Logements « sous-occupés » : l’État dénombre les chambres vides, et c’est mauvais signe

L'idéal égalitariste et technocratique en matière de logement ? Les cages à lapins.
@Max Vakhtbovycn/Pexels
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« Un quart des ménages vivent dans un logement en sous‑occupation très accentuée », selon une étude de l’INSEE publiée ce 8 juillet. On peut se réjouir que 25 % des Français aient plus de chambres qu’ils n’en peuvent occuper… tout en s’inquiétant de la connaissance quasi intime que l’État a de nos intérieurs.

Des « besoins théoriques » réducteurs

Premier enseignement : « Un quart des résidences principales ont au moins trois pièces de plus que les besoins théoriques de leurs habitants. » Car nous avons, en matière d’habitat, des besoins théoriques. Quels sont-ils ? Une salle de séjour, une chambre par couple, un chambre par enfant de plus de 19 ans, une chambre par enfant (une pour deux, éventuellement, en fonction des âges et des sexes). Ces besoins théoriques font penser à ceux du poulet Label rouge qui a droit à ses deux mètres carrés en extérieur - mais il peut avoir davantage, alors que ceux que la sociologie laisse à l’humain sont terriblement étriqués. Une pièce supplémentaire qui fait chambre d’ami, bibliothèque, bureau, atelier, lingerie… est à ses yeux superfétatoire.

Sans surprise, ces logements qui outrepassent les besoins supposés des habitants concernent majoritairement (à 60 %) des personnes de 60 ans et plus (les enfants ont quitté le nid et libéré des chambres), et des maisons individuelles (à 93 %). Et, toujours sans surprise, les habitants des logements sous-occupés « sont le plus souvent satisfaits de leurs conditions de logement ». Personne n’a envie de vivre dans une cage à lapins, s’il peut faire autrement. Et les pièces vides se repeuplent l’été, accueillant des petits-enfants. La vie, quoi, telle que chantée par Bénabar dans « Quatre murs et un toit ».

« Logement trop grand »

La conclusion de l’étude - « Un quart des ménages vivent dans un logement en sous‑occupation très accentuée » - a été immédiatement traduite en ces termes par BFM TV : « Un quart des ménages vivent dans un logement trop grand par rapport à leurs besoins ». BFM TV a-t-elle surinterprété l’étude en y ajoutant un jugement de valeur (« un logement trop grand ») ou a-t-elle juste exprimé le message implicite de l’étude ? Sous ses dehors neutres, celle-ci peut nourrir un sentiment d’« injustice sociale », générateur d’aigreur et d’envie.

Même en imaginant que ce n’était pas son but, l’étude apporte de l’eau aux moulins collectivistes. On connaît la chanson - pas celle de Bénabar, pour le coup. Premier couplet, stigmatisation de « la maison individuelle », que Geoffroy de Lagasnerie reliait aux « habitus réactionnaires », tandis que le ministre du Logement Emmanuelle Wargon y voyait un « non-sens écologique ». Deuxième couplet, appel à la réquisition des logements vacants, leitmotiv à l’extrême gauche. Ces deux idées se combineraient en un troisième couplet : réquisition des chambres surnuméraires. Pour y loger des bénéficiaires du logement social ou des migrants, c’est selon.

L’État nous connaît au mètre carré près

C’est dans ce sens que Marine Le Pen a commenté le post de BFM TV : « Vous allez obliger les Français à cohabiter ? […] S’ils ont envie d’avoir deux pièces de plus, c’est leur affaire, ils ont acheté leur maison ou la louent, c’est leur argent ! Non, mais ça devient l’URSS ! » En effet, l’URSS a été pionnière en la matière, avec les kommunalka, appartements communautaires : « On laisse aux bourgeois anciens propriétaires deux pièces et on logeait d’autres personnes dans les pièces restantes. » Adieu propriété, adieu intimité, et vive la surveillance mutuelle !

Mais n’exagérons rien, l’État se contentera peut-être de taxer les chambres vides. Il a déjà tous les renseignements sous le coude, comme l’a souligné Jean-Frédéric Poisson : « Voilà à quoi servent les déclarations immobilières fiscales obligatoires : fliquer. […] Tout est scruté, jugé. Nos libertés s’étiolent. Le crédit social se profile. » Pris entre des collectivistes irresponsables qui lorgnent à travers les vitres et un État intrusif qui met le pied dans la porte, le propriétaire qui outrepasse ses « besoins théoriques » a-t-il du souci à se faire ? L’INSEE ne fait pas des statistiques dans le vide. Il faut bien, à un moment ou à un autre, qu’elles inspirent une action ou une « solution » politique.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

131 commentaires

  1. Je suis seul et propriétaire occupant d’un F3, chouette on pourra me mettre en colocation avec un ou plusieurs migrants

  2. Pourquoi pas loger les sans abris ou les immigrés, clandestins ou pas, dans les immenses espaces de l’Elysée ou de tous les Ministres logés aux frais du contribuable ? Quel est le parc immobilier de l’Etat ? J’ai cru comprendre qu’il était énorme. Il y a sûrement de quoi loger du monde déjà !

