Editoriaux - Histoire - 14 août 2019

Napoléon : présent !

Si j’avais à renaître en choisissant ma patrie, j’opterais pour la France. Malgré ses tares.

Napoléon, dont on commémore actuellement la naissance, n’est certes pas pour rien dans cette dilection existentielle. Il appartient, en traits flamboyants, à cet épais et enivrant livre d’images glorieuses qui raconte l’épopée de notre nation. L’école m’avait dévoilé, à l’âge où l’on s’éprend des contes de fées, la geste de personnages mi-réels, mi-légendaires, les rois, les chevaliers sans peur, les savants, les grands écrivains, qui avaient porté notre nom jusqu’aux sommets où la mémoire des Grecs et des Romains perdurait dans une éternité lumineuse. Et, vivant encore dans la croyance que la France, cette mère invulnérable, continuait sa carrière millénaire, j’étais dans l’ignorance de ses faiblesses récentes, et des prémisses de son déclin, que Mai 68 allait précipiter.

L’ouvrage de Bainville, Napoléon, fut le premier livre que j’achetai avec mon (rare) argent de poche, moi qui étais d’une famille pauvre n’ayant jamais lu quoi que ce soit. Je le dévorai avec ivresse, je n’en dormais pas, je comprenais tout, tout m’était facile. J’étais en classe de quatrième. Je me souviens que je le parcourais en séance de musique ; il était planqué sur mes genoux. Soudain, je reçus une baffe comme jamais je n’en souffris une semblable. Le professeur, M. Pouzol, s’était aperçu de l’outrage. Il est vrai qu’il nous faisait entendre la Neuvième Symphonie de cet autre Napoléon qu’était Beethoven, et qui avait entretenu un amour-haine pour l’Empereur.

D’où venait cette attirance instinctive, ce cri du cœur, cet engouement irrépressible ? Lorsque je tombai, trois ans plus tard, dans cette autre folie bien française qu’est le radicalisme politique – et là, c’était à l’ultra-gauche -, jamais je n’abandonnai la passion que j’éprouvais pour le général Bonaparte – surtout la campagne d’Italie, l’empereur Napoléon, celui qui faisait les rois et dominait l’Europe. Délire que je retrouvai, en faculté, dans l’étude enthousiaste de Stendhal, ce créateur du beylisme, cette manière d’être, ce style d’existence, comparable au panache du hussard chamarré d’or au sein de la mitraille.

Et, toujours, ces noms de batailles – Marengo, Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram -, le génie militaire allié au patriotisme. Même Waterloo, « morne plaine », accroissait mon exaltation. J’étais, comme des millions de mes compatriotes depuis 1815, année maudite, un nostalgique de la Grande Nation empourprée de gloire, et les défaites nourrissaient mon imagination d’un halo légendaire, où les héros se grandissaient dans la souffrance.

Les temps étant ce qu’ils sont (je reçus, un jour, une lettre anonyme et injurieuse d’élève me reprochant mon admiration pour Bonaparte), et l’oubli de la grandeur, les jeunes générations entretiennent-elles cette flamme bonapartiste qui nous réchauffait l’âme ?

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