Libération : il faut rouvrir les bars-tabacs PMU et le RN disparaîtra. Ou pas…

Dans les communes marquées par la disparition d’un bar-tabac, la hausse du vote FN puis RN a été de 1,38 % en… 20 ans.
@Wikimedia commons
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On a tort de vouloir se compliquer la vie. Il y a des choses simples à savoir. Par exemple que les électeurs du RN sont des gens bas du front, des bouseux qui puent des pieds, sentent le pâté de cochon et la fenaison sous les bras. Piccolos, ils aiment à se retrouver au bar-PMU pour tirer sur leur clope. Alors, quand le bar-PMU baisse le rideau et met la clef sous la porte, l’électeur se venge : c’est la multiplication des bulletins RN dans les urnes.

Ce n’est rien mais c’est quand même beaucoup

C’est Libération qui, à quelques semaines des municipales, se penche sur ce sujet épineux : qu’est-ce qui peut bien faire monter le vote RN ? Maintes fois abordée, analysée, disséquée, la question trouve cette fois une réponse aussi commode qu’inattendue : c’est la fermeture des bars-tabac PMU.

Cette découverte s’appuie, nous dit-on, sur une enquête menée par l’Observatoire du bien-être pour le compte du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP). Une enquête « tout à fait sérieuse », assure Libération, mais néanmoins surprenante dans ses conclusions, car « à voir l’omniprésence des écrans crachant du CNews du matin au soir dans les PMU de France et de Navarre, l’idée pourrait sembler contre-intuitive ». Il nous semblait qu’on y voyait plus souvent des matchs de foot ou des clips que la tête de Pascal Praud, mais les journalistes de Libé fréquentent sans doute davantage les bars-PMU que nous.

Bref, l’analyse s’est faite à partir du registre administratif des terminaux de jeux de la Française des jeux, soit 30.000 points de vente répartis sur 17.000 communes. Cela a permis de mettre en évidence une corrélation entre « la fermeture de 18.000 de ces établissements, entre 2002 et 2022, et les résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans ». Et là, coup de tonnerre : « Sur vingt ans, le score du RN dans les communes marquées par la fin d’un bar-tabac a été plus haut de 1,38 % (sic) que dans les communes qui n’ont pas connu de fermeture similaire. L’écart est sensiblement le même dans le cas des élections législatives. »

Rien à voir avec la hausse de l'immigration, de la misère et de l’insécurité

Certes, concèdent nos fins sociologues, « cet effet se joue donc sur le temps long, à la façon d’une bombe à retardement, ce qui le rend difficile à identifier ». Ben tiens. « À l’inverse, dans les zones industrielles, les fermetures d’usines et l’essor brutal du chômage se traduisent immédiatement à l’élection suivante, notamment à cause de la médiatisation et de la récupération politique qui se joue. » La médiatisation et la récupération ? Vraiment ? Nous qui pensions que c’était à cause de la misère qui s’ensuit, de l’immigration galopante et de l’insécurité endémique, avouez qu’on est bête ! Alors, forcément, l’effet de la fermeture des bars-tabacs « est moins visible ». Si l’on veut ne considérer que ce facteur-là, il se pourrait même, en effet, qu’il faille le chercher avec une loupe.

Toutefois, le chercheur auteur de cette étude, un dénommé Hugo Subtil, pense que cet écart de 1,38 % entre les communes avec ou sans bar-tabac, « à première vue faible et négligeable, serait en réalité suffisant pour faire basculer l’élection dans nombre de communes où le RN a gagné de très peu les dernières législatives ». À l’appui de cette thèse, l’un des auteurs de l’étude, le sociologue Benoît Coquart, spécialiste des inégalités et de la ruralité, relève que « cet écart de vote n’est pas observé dans les communes marquées par la fermeture de lieux comme les supérettes, les points de presse ou les boulangeries ».

Ignorerait-il que la fermeture des supérettes, points de presse et autres boulangeries est très souvent corrélée aux problèmes d’insécurité, lesquels sont aussi très souvent corrélés aux problèmes d’immigration, de trafic de drogue et tout ce qui les accompagne ? Étonné, M. Subtil relève toutefois que « dans ces villes, le vote RN a également augmenté après la fermeture de ce type d’endroit, avec le temps, comme partout, mais il était déjà en hausse