Comme s’il s’agissait à chaque fois d’un scoop, il n’est pas de semaine où un média ne diffuse un reportage sur les trafics de stupéfiants qui gangrènent désormais nos villes et nos quartiers. Et chacun de produire, en mode protégé, le témoignage de tel ou tel « jeune des cités », racontant à loisir et dans le détail son quotidien au sein du gang pour lequel il se dévoue corps et âme. Téléspectateurs ou lecteurs sont abreuvés de récriminations envers la France qui ne veut pas d’eux, envers des employeurs racistes qui ne veulent pas les embaucher et, surtout, envers une police qui ne cesse de les persécuter. Au détour d’une phrase, on constate cependant que les beaux vêtements et les belles voitures dont disposent les « grands frères » ainsi que l’argent facile ramassé à surveiller un point d’entrée dans le quartier suscitent de nombreuses vocations !

Ces reportages n’ont pourtant rien d'innovant. Il y a longtemps que ces bandes de trafiquants sévissent dans nos villes, et tout aussi longtemps que la police les traque et tente de maintenir un semblant de paix sociale. En réalité, seules deux choses ont véritablement changé, au cours de ces dernières décennies. D’une part, le nombre des réseaux n’a cessé de se multiplier, provoquant une hausse considérable du volume des « affaires ». Et, d’autre part, on constate une violence sans cesse plus importante à l’égard des forces de l’ordre, y compris par le recours à des armes de guerre. Cette violence est destinée à protéger des îlots devenus totalement « hors la loi ».

Confrontés à une situation devenue inacceptable, surtout à quelques mois d’une élection présidentielle indécise, Emmanuel Macron et son ministre de l’Intérieur ont décidé de réagir. Cependant, dans l’incapacité d’agir sur le fond, c’est-à-dire de viser le démantèlement des réseaux, ils ont pris le parti de faire dans le visible et le spectaculaire. C’est ainsi que les services de police ont reçu pour consignes de recenser les points de « deal », ce qui n’a pas été difficile car ils étaient connus des policiers depuis longtemps. Et d’organiser des opérations « anti-stup » aussi régulières que possible.

Ces opérations, largement commentées par la presse et vantées sur les plateaux de par tous les élus de la Macronie, ne règlent, bien évidemment, aucun problème de fond. Elles se soldent la plupart du temps par la saisie de quelques grammes de stupéfiants et par l’interpellation de quelques guetteurs qui, aussitôt leur garde à vue terminée, sont remis en liberté, soit parce qu’ils sont mineurs (ce qui est souvent le cas), soit parce que la quantité de drogue saisie sur eux est minime. L’apparence de la fermeté gouvernementale est au rendez-vous et les chiffres officiels viendront, le moment venu, valoriser ce qui n’est, en vérité, que de la politique spectacle.

Seul aspect positif à ces opérations : elles peuvent préparer le terrain à de futures actions d’envergure, destinées cette fois-ci à éradiquer définitivement les réseaux. La somme des informations recueillies au cours de ces missions doit servir à dessiner précisément les contours d’un phénomène auquel il faudra bien s’attaquer sérieusement tôt ou tard.

Mais s’attaquer véritablement au trafic de stupéfiants dans notre pays suppose plusieurs conditions. Premièrement, c’est « à la source », c’est-à-dire le plus souvent à l’étranger, qu’il faut commencer ce combat. Cela suppose donc une attitude ferme vis-à-vis des pays producteurs et exportateurs. Deuxièmement, il faut arrêter de considérer l’argent du produit de la drogue comme étant un facteur de « stabilisation » de certains de nos quartiers sensibles. Troisièmement, enfin, il faut que la Justice se montre extrêmement ferme avec tous les acteurs de ces réseaux qui, quel que soit leur âge ou leur condition, doivent être sévèrement condamnés.

30 octobre 2021

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