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Jeudi dernier est sorti en librairie un ouvrage richement documenté sur la recomposition du milieu corse. Vendetta, de Violette Lazard et Marion Galland, prend la suite logique des livres du journaliste au Monde Jacques Follorou, spécialiste du sujet depuis des années, et nous raconte la trajectoire des héritiers du gang bastiais de la Brise de mer dont les pères ont été assassinés les uns après les autres à partir de 2009.

Christophe Guazzelli, à qui semblait destinée une belle carrière dans le football, ainsi que son frère Richard, décident un jour de tout plaquer pour venger leur père Francis, abattu huit ans plus tôt au volant de sa voiture, le 15 novembre 2009, alors qu’il partait chasser. Très vite, ils sont rejoints dans leur sombre projet par Jacques Mariani, dont le père Francis, célèbre baron de la Brise, mourut mystérieusement en 2009 dans l’explosion d’un hangar à proximité d’Aléria. Les frères Guazzelli se lient également d’amitié avec un autre orphelin du grand banditisme insulaire, Ange-Marie Michelosi (junior), fils du truand ajaccien Ange-Marie Michelosi, assassiné en 2008. Tous unis par leur désir de vengeance, les quatre hommes imputent la mort de leurs pères aux héritiers de Richard Casanova, l’ancien rival de Francis Mariani au sein de la Brise de mer : Jean-Luc Germani, Stéphane Luciani, Jean-Luc Codaccioni et Antoine Quilichini.

Au fil de leur travail, Violette Lazard et Marion Galland réunissent alors toutes les pièces d’un vaste puzzle jetant la lumière sur le double attentat de l’aéroport de Bastia-Poretta, survenu le 5 décembre 2017, au cours duquel Codaccioni et Quilichini furent éliminés.

Nourri de témoignages en tous genres, de rapports d’enquête, d’échanges de SMS (accablants), d’articles de presse et d’entretiens avec les différents protagonistes, l’ouvrage retranscrit également des écoutes réalisées en 2015 à la demande d’un juge d’instruction dans la cellule de Jean-Luc Germani, incarcéré à l’époque à la prison des Baumettes. Que les auteurs du livre se permettent, au nom de la liberté d’expression, de violer le secret de l’instruction en divulguant le contenu de tels enregistrements pose déjà problème en soi. Ce qui peut sembler autrement plus grave, c’est de sous-entendre, à travers des retranscriptions pour le moins équivoques, l’implication assumée de Jean-Luc Germani dans la mort de Francis Mariani, sachant que le fils, Jacques Mariani, a évoqué à plusieurs reprises la volonté de venger son père… De même, Lazard et Galland nous expliquent que, d’après la police, Germani et son comparse Stéphane Luciani se situaient, le jour J, à proximité du lieu où Francis Guazzelli a été assassiné en novembre 2009. Un élément de l’enquête que les fils de la victime, Christophe et Richard, n’ont pas forcément besoin de connaître aujourd’hui quand on sait leur détermination à venger leur père… Grâce au livre, Germani apprendra, de son côté, que Rédoine Faïd a éventé ses projets et révélé à Jacques Mariani le contrat qui pèse sur sa tête et sur celle de sa sœur Pascale Mariani.

Certes, aucun protagoniste des deux bords n’est dupe des événements passés ni des intentions du camp adverse, mais confirmer les soupçons des uns et des autres et déclencher, au passage, de nouveaux conflits ne risque certainement pas d’apaiser les tensions sur l’île. D’un point de vue déontologique, les méthodes employées ici par les deux journalistes peuvent paraître douteuses. Déjà, le 13 janvier 2010, on s’en souvient, Le Monde exposait, sur quatre pages pleines, les procès-verbaux de Claude Chossat, premier repenti corse, moins d’un mois après ses révélations aux policiers, et à son insu total, mettant dès lors sa vie en péril. Les avocats de Jean-Luc Germani n’ont pas manqué, ces dernières semaines, de souligner l’irresponsabilité des journalistes, et ont tenté en vain de retarder la sortie du livre afin de faire supprimer les passages du chapitre 23 mettant directement en danger la vie de leur client.

Le 10 juin dernier, pourtant, le tribunal a rejeté leur demande au nom de la « liberté d’expression ». Durant l’audience, l’avocat des Éditions Plon a accusé les avocats de Jean-Luc Germani de vouloir faire « appliquer l’omerta, de faire taire des journalistes qui ont enquêté sur un sujet d’intérêt général ».

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