Emmanuel est pris, de nouveau, à son propre piège : celui du « en même temps », une posture philosophique qui se prête peu à l’art de gouverner et condamne, même à court terme, aux promesses non tenues. Lorsqu’il avait décidé de l’organisation d’une Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron entendait, en réalité, donner l’impression d’une démocratie réelle et authentique parce que directe… bien que ne reposant sur aucun mandat électif. Ainsi, il contournait et dévitalisait, sans en avoir l’air, la vie démocratique tout en sacrifiant à l’air du temps – l’urgence climatique. Cette Convention de citoyens tirés au sort était comme un hochet concédé aux associations écologistes dont beaucoup sont infiltrées par la gauche radicale.

Le leurre a fait long feu. Dès le mois de décembre, Emmanuel prévenait que les 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat qui devaient être transmises « sans filtre » au Parlement devaient tenir compte de l’état de l’économie en pleine sanitaire : « Des milliers de PME sont entre la vie et la mort », insistait-il. Sous la pression d’une société en crise, dans un exercice d’équilibriste qui lui réussit de moins en moins, il avait sifflé la fin de la récré. Utopies, fin de partie, place au réel, semblait-il dire. Voire.

Le week-end du 26-27 mars, avant le passage au Parlement du projet de loi pour le climat, a donc vu logiquement fleurir nombre de manifestations dans toute la France. Le Figaro dresse un florilège des contestations : « Ce projet de loi est très faible » (Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France), « Nous envisageons des actions de désobéissance civile massives en occupant les lieux symboliques du pouvoir » (Extinction Rebellion).

Cependant, même si ce projet de loi climat et résilience, décliné en 69 articles, ne répond pas point par point aux revendications grétinistes de tout poil, il mécontente tout le monde car il impliquera des mesures contraignantes et même coercitives pour les particuliers comme pour les entreprises.

Quelques exemples : d’abord la lutte contre les « passoires thermiques ». Ces cinq millions de logements classés F et G seront interdits à la location à partir de 2028 – les plus énergivores, dès 2023 – s’ils ne sont pas rénovés, tandis qu’un audit énergétique sera obligatoire en cas de vente. Cela va principalement toucher les classes moyennes modestes, cible privilégiée du quinquennat Macron, qui ne peuvent pas forcément dépenser des milliers d’euros en rénovation malgré des subventions, mais dont les loyers permettaient d’améliorer l’ordinaire.

Limiter l’artificialisation des sols : une mesure de bon sens, mais il faudrait alors qu’elle s’applique à l’implantation des éoliennes, qui reposent sur des blocs de béton massifs et profonds. Mais cela irait à l’encontre du dogme…

En revanche, l’interdiction de nouvelles surfaces commerciales est une bonne chose… qui ne concerne pas, néanmoins, les entreprises comme Amazon, rapporte Le Figaro.

L’accès limité aux centres-villes des villes de plus de 150.000 habitants, avec la création de zones à faible émission de gaz, concerne 35 villes, soit la moitié de la population française : on voudrait tuer les petits commerces de centres-villes déjà à l’agonie, achever cette France périphérique appauvrie et exténuée, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Pour cela, Barbara Pompili compte promouvoir le vélo, le covoiturage et… bien sûr, l’installation de radars. Une utopie en marche, mais punitive. À ce sujet, la réapparition d’une possible écotaxe routière est comme une provocation pour la France des gilets jaunes.

Emmanuel entend, par ce projet, relancer la dynamique réformiste de son quinquennat malgré la conjoncture : la mise en place d’une écologie dogmatique et punitive est-elle le meilleur moyen d’apaiser les Français et de les projeter vers l’avenir ?

29 mars 2021

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