? Pourquoi continue-t-on à accueillir sans aucune distinction ? »

Sans compter que, depuis plusieurs mois, courent dans la presse comme sur les réseaux sociaux les images de ces demandeurs d’asile qui sortent en toute tranquillité de leurs centres d’accueil pour mieux les fuir et chercher ailleurs – chez nous ? – une vie meilleure, alors qu’une infime minorité d’entre eux est éligible au droit d’asile et que la proportion, chez eux, du nombre de Nord-Africains, notamment Tunisiens, est en augmentation constante.

Ce fut le cas du terroriste de Nice.

Il y a quelques semaines, Luciana Lamorgese, ministre de l’Intérieur italien, a aboli la loi Immigration et Sécurité, la fameuse loi Salvini : désormais nombreux sont les obstacles au rapatriement dans leur pays d’origine des déboutés du droit d’asile, tandis que l’attribution des permis de séjour est redevenue quasi automatique. Depuis le début de l’année 2020, plus de 27.000 clandestins – dont 11.195 de Tunisie – ont débarqué sur les côtes italiennes, contre 9.553 en 2019, lorsque Matteo Salvini était ministre de l’Intérieur.

Brahim Aouissaoui est donc entré sans encombre en Europe et a traversé l’Italie du sud vers le nord pour arriver à Nice et commettre l’attentat. Matteo Salvini a eu beau jeu, alors, de réclamer, et toute l’opposition avec lui, la démission du ministre de l’Intérieur italien, ironisant même : « Nous écrirons à l’émission “Chi l’ha visto?” [l’équivalent italien de l’émission “Perdu de vue”, NDLR] pour avoir des nouvelles du ministre Lamorgese. » À partir de vendredi, la Sicile sera classée « orange » par décision du gouvernement italien, en raison de la montée du Covid-19 : interdiction, entre autres, d’entrer et de sortir de Sicile. « La zone orange vaut-elle aussi pour les immigrés ? », telle est la question posée par Matteo Salvini sur Facebook…

L’immigration est l’un des derniers tabous de la parole et de l’action politiques françaises. Le 5 novembre, sur Europe 1, Jean-Yves Le Drian, un peu gêné aux entournures, affirmait tout de même, s’arc-boutant tel un passager du Titanic au mantra immigrationniste de la gauche : « Il y a aujourd’hui un contrôle aux frontières qui va être renforcé. Mais je ne fais pas de lien entre immigration et terrorisme. »

Cet après-midi, énième couac gouvernemental : a démenti son ministre. Affirmant sa volonté de modifier Schengen et de renforcer la présence policière aux frontières, il dit vouloir lutter contre l’immigration clandestine et les réseaux de trafiquants « qui de plus en plus souvent sont liés aux réseaux terroristes ».

Parole magique macronienne ou début de prise de conscience ? Les Français, quant à eux, supportent de plus en plus difficilement la supercherie du « en même temps ».

5 novembre 2020

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