Mercosur : l’UE entame la ratification du traité néfaste à notre agriculture

« Tout se passe comme nous pouvions hélas nous y attendre », explique à BV la présidente de la Coordination rurale.
Capture d'écran Youtube France Info
Capture d'écran Youtube France Info

Ce 3 septembre, l’accord UE-Mercosur a été validé par les membres de la Commission européenne. Dans les mois qui viennent, le texte sera soumis aux États membres, puis aux eurodéputés. Face à cet accord nocif pour notre agriculture, la France paraît plus que velléitaire. « Tout se passe comme nous pouvions hélas nous y attendre, explique à BV la présidente de la Coordination rurale, Véronique Le Floc’h. On a beau nous parler d’une opposition du gouvernement français à cet accord, la ratification du traité avance, elle va même s’accélérer. » L’UE est pressée de boucler les choses avant que Lula, le président brésilien, ne quitte la présidence tournante du groupe Mercosur, le 31 décembre prochain.

« Vaches contre bagnoles »

L’accord de libre-échange a été signé en décembre 2024 entre, d’une part, l’Union européenne et, d’autre part, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Ursula von der Leyen se réjouissait alors d'« une victoire pour l'Europe », d'« un accord gagnant-gagnant ». Une vision des choses... contestable. Concrètement, l’UE va importer massivement de la viande bovine, du poulet, du maïs, du sucre… toutes choses qu’elle produit déjà très bien et qui ne feront pas le poids, une fois mis en concurrence avec l’équivalent sud-américain, produit à moindre coût, avec moins de contraintes réglementaires. Tous ces produits entreront en Europe en payant des droits de douane minimes.

Mais dans la croyance libre-échangiste qui est celle de Bruxelles, que pèsent les 93.000 exploitations bovines françaises face aux 700 millions de consommateurs sud-américains susceptibles d’acheter des liqueurs et des voitures ? La loi du marché n’a pas de limites. « C’est ce que certains appellent vulgairement l’accord "vaches contre bagnoles" », écrivait dans nos colonnes l’eurodéputée RN Valérie Deloge.

Des garde-fous fragiles

Pour rassurer les éleveurs français, on parle de clauses de sauvegarde. Pour le moment, elles n’ont qu’une existence virtuelle, puisqu’il faudra un « acte juridique » supplémentaire pour qu’elles se matérialisent. Et ce mercredi, en conférence de presse, la porte-parole du gouvernement, Sophie Privas, a bien insisté pour vérifier trois points concernant ces clauses : que les pays du Mercosur soient d’accord (sic), qu’un seul pays puisse les activer et qu’elles soient juridiquement opérationnelles ! C’est dire si la France a la main…

Ces clauses permettraient d’intervenir en cas d’effets négatifs du traité. « C’est se moquer de nous, réagit Véronique Le Floc’h auprès de BV : On laisse les accords se mettre en place et on changera d’avis ensuite ? S’il y a le moindre doute, il faut exclure l’agriculture du traité. » Agir (si on agit...), une fois qu’il est trop tard : voilà une curieuse politique. « La France a perdu un million de têtes de bétail en dix ans, nous rappelle Jérôme Besnard, de la Coordination rurale. Quand on pense à la fragilité actuelle de la filière d’élevage français, le risque est évident. Une filière détruite ne se reconstruira pas. »

La continuité Genevard

Début décembre 2024, lorsque l’accord a été signé à Buenos Aires, la France n’était déjà pas au mieux de sa forme politique : on vivait la fin du gouvernement Barnier. Aujourd’hui que l’accord entame son parcours dans les institutions européennes, on vit la fin probable du gouvernement Bayrou. « Ça tombe très mal, selon Jérôme Besnard. Avec le triste spectacle que donne notre classe politique, la France n’est pas en position de négocier. » C'est vrai, mais la situation ne date pas d'aujourd'hui. La falote Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a gardé son poste d’un gouvernement à l’autre, et la France n’a pas attendu les crises politiques pour se désintéresser du sort de ses agriculteurs. Emmanuel Macron lui-même a joué le en même temps qui lui est cher (sinon congénital) : se prononcer contre l’accord et se dire prêt à le signer

Du côté de la Coordination rurale, on n’abandonne donc pas le combat. « La CR va se mobiliser avec ses partenaires européens et ne pas laisser faire, assure Véronique Le Floc’h. Il faut gagner du temps pour porter les discussions au-delà de 2025, reprendre des négociations et, peut-être, au niveau européen, définir une exception agricole. »

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

38 commentaires

  1. La coordination rurale demande une simple exception agricole. Non il faut refuser le traité, qui n’est favorable qu’aux Allemands, dans sa totalité. A l’exception de quelques rares produits tels le café ou le cacao, nous n’avons pas besoin de marchandises provenant de l’autre bout du monde.

