Alors que le total des surfaces brûlées était plutôt en diminution, ces dernières années, dans le bush australien, l’année 2019 fait figure d’exception. On est encore loin du record de surfaces brûlées, en 1974, dans le centre de l’ [1], mais les incendies de 2019 ont plus d’impacts car ils concernent des zones plus densément peuplées.

Pour la presse française, un seul coupable possible : le réchauffement climatique, et surtout la posture climato-sceptique du Premier ministre australien Scott Morrison, libéral de surcroît, qu’il fallait punir.

La situation n’est cependant pas si simple. Dans un article d’Alan Jones paru dans le Daily Telegraph du 18/11/2019 [2] et que l’on peut trouver sur le site d’une association de pompiers volontaires, la VFFA, on peut lire : « La gravité des feux n’a rien à voir avec le “changement climatique” mais avec de nouvelles règles “environnementales” qui ont rendu l’entretien du bush impossible au nom de la biodiversité. »

On peut y lire également que, dans les parcs nationaux où certains feux ont pris naissance, « les pistes que pouvaient emprunter les pompiers sont maintenant envahies par la végétation et sont devenues impénétrables. Ces accès ont été barrés par de grosses pierres ou des barrières. Comme il n’y a plus d’accès terrestres, les pompiers doivent avoir recours à des méthodes aériennes onéreuses et inefficaces de façon curative. Les Verts assument cette stratégie, hormis le fait qu’ils ne veulent pas que soit utilisée de l’eau de mer pour arroser, mais de l’eau douce pour protéger l’environnement. Le problème est que les pompiers manquent d’eau douce. »

En fait, les règles environnementales imposées dans les années 2000 ont créé des sanctuaires.
En tête de l’article, la VFFA a ajouté : « Il est temps que les bureaucrates et les politiciens arrêtent d’accuser le “changement climatique”, dans la crise des feux dans le bush, dont ils sont beaucoup responsables et qui met des vies en danger. » Suite à un incendie incontrôlable survenu en 2013 dans la banlieue de Canberra, un article du Daily Telegraph de Miranda Devine (13/1/2013) [3] dénonçait déjà cette situation, et la pression des Verts sur les décideurs.

Pour compléter, le Dr Paul Read, codirecteur du Centre australien de recherche sur les feux de forêt (National Centre for Research in Bushfire and Arson), ajoute dans l’article que le nombre d’incendies volontaires est, en moyenne, de 62.000 par an, et ce chiffre augmente. Parmi eux, 13 % sont allumés volontairement et 37 % de façon suspicieuse, ce qui fait que 85 départs d’incendie par jour sont volontaires.

S’il ne fait pas de doute que la température et la sécheresse qui caractérisent l’année 2019 (l’historique des précipitations montrant une tendance plutôt positive depuis 1970, selon les données du Bureau australien de météorologie [4]) ont favorisé la propagation des incendies, sous la pression de ces critiques, le gouvernement fédéral va lancer une enquête afin de tirer au clair l’incidence des réglementations environnementales sur la gravité des feux et leur prévention [5].

En attendant, pour les médias français, les coupables sont tout trouvés, et je doute fort que l’on entende parler des résultats de cette enquête.

[1] https://www.news.com.au/technology/environment/how-the-2019-australian-bushfire-season-compares-to-other-fire-disasters/news-story/7924ce9c58b5d2f435d0ed73ffe34174
[2] https://volunteerfirefighters.org.au/it-is-high-time-bureaucrats-and-politicians-stopped-blaming-climate-change-for-a-bushfire-crisis-that-is-very-much-of-their-own-making-and-is-putting-lives-at-risk
[3] https://www.dailytelegraph.com.au/news/opinion/lets-tell-the-burning-truth/news-story/ae30e22c69a0a9a7fe4141bc4e9442a8
[4] http://www.bom.gov.au/climate/updates/articles/a034.shtml
[5] https://volunteerfirefighters.org.au/nsw-government-bushfire-inquiry-to-focus-on-failures-in-hazard-reduction

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