Editoriaux - Société - Table - 28 novembre 2017

Marlène Schiappa dénonce le “sexisme ordinaire” de Bruno Le Maire. Ça s’arrêtera quand ?

Marlène Schiappa a décelé du “sexisme ordinaire” dans la présentation, par Bruno Le Maire, de sa nouvelle secrétaire d’État. Lors de la passation de pouvoir entre Benjamin Griveaux et Delphine Gény-Stephann, le ministre de l’Économie et des Finances a souhaité par deux fois la bienvenue à “Delphine”, sans nom de famille, tandis qu’il félicitait “Benjamin Grippaux”, désormais porte-parole du gouvernement.

Sans doute cette présentation manquait de professionnalisme. Un gouvernement n’est pas « Delphine et les garçons » : il ne devrait pas renvoyer au public l’image d’une bande de copains se faisant la bise et s’appelant par son petit nom. Est-ce pour autant du sexisme ? Peut-être connaissait-il de longue date madame Gény-Stephann ? Peut-être a-t-il sacrifié, pour avoir l’air détendu et chaleureux, à cette mode anglo-saxonne supposée « cool » consistant à appeler tous le monde par son prénom, même les parfaits étrangers, puis s’est oublié en se tournant vers Benjamin Griveaux, revenant naturellement à l’expression distante du haut fonctionnaire surdiplômé qu’il est ?

Peut-être, en effet, les hommes comme Bruno Le Maire appellent-ils plus facilement les femmes par leur prénom, comme ils les embrassent le matin au lieu de leur serrer la main, mais est-ce pour autant une marque de mépris ? Il est peu probable que Delphine Gény-Stephann, diplômée de Polytechnique et des Ponts et Chaussées, membre du conseil d’administration de Thalès et ancienne vice-présidente du plan et de la stratégie de Saint-Gobain, se soit sentie offensée ou traitée comme une coiffeuse que l’on appelle pour son brushing.

Si l’on convenait de réserver la parole féministe pour des faits graves et sérieux mettant réellement en danger la femme plutôt que de crier sans cesse au loup, au risque de ne plus être entendue, le moment venu, comme dans la célèbre fable d’Ésope ?

Si l’on cessait, surtout, d’offrir le spectacle d’un exact condensé de la caricature féminine telle qu’elle est véhiculée dans la littérature depuis le XIXe ? Émotive comme Madame Bovary, colérique et nombriliste comme Scarlett O’Hara – taratata, va-t-il dire, mon nom de famille ! Capricieuse et larmoyante comme Gisèle – ma bonne, ma bonne, ils ont été méchants avec moi ! -, indifférente au monde qui s’écroule autour d’elle mais attachée aux colifichets insignifiants que sont l’écriture inclusive ou la couleur du cartable, comme cette héroïne d’Irène Némirovsky qui, au moment de fuir les bombardements, pense à emporter son argenterie, mais pas le grand-père impotent. Bref, futiles et infantiles. Il est frappant de voir, du reste, que dans la vaste entreprise #balancetonporc, la parole de la femme – à l’instar de celles d’un enfant – n’est jamais mise en doute, comme si la femme, par essence innocente, était incapable de duplicité, calcul, mensonge ou vengeance. Et cette présomption de candeur est, à bien y réfléchir, profondément sexiste.

Le 25 novembre est la date d’un triste anniversaire : en 2007, un violeur récidiviste assassinait Anne-Lorraine Schmitt. Il y a là un vrai sujet, celui d’une société au système judiciaire laxiste, laissant prospérer la délinquance et tendant à rétablir la loi de la jungle, la loi du plus fort, où la femme est forcément perdante. Il ne s’agit pas, ici, de “mecs relous” – pourquoi s’entêtent-elles, trentenaires bien sonnées, à parler comme si elles étaient en 4e et portaient un appareil dentaire ? -, mais de meurtriers. Il ne s’agit pas de compliments sur une robe à fleurs mais de vrais crimes. Il ne s’agit pas de mettre en place un hashtag, un Numéro Vert ou d’émettre des vœux pieux, mais de mener à bien une réforme ambitieuse et cohérente de l’appareil judiciaire, hors de toute dimension idéologique, diamétralement opposée à celle qu’avait lancée leur grand mentor Christiane Taubira. Voilà ce qui pourrait être un vrai combat féminin, non ?

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