J’ai écrit à mon député !

Monsieur le député,

J’ai appris avec consternation que la discussion en deuxième lecture du projet de loi bioéthique sera effectuée à la sauvette, fin juillet. Pour tout dire, elle sera bâclée en usant du temps programmé. La discussion en commission, avec l’absence très remarquée des ministres, a donné lieu à une surabondance de transgressions dommageables à l’éthique et la dignité de l’homme, comme l’amendement ROPA qui ouvre le droit à la GPA et abîme les précautions éthiques entourant le don.

Vous connaissez sans doute (ou, du moins, je l’espère) la situation du pays. Sur l’économie : plus de 10 % de PIB en moins, 20 % de dette publique en plus, sans doute plus de 800.000 nouvelles personnes qui pointeront au chômage. Au plan sanitaire : des dysfonctionnements structurels majeurs mis en évidence lors de la pandémie. Sur la gouvernance : plus de 80 plaintes devant la Cour de justice de la République et trois ministres (et non des moindres) qui sont visés par une instruction et pourraient encourir des peines de prison. La hiérarchie des priorités fait-elle qu’il soit indispensable d’accorder tant d’urgence à un projet de loi clivant ? Cela évoque en moi les discussions sur le sexe des anges qui enflammaient Byzance, en 1453, quand les Ottomans faisaient le siège du reste de l’Empire. Pensez-vous que cette précipitation soit légitime ?

Encore plus grave : le déni démocratique permanent qui entoure le processus législatif. Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique) n’a tenu aucun compte des objections éthiques formulées et argumentées lors des états généraux de la bioéthique, en 2018. Certes, ce n’est pas le nombre ou le consensus qui détermine ce qui est bien ou mal, mais la société a-t-elle besoin d’être plus clivée/déchirée ? Des manifestations d’opposition à cette loi ont été tenues, dans un impeccable respect de l’ordre public. Même si ce n’est pas la rue qui vote les lois, elle participe aussi au débat démocratique. Voter une loi qui a déjà mis des centaines de milliers de personnes dans la rue, alors que le Conseil d’État a maintenu l’interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes, relève de la provocation et témoigne d’une grande lâcheté et du peu de souci, par le pouvoir en place, des citoyens et de leurs opinions. Souhaitez-vous vous associer à ces accrocs à la démocratie ?

Vous connaissez mon opposition au contenu du projet de loi et des divergences de nos opinions. Je ne vous infligerai pas de nouveaux couplets sur ce sujet, mais vous pouvez toujours modifier vos opinions pour les rendre plus conformes au respect de l’intérêt de l’enfant et de la dignité de l’homme. Pour mémoire, le mandat impératif est juridiquement sans valeur.

Je vous prie de croire, Monsieur le Député, à mes respectueuses salutations.

Rémy Mahoudeaux

Et vous, lui avez-vous écrit ?

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