Matthieu Pigasse et Xavier Niel s’en prennent violemment à Charles Alloncle

Les milliardaires accusent le rapporteur d'utiliser la commission comme « tribune » pour sa « notoriété personnelle ».
Capture d'écran Assemblée nationale

De ces cinq mois de travaux de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, l’audition de Matthieu Pigasse et Xavier Niel fut, à n’en pas douter, la plus tendue. Et la plus violente. Pendant trois heure et demie, les deux milliardaires n’ont eu de cesse de mettre en cause le rapporteur Charles Alloncle en l’accusant d’avoir proféré une série de « mensonges » à leur endroit, d’utiliser cette commission à des « fins personnelles » et d’« agresser en permanence tout le monde ».

Les milliardaires de gauche n’ont pas fait dans la dentelle. Ce jeudi 2 février, ils sont visiblement venus pour en découdre. C’est Xavier Niel qui sonne la charge et part le premier à l’assaut contre ce « Charles-Henri Alloncle », comme aime dire le dirigeant de Free avec une certaine morgue. Pour l’homme d’affaires, cette commission n’est qu’un « cirque » et, excusez-le, mais il n’est pas un « clown ». À deux doigts de perdre ses moyens et de quitter la salle, le grand patron veut dénoncer tous les « mensonges » proférés par le député ciottiste qui a osé le mettre en cause avec Matthieu Pigasse à travers leur actionnariat chez Mediawan, cette société de production qui est la première bénéficiaire des contrats de France Télévisions, avec plus de 110 millions d’euros par an. Son mépris vis-à-vis de cette commission qu’il compare à un « one-man-show », celui de « Charles-Henri », bien sûr, est profond ; « ça fait cher l’émission », s’exclame-t-il, en lançant au rapporteur « Votre temps à vous, il coûte cher aux Français, vous coûtez 35.000 euros aux Français tous les mois ». Charles Alloncle utiliserait la commission pour se donner « une tribune », servir sa « notoriété personnelle » afin d’« émerger comme une figure politique ».

Une « démarche politique » 

C’est ensuite au tour de Matthieu Pigasse de s’en donner à cœur joie. « Vous nous avez couverts de boue à travers vos très nombreuses interventions médiatiques dans des médias d’extrême droite. » Le milliardaire, propriétaire du groupe de média Combats (Les Inrockuptibles, Radio Nova), reproche à Charles Alloncle « d’utiliser la commission comme un outil de combat idéologique ». Dénonçant les « obsessions » du rapporteur et ses « fantasmes », les deux hommes cofondateurs de Mediawan n’ont de cesse de répéter, pour se dédouaner : « Nous sommes un producteur au service des médias. » Matthieu Pigasse reproche notamment au rapporteur de ne jamais parler de Banijay, pour faire du député de l’Hérault un vassal de Vincent Bolloré, actionnaire de ladite société de production. Preuve encore, selon lui, que le parlementaire ciottiste est, avec cette commission, dans une « démarche politique ». Exit les tensions de la veille avec Nagui (lui aussi actionnaire de Banijay). La tension monte d’un cran lorsque, face à l’accumulation des accusations de « mensonges » et de « fausses nouvelles », le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, lance aux deux hommes d'affaires ce qui est interprété par Charles Alloncle comme une recommandation : « Pourquoi ne portez-vous pas plainte pour diffamation ? » Mais le rapporteur ne se laisse pas démonter, malgré l’hostilité manifeste des intervenants. Il sont loin, le calme et la sobriété de Vincent Bolloré, il y a une semaine.

« Concentration de mensonges »

« Cette bataille culturelle, est-ce que vous voulez aussi la mener sur le service public ? », demande Charles Alloncle à Matthieu Pigasse, alors que ce dernier répète, devant les parlementaires, lutter contre « les médias Bolloré » et leur combat des « trois i : immigration, insécurité, islam ». Le milliardaire ne connaît « pas de précédent de parlementaire en exercice faire autant d’ingérence et d’interférence dans les lignes éditoriales des médias ». Et de lister toutes les fois où le rapporteur a mentionné un propos qu'il estimait inadapté de tel ou tel journaliste sur le service public.

«  Vous agressez en permanence tout le monde, […], vous déversez des torrents de boue sur les gens et vous vous étonnez qu’on vous réponde », lance Matthieu Pigasse, qui raille « la posture victimaire » du rapporteur. Xavier Niel prend soin de répéter à l’envi le « one-man-show très très cher pour les Français » qui n’est qu’une « concentration de mensonges ».

« Dans toutes vos diatribes, assez longues, vous évitez soigneusement les questions que je vous pose. » Charles Alloncle ne se laisse pas démonter et dit, lui aussi, ses vérités : « Votre posture depuis le début est de m’attaquer, […], chacun jugera le ton très offensif employé et les attaques exprimées. »  « Que ça vous déplaise, Monsieur Pigasse, parce que vous avez des intérêts importants dans l’histoire, c’est votre droit, mais je vais vous demander d’arrêter de dénigrer nos travaux. » David tient bon face à Goliath.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

68 commentaires

  1. Voilà où nous en sommes en France ; certains s’enrichissent avec l’argent des CONtribuables , et on laisse faire ! Il faut privatiser ces chaînes publiques qui coûtent plus de 4 milliards d’€uros par ans . Et dont les dirigeants ont des trains de vies de chefs d’états ! Et je ne parle pas de certains animateurs !