  3. Et les logements « sociaux » HLM de complaisance octroyé à certains membre du gouvernement et haut fonctionnaire, ou leurs familles éloignées et largement sous évalué en terme de loyer, et de superficie ? Quid de tout cela.

  4. J’ai connu Berlin-Est en 84, 5 ans avant la chute du Mur. J’ai ainsi pu brièvement discuter avec une famille qui m’expliquait leur chance de disposer (pour 4) de 40m² au lieu des 9m² légaux, ainsi que d’une cuisine collective par étage et non par montée d’escaliers…
    La France est en bonne voie.

  5. J’attends avec impatience de voir les pièces surnuméraires de l’Elysée se remplir de familles de migrants

  6. C’est mauvais signe, en effet. Et le plus douloureux pour moi à été de lire le compte rendu de cette étude de l’INSEE dans La Lettre de Valeurs Actuelles, compte rendu qui donne à penser qu’au fond, des mesures prises contre ces « suroccupants » seraient somme toute conformes « aux évolutions démographiques et sociales » du pays (ce sont les termes de l’article).

  7. Par histoire familiale, je suis aujourd’hui propriétaire de la « datcha » de mes grand-parents au bord de la mer (qui n’est pas noire). Je ne peux pas accueillir simultanément tous mes enfants et mes petits-enfants, car la « datcha » est trop petite. Mais elle est grande pour moi seul! Et mes cousins qui ont la charge (le mot n’est pas trop fort) d’un château, classé. Vont-ils être contraints de le transformer en HLM? En y réfléchissant bien, j’irai bien loger dans les communs de Chenonceaux ou d’Amboise, mais à tarif HLM…

  8. Les français n’ont que ce qu’ils méritent. Ils ont eu la faiblesse de répondre à l’inquisition fiscale qui cherchent à tout connaitre d’eux. Ils n’avaient qu’à refuser d’y répondre (comme pour les ZFE).

    • Vous pouvez expliquer pour l’inquisition fiscale ? La déclaration est hélas obligatoire et vérifiée, et nous savons très bien QUI est contrôlé, que ce soit au niveau social que fiscal et surtout qui ne l’est jamais !!!

  9. Toutes les informations personnelles que l’Etat nous demande via ses différents organismes ne servent qu’à nous « fliquer » comme dit si bien JF Poisson. A nous d’en dire le moins possible pour échapper à cette intrusion. Le « crédit social » à la chinoise nous pend au nez.

    • Tous les moyens sont bons pour imaginer de nouvelles taxes, jamais pour faire des économies. Quand je vous disais que dans ce pays, la moitié des gens sont payés pour emmerder l’autre moitié.
      Alors, commençons les économies en supprimant des postes.

      • C’est tout à fait ça : la moitié des gens ( à commencer par ceux du fisc) est payée – avec nos sous- pour nous enmerder..

  10. Allons-nous voir débarquer les commissaires politiques qui placeront des familles pour un taux de remplissage à 100% ? La France est communiste. De Gauche à Droite, elle vit toujours sous la coupe du Front Populaire.

  11. Ils veulent nous mettre dans des clapiers , ça sent pas bon du tout cette histoire
    Quand une ancienne ministre, qui ne trouvait pas « normal » que des gens aient une maison individuelle, pas écolo et tout et tout alors que la même ministre habite un hôtel particulier dans un quartier cossu du Val de Marne, faites ce que je dis ….

  12. Ces gens au lieu de fouiller dans les tiroirs feraient bien de faire en sorte de voir avec leur dette sociale abyssale qui n’est certainement pas due à l’achat de logements trop grands par des français contribuables et non pas assistés par le social . Peut être n’en n’ont ils pas assez et ont ils dans leur projet d’accueillir encore de nouvelles populations et qu’on leur fasse de la place et tout cela aux frais de la princesse, en l’occurrence ,la dette qui ne cesse de grimper ? Nous sommes gérés par des fonctionnaires froids qui n’ont leur place que par le fait du prince et qui doivent jouer sa partition. Ils se foutent bien de la France et son avenir même si tout cela un jour va les rattraper, mais il sera peut être trop tard .

  13. Que l’Etat s’occupe des logements sociaux largement payés par nos impôts n’a rien de choquant. Examen de la situation des occupants tous les 5 ans et ajustement du logement ou fin du bail si trop de revenus. Pour les autres, locataires du parc privé, propriétaires, est-on encore libre de faire ce que l’on veut dans ce pays ?

    • bien sûr que non, et depuis un certain temps
      il n’y a pas que les idioties écolos, il y a aussi les régles d’urbanisme dont le respect est sensé être surveillé par une armée méxicaine d’organismes : dans un département, c’est au moins 6 à 8 organismes qu’on paye pour qu’ils fassent tous la même chose (les fameux PPRI) et, à la fin, c’est à « la tête du client », je veux dire entre copains coquins

  14. A cause des écolos, le DPE des habitations empêche de nombreux contrats de location. Une connerie de plus.

Commentaires fermés.

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