Mélenchon : possibilité d’un populisme de gauche ?

Les médias dominants, qui sont de grands sensibles, jouent depuis ce mercredi matin à se faire peur avec un possible second tour Le Pen-Mélenchon. Un péril populiste chasserait-il l’autre dans les journaux télévisés ? C’est à croire.

Chantal Mouffe, philosophe belge, donnée pour être l’inspiratrice de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, aide à y voir plus clair, lorsque interrogée par FigaroVox : “Dans la bouche de la plupart des politiques et des commentateurs, le mot “populisme” est synonyme de “démagogie”. L’accusation de “populisme” est l’arme de ceux qui défendent le statut (sic) quo pour disqualifier ceux qui veulent le remettre en question.” » Plutôt bien vu, aurait pu ajouter Ray Charles.

Là, en quelques mots résumés, la matrice intellectuelle et politique du Mélenchon nouveau, ayant bazardé, depuis 2012, Internationale, faucilles, marteaux et drapeaux rouges ? Il y a de ça. Chantal Mouffe, encore : “Pour les marxistes par exemple, la frontière se situe entre “le prolétariat” et “la bourgeoisie”. Pour les populistes, elle se situe entre “ceux d’en bas” et “ceux d’en haut”, entre “le peuple” et “l’establishment”.”

Quelle différence, alors, entre populisme de « droite » et populisme de « gauche », un Jean-Luc Mélenchon et une Marine Le Pen exigeant plus de « justice sociale » ?

Chantal Mouffe, toujours :

La justice sociale, oui, mais uniquement pour les nationaux. C’est la grande différence. […] Le peuple de Marine Le Pen n’est pas homogène, mais elle parvient à le fédérer en créant un “nous” qui se définit par la différence avec le “eux”, qui est celui des immigrés. […] La différence fondamentale entre le populisme de gauche et de droite est la nature du “eux”.

Tout cela est un peu court, sachant que ces mêmes « immigrés », de première, voire aujourd’hui de troisième génération, peuvent aussi se reconnaître dans le « nous » mariniste. Et c’est là que le constat, pertinent, de Chantal Mouffe, peine à aller au bout de sa logique. La philosophe voit la limite du « tout-économique » de la doxa marxiste, mais se refuse, sans tomber dans l’essentialisme, à nier la dimension identitaire, religieuse et culturelle à laquelle aspirent nombre de Français, qu’ils soient d’ancienne souche ou de plus jeune branche. Et de constater le retard à rattraper : “Une fois qu’un mouvement populiste de droite est établi, il est difficile de le concurrencer. Cela doit cependant être l’un des objectifs de la gauche.” »

Pour ce faire, elle refuse pourtant les bonnes vieilles recettes d’antan :

Je suis atterrée de voir en France l’effort de certains intellectuels pour essayer de prouver que Marine Le Pen est “fasciste” ou “antirépublicaine”. […] Il est plus facile pour les partis sociaux-démocrates de dénoncer un prétendu retour des années trente ou un racisme intrinsèque des catégories populaires que de se remettre en question.

Pareillement, Chantal Mouffe ne rechigne pas à une certaine forme d’autocritique, pointant les insuffisances politiques structurelles de mouvements tels que les Indignés, en Espagne, ou Nuit debout, en France : Ils étaient dans un fantasme de démocratie totalement horizontale et refusaient toutes relations avec les institutions.”

Jean-Luc Mélenchon, ancien trotskiste à la culture internationaliste, reviendrait-il peu à peu à une culture de gauche pour laquelle les mots de “patrie” et de “nation” étaient tout, hormis des gros mots ? Il est à croire que la fréquentation d’amis tels que Patrick Buisson ou Éric Zemmour ne lui aura pas été totalement inutile.

En tout cas, de telles interrogations demeurent autrement plus intéressantes que le brouet tiède et sans goût servi par les autres candidats faisant de ce populisme bicéphale leur principal ennemi.

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