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Qui mieux que Bernard Lugan, déjà auteur d’un très remarqué Banquet des soudards, pouvait, en ces temps blets de « wokisme » décolonial  et indigéniste, évoquer l’Afrique, son Afrique, sinon – ce qui serait plus juste – ses Afriques ?

Habitué de nos colonnes, Lugan est bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire comme d’autres médias où il est invité à remettre l’Histoire à l’endroit, cette Histoire blafarde et cafardeuse d’un continent noir à jamais perdu par le crime inexpiable de la colonisation, porteur pour l’éternité des infâmants stigmates du colonialisme, soit du systémique des Blancs de l’Occident.

L’historien, auteur d’une quarantaine d’ouvrages consacrés à cette qu’il a sincèrement aimée et qui n’a cessé de le fasciner nous livre ses souvenirs sous la forme d’un recueil de nouvelles colorées. Le style y est ravageur, caustique à souhait, l’auteur ne s’embarrassant pas, pour le plus grand plaisir du lecteur, de précautions oratoires du politiquement correct qui en affadiraient immanquablement le ton. Une lecture authentiquement cathartique.

Derrière Henri Nérac, auquel il prête volontiers ses traits – bacchantes élégamment sculptées rehaussant, dans un style colonial littéralement old school, le short à deux pinces, la chemise grège aux plis dorsaux réglementaires impeccables et les chaussettes remontées jusqu’aux genoux et chaussées de cuir parfaitement ciré –, Lugan nous entraîne en Land-Rover des rives du lac Kivu aux rues animés de Butare, des sources véritable du Nil de la crête Congo-Nil de l’actuel Rwanda au Perroquet vert, la boîte de nuit de Bujumbura, sur les traces d’une disparue – sauf à en retrouver de rares vestiges loin des capitales ou des bidonvilles métropolitains dans l’Afrique noire actuelle… Quoi qu’il en soit, l’on se plaît à songer à une Afrique en Technicolor qui aurait le charme d’Ava Gardner dans Mogambo, la pétulance flamboyante de Deborah Kerr dans Les Mines du roi Salomon ou la sensualité explosive de Maureen O'Sullivan dans Tarzan et sa compagne. Cette interdite aux « pisse-froid »…

Lugan saisit les atmosphères et les fragrances, tout en ponctuant régulièrement son propos de saillies irrésistiblement drôles. Les personnages sont hauts en couleur et pittoresques. Ainsi, l’on rit à la ladrerie sordide de ce PEGC [professeur d'enseignement général de collège, NDLR] propulsé aux fins fonds de la brousse africaine par on ne sait quelle mystérieuse fortune du destin. Un jour, sur un marché de Butare, tandis qu’il marchande jusqu’à l’indécence le prix du poisson, « une forte matrone zaïroise dotée d’une paire de seins qui aurait donné des complexes au bonhomme Michelin […] lui demanda tout à trac s’il était marié ». L’homme répondit par l’affirmative et s’entendit aussitôt répliquer par la poissonnière : « Petit Blanc, tu es agité parce que ta femme ne sait pas s’occuper de toi. Moi, en deux coups de fesse, je te vide les c… »

Dans un registre similaire, ne se prive-t-il pas d’étriller férocement, sur un ton railleur, les coopérants biberonnés à la rhétorique du tiers-mondisme marxisant et anticolonial. Ainsi de ce jeune agrégé de lettres ventripotent et, surtout, sexuellement détraqué, pris en flagrant délice de jeux érotiques bien peu appréciés par les boyesses indigènes et que notre héros tira, in extremis, des griffes vengeresses de la communauté. Ou de cette chasse au buffle où l’exploit du chasseur se conjugue, avec panache, à la goujaterie la plus éhontée d’un ambassadeur peu scrupuleux…

Le lecteur ne perdra pas son temps à suivre ces Québécois, Allemands et autres Belges ou Français que l' disparue de Lugan sut accueillir à bras ouverts.

11 novembre 2021

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