  2. En plus la participation a l’UE nous coute plus qu’elle nous rapporte même en stabilisation de notre économie, plus que l’Allemagne.

  3. Saccage de notre agriculture, destruction de notre industrie, écrasement de nos services de santé, mise à bas de notre Ecole, délitement de nos institutions, incompétence et inculture de nos « élites » politiques, faillite de notre souveraineté, dilution de notre civilisation… On continue la liste ?
    Et avec ça, l’UE prétendait vouloir la paix entre les peuples, c’était LA solution d’après la France et l’Allemagne.
    On n’a pas eu de troisième Guerre mondiale en effet, mais ce que nous vivons depuis des décennies, c’est une longue descente aux Enfers. Merci l’UE.
    Merci Macron et les européistes de sa trempe…
    On en a soupé de votre UE.

  4. La VDL pour se racheter de ses frasques quand elle était ministre de son pays ne cessera pas de sacrifier tous les pays de l’UE pour le plus grand profit de l’allemagne. Rien n’arrête Bruxelles, mais  » foutons  » le camp de ce cancer, nous allons en crever.

  5. Les Allemands n’ont jamais été nos amis , ils sont comme Janus .
    La France doit sortir de cette Europe qui n’est en fin de compte comme un nouveau Reich ou les Allemands règne en Maitre absolu et imposent leurs diktats.
    Nous devons reprendre notre liberté a commencer par reprendre la direction de notre pays et viré Macron et ses copains copines gauchiistes qui ont ruiné ce pays.
    Dénoncé par la même occasion tout les accords commerciaux qui sont en notre défaveur.

    • Fite que nous avons cru gagner en 1944..les allemands grâce au pognon americain et a leur amour du pays se sont reconstruits très vite et ont repris leur egemonie…

  6. De retour au Brésil après le sommet sur les océans à Nice où il s’était léché le museau avec notre chef de l’Etat, Lula déclare sur une chaîne brésilienne que, parlant portugais, j’aime bien suivre: « Macron ne veut pas de l’accord U.E- Mercosur ? Il l’aura quand même. De toute façon, son avis ne compte pas ».
    J’ai quelques doutes sur l’estime que peut porter l’ex-métallurgiste à notre Manu national…
    Et à propos du troc « vaches contre bagnoles » parmi les vingt voitures les plus vendues au Brésil, on trouve quatre allemandes (toutes VW), cinq italiennes (toutes Fiat), et…une française, la Renault Kwid, en 11ème position.

  7. Encore un langage de gauche pour nous enfumer, soit un accord est équilibré (50/50) soit il y a un perdant et un gagnant.
    Dans un match, il n’y a jamais deux gagnants.
    Les paysans nous ont montré qu’ils savaient libérer leurs terrains des ‘’teufeurs’’ avec des manches de pioches, ils sauront bien bloquer les importations pour sauver leurs productions.

  8. Macron et ses acolytes nous l’a une fois de plus bien mis à l’envers. Les accords du Mercosur ont été ratifiés avec la bénédiction de Jupiter. Ce type n’en a rien à faire de la France, seule sa vision européiste à de l’importance à ses yeux.

  9. Oui, on sait, vaches contre bagnoles avec le Mercosur, vin contre bagnoles avec les DD américains…
    De quelles bagnoles s’agit-il au fait ?
    Toutes les décisions de l’UE sont toujours au bénéfice des mêmes. Les mêmes qui maintenant veulent se sur-militariser et « engouffrer » Dassault.
    Petit rappel : U. VDL était ministre allemande de la défense avant d’être imposée Présidente de la Commission Européenne.
    Tout ça résonne quelque peu, non ?

    • Et il semble qu’elle traînait de sacrées casseroles, et les journalistes seraient bien inspirés de s’y pencher,sans parler tout en en parlant de l’affaire Pfidzer.

Commentaires fermés.

Quentin Deranque - que s'est-il vraiment passé ?

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI se dresse contre les banquets du Canon français… mais défend les rave party
Yves-Marie Sévillia sur Radio Courtoisie
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois