Pas plus qu’une hirondelle, un sondage ne saurait faire le printemps. Pourtant, une enquête d’opinion publiée par L’Obs, ce 11 novembre, donne le quasi-candidat Éric Zemmour en baisse. Réalisé sur un échantillon de 3.000 personnes, il est de ceux que l’on peut à peu près donner pour « sérieux ». Ainsi, Emmanuel Macron continuerait de caracoler avec 25 % des intentions de vote, Marine Le Pen ne décrocherait pas, puisque toujours créditée de 18 % des suffrages, tandis qu’Éric Zemmour retomberait à 14 % des voix ; ce qui n’est pas mince, mais moins que jusque-là envisagé.

Du côté de LR, Xavier Bertrand pourrait se vanter d’un indéniable maintien dans les intentions de vote, avec 14 %. À gauche, rien ne changerait fondamentalement, Jean-Luc Mélenchon demeurant campé sur ses 8,5 %, tandis que Yannick Jadot et Anne Hidalgo persisteraient à plafonner respectivement à 7 % et 5 %.

De fait, nous voilà revenus aux anciens équilibres. Ce qui a tout de la fausse surprise. La percée d’Éric Zemmour était principalement due à deux facteurs : l’attrait de la nouveauté et le fait d’être quasiment le seul à faire campagne, emplissant ainsi le vide médiatique.

Car depuis le début de la primaire de LR, les cartes se retrouvent rebattues, pour cause de martingale théorisée dans les instances dirigeantes de ce parti. Les militants ne veulent guère de Xavier Bertrand et encore moins de Valérie Pécresse. Leur futur homme lige ? Michel Barnier, certes plombé par son européisme béât, mais en coulisses soutenu par et Éric Ciotti, qui devraient en rajouter dans la surenchère identitaire et sécuritaire. Soit de quoi démobiliser les militants zemmouriens chassant globalement sur les mêmes terres, la puissance militante et les réseaux locaux en moins.

Un tel redéploiement de cette droite donnée pour être de gouvernement n’a rien qui puisse durablement inquiéter Marine Le Pen, candidate éminemment ancrée dans les milieux populaires et qui peut se targuer d’arriver en tête, toujours selon le sondage de L’Obs, chez les jeunes de 18-24 ans (25 % pour elle, 24 % à Macron et seulement 15 % chez Zemmour). Et c’est là que la stratégie mise en place par le trublion risque de se trouver mise à mal.

Certes, il a fait sien le constat de Patrick Buisson, ancienne éminence grise de Nicolas Sarkozy, prônant l’alliance des classes laborieuses et de la bourgeoisie patriote. Seulement voilà, si Marine Le Pen peine à plaire à cette dernière, Éric Zemmour demeure inaudible dans ce premier électorat. Quant à cette fameuse jonction, elle paraît pour le moment hautement improbable, le bourgeois de Neuilly et le gilet jaune de la France périphérique n’ayant pas les mêmes intérêts de classe.

Cette même bourgeoisie qu’on a vue à la manœuvre dans et la victoire de François Fillon à la primaire de 2017 se sent en état d’insécurité culturelle, s’inquiétant notamment de la montée de l’islamisme. Mais l’autre France, celle des ronds-points, se sent, elle, en état d’insécurité tout court. Elle n’a pas manifesté contre le mariage homosexuel parce que, pour elle, ce n’était jamais qu’une lubie des beaux quartiers. Elle ne croit pas plus à la fin du monde pronostiquée par les écologistes qu’à celle de ce monde chrétien, si bien analysée par la philosophe Chantal Delsol (La Fin de la chrétienté, Cerf).

Bref, il y a la France de Johnny et celle de François-Xavier Bellamy, infortuné candidat LR aux élections européennes de 2019. La première, même si elle peut être boudeuse dès lors qu’il s’agit de se rendre aux urnes pour des scrutins régionaux, se réveille parfois lors de l’élection présidentielle et demeure plus nombreuse que la seconde, trop souvent prompte à voter Macron, pour peu que son confort matériel soit en jeu.

Enterrer Marine Le Pen à moins de cinq mois de l’élection suprême serait donc bien sot, même si Éric Zemmour n’a peut-être pas encore dit son dernier mot.

12 novembre 2021

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