Editoriaux - Polémiques - Société - 11 novembre 2019

L’islamophobie ressentie

La température ressentie est un concept qui peut présenter un intérêt : c’est vrai que quand les températures sont basses, une rafale de vent accentue la sensation de froid. J’imagine que des scientifiques se sont posé quelques bonnes questions avant de tenter de quantifier quelque chose de réel, mais peut-être subjectif. Quoi qu’il en soit, la température de l’air se quantifie avec un thermomètre gradué usant d’une échelle, et la rafale incriminée ne provoquera pas de chute de cette mesure objective.

L’islamophobie est un mauvais mot, mal construit et critiquable. La désignation de haine anti-musulman serait plus précise et adéquate, mais c’est le terme partagé, hélas, donc il faut en user. Par exemple, pour parler de cette manifestation controversée contre l’, ou en évoquant une pétition « trois pas en avant, trois pas en arrière ». Et si possible en se raccrochant à des faits.

Les services du ministère de l’Intérieur publient quelques statistiques relatives aux actes et aux menaces antireligieux très instructives : elles disent quelles religions sont les victimes. Présenter des chiffres est aride, mais les chiffres parlent et doivent être analysés. Notamment en mettant ces chiffres en perspective avec la proportion de la population qui s’identifie à chaque religion.

L’islam se présente comme une victime. D’après Wikipédia, en 2016, les musulmans sont 5,6 % de la population, soit 9,3 % des habitants confessant une foi. Ils ne sont victimes que de 3,7 % des actes commis et recensés, mais de 11,5 % des menaces.

Le judaïsme ne représente que 0,8 % de la population, soit 1,3 % de la population croyante, mais accapare 14,9 % des actes et 74,7 % des menaces.

Le christianisme, 51,1 % de la population, 85,2 % des croyants, est visé par 81,4 % des actes et 13,8 % des menaces.

La seule conclusion factuelle qui explose littéralement à la lecture de cette simple analyse est que le judaïsme est la première victime de ces actes violents et de ces menaces, bien au-delà de sa présence dans la population française. Malheureusement, le ministère de l’Intérieur ne publie pas de statistiques quant à la religion, ou l’athéisme, de ceux qui commettent des actes antireligieux : ce serait peut-être une donnée à prendre en compte ?

Deux autres conclusions s’imposent.

Il n’est pas besoin de menacer les chrétiens, on agit directement contre eux.

Les musulmans sont, certes, un peu plus menacés que ne le laisserait présager leur proportion dans la population des croyants, mais ils subissent beaucoup moins d’actes. L’islamophobie qui fait la une des journaux relèverait donc du fantasme…

Si critiquer chaque religion relève de la liberté d’opinion, toute atteinte ou menace à des personnes ou à des biens, édifices, sépultures en raison de la religion est révoltante. Mais ce grand écart entre le ressenti et le réel est tel, pour ce qui concerne l’islam, qu’un enfumage à grande échelle pourrait être soupçonné quant à la manifestation de dimanche dernier.

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