Agriculture - Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 25 novembre 2019

Nicolas Bardy : « Les gens ont l’impression qu’ils vont pouvoir modeler la campagne à leur bon vouloir »

Nicolas Bardy, éleveur de bovins à Lacapelle-Viescamp (Cantal), vient d’être condamné à verser 8.000 euros à un couple de retraités qui se plaint depuis dix ans des nuisances olfactives de son élevage. Incarnation d’une ruralité en péril ? Réponse et explications au micro de Boulevard Voltaire.


Vous venez d’être condamné à payer une amende de 8000 euros pour une raison improbable.
Pouvez-vous nous expliquer comment est née cette histoire et à quel moment ont été lancées les premières procédures ?

Cette démarche a commencé il y a presque 10 ans. Ils étaient dérangés par les odeurs d’activités agricoles. Au début, cela a commencé par les bottes de foin que l’on stockait à l’extérieur. Comme ils ont vu qu’ils n’y arrivaient pas, ils sont passés à un autre sujet. Ils se sont attaqués à la fumière. Selon eux, elle était trop près de chez eux. Ensuite, c’était le bâtiment agricole, trop près de chez eux également.
Avec toutes ces procédures accumulées les unes après les autres, nous nous défendons depuis 10 ans. C’est à nous d’expliquer que ce qu’on nous reproche ne fait pas de nuisance. Quand on cherche, on finit par trouver des choses. Personne n’est jamais irréprochable. Ils ont donc fini par trouver qu’un de nos bâtiments n’était pas conforme au permis de construire. Ils ont interdit l’accès à ce bâtiment où nous mettions les animaux. On n’a pas eu d’autre option que de faire un bâtiment neuf. Les délais administratifs, les demandes de financement, le permis de construire et la réalisation des travaux correspondent à quasiment 18 mois de travaux.
Ils ont relancé une procédure judiciaire pour être indemnisés, car les nuisances causées par le bruit prenaient trop de temps. Nous avons essayé de les contrecarrer en plaidant la procédure abusive. Il nous semblait qu’ils allaient un peu trop loin. A priori, ce n’est pas ce qui a été retenu.
Aujourd’hui, nous avons déménagé, il n’y a plus d’animaux sur site et nous devons les indemniser pour négligence des années passées.

Lorsqu’ils se sont installés ont-ils tout de suite été gênés ?

C’est incompréhensible. C’est une maison de famille. Ils sont venus y habiter lorsqu’ils étaient à la retraite. Nous avons changé de production. Nous sommes passés à des vaches de production pour la viande. Mais nous n’avions pas changé la taille de l’exploitation. Fondamentalement, nous n’avons rien changé.

Vous êtes devenus l’incarnation d’une ruralité en péril.
Pensez-vous que c’est une fracture entre l’élevage traditionnel, celui que vous pratiquez depuis six générations et le Nouveau Monde ?

Je ne sais pas si c’est vraiment une fracture. L’agriculture a évolué. La vision que les gens avaient de l’agriculture n’a pas forcément évolué. Le décalage est là. Les pratiques agricoles sont plus que respectueuses de l’environnement, des gens et de la qualité. En France, nous sommes reconnus pour cette agriculture-là.
On trouve des gens mécontents de leur sort aussi bien à la campagne qu’à la ville. À la campagne, les gens ont l’impression qu’ils vont pouvoir modeler la campagne à leur bon vouloir. En revanche, en ville les gens ne portent pas plainte parce que les voitures polluent ou qu’il y a un trop grand nombre de bus qui circulent. Cela fait partie de la vie du quotidien en ville. Les gens s’en accommodent ou s’en vont. À la campagne, c’est exactement la même chose. Un certain nombre de choses font la campagne. On les accepte ou on ne les accepte pas. Si on ne les accepte pas, il faut aller ailleurs. On ne peut pas modeler la campagne comme on le voudrait juste parce que c’est la campagne !