  2. Pigasse est un homme intelligent et malin. Il a compris qu’en ajoutant son nom aux conseillers bancaires, qui penchent plutôt à droite, il y aurait une concurrence qui allait l’étouffer. Alors, il a choisi la gauche, pas son train de vie (avec 3 milliards de patrimoine présumé, ce n’est pas son genre), mais ses slogans, et finance gentiment tout ce qui peut faire avancer la lutte contre la droite. S’il se présente aux élections (aucune difficulté à acheter 500 signatures) il fera moins de 1 %, alors, il préfère faire parler de lui en affichant les convictions qu’il n’a pas. Mais derrière un sourire bon enfant, perce une méchanceté solide.

  3. Je vais exactement dans le sens de Ray1349, la grande dignité , la classe de Bolloré et dont il n’a pas à rougir sur son passé familial contrairement à ses deux gougnafiers , de vulgaires milliardaires qui ont fait tomber leurs masques qui ne sont pas beaux à voir et qui profitent de l’argent public pour s’engraisser encore plus !

  4. Les golden-boys des medias et de la communication de gauche ont fait leur numéro et se sont couverts non seulement de ridicule mais surtout d’irrespect des institutions de la République. Cette commission est légale. Son animateur est un élu, dans son droit absolu de mener les débats comme il l’entend.

  5. Quelle différence de classe,d’éducation et de sincerite avec M.Bollore…heureusement qu’on l’a interrogé avant sinon les deux comiques pas rigolos style France inter..auraiebt encore plus eu la honte…!

  6. Parce que la gauche est au Pouvoir et a donc tous les pouvoirs, cette Commission virera en eau de boudin. Hélas ! pour l’excellent travail de Charles Alloncle. Et ces Messieurs le savent très bien qui déversent leur mépris à tout va.

  7. La meilleure défense, c’est l’attaque. Mais ils indiquent ainsi qu’ils n’ont donc rien à répondre de valable aux questions précises de M Alloncle.

  8. Monsieur Bolloré responsable de tous les maux ? mais ces pauvres créatures n’atteindront jamais la classe de ce Monsieur….et je pense qu’ils le savent bien d’ou cette haine constante !

    • Je suis bien d accord avec vous et comme nous sommes le vendredi Saint, je rajouterais que J ai apprécié lorsque il a évoqué que la justice était passé pour Morandini mais que la notion de pardon existait aussi. A bon entendeur pour certains.

  9. Privatisation de l’audio visuel public , et tout ces pseudo journalistes gauchistes à la porte…du vent !

  10. Est ce que B Arnault pourrait donner des cours de savoir vivre et d’élégance à cette pièce rapportée SVP ?

  11. Tout ça c’est tout bonus : de plus en plus de Français ne sont plus dupes et ça fait monter le RN… Niel et Pigasse qui utilisent un peu de leurs milliards pour financer des médias acquis à la gauche. C’est la fausse barbe qui leur permet de se dire de gauche et d’éviter d’être attaquer par cette même gauche pendant qu’il se goinfre sur le dos des Français comme n’importe quelle capitaliste sans foi ni loi. Nagui qui brandit son origine comme un bouclier pour pouvoir faire sa pelote, crier au racisme si on lui demande des comptes, et qui refuse de dire combien il facture ses prestations parce qu’il sait que ces montants feraient bondir les contribuables… Madame Ernotte qui descend dans les plus beaux hôtels de la côte au frais des « cochons de payants » et qui touche 30 000 Euros par mois pour mettre la société qu’elle dirige en déficit de 80 millions. « Ça ne coûte pas cher, c’est l’État qui paye »… comme aurait dit « Culbuto ». Tout ce joli petit monde participe au 3 600 milliards de dette qui plombent notre économie. Et les gogos applaudissent. Pensent-ils par exemple que ces 80 millions auraient pu être utiliser pour soulager la facture d’essence de ceux qui ne peuvent plus bosser aujourd’hui à cause de son prix, au lieu d’être dépensés en cocktails, petits fours et frais de taxis…

  12. Courage fuyons, ces deux donneurs de leçon auraient-ils quelque chose à se reprocher, pour perdre, à ce point, leur sang froid ?
    Sans doute de profiter honteusement de notre pognon et çà prétend défendre les pauvres : honte à eux et à leur protecteur E MACRON auquel il serve la soupe.
    Effectivement, s’ils sont blancs comme neige, qu’ils portent plainte !
    Ils font bien pâles figures à côté d’un Vincent BOLLORE qui est un véritable aristocrate et qui défend, dans le calme, ses idées er son idéal que nous partageons tous à Bd Voltaire : merci de nous donner la parole.

  13. Les milieux télévisuels,RTF puis ORTF,ont depuis belle lurette été gtangrenés par des cocos.,notamment parmi le réalisateurs.En cette fin des années 50/début 60, la création télévisuelle est un genre qui s’invente. Une bonne partie des réalisateurs qui expérimentent ce nouveau média sont des communistes, communistes de cœur ou de carte, des proches, des compagnons de route comme on disait : Stellio Lorenzi, Maurice Failevic, Raoul Sangla, Jacques Krier, Paul Seban, Jean-Pierre Marchand, Marcel Bluwal, Jean Prat. Ou encore Claude Barma et Claude Loursais. On parlera de « l’école des Buttes Chaumont », du nom des studios de tournage. « À la télévision, on était les Hussards noirs de la République », dit Marcel Bluwal.

    • Cela dit, ces communistes faisaient souvent de bons programmes. (Probablement parce que le pouvoir politique de l’époque n’était pas encore tout à fait aplati devant la gauche.)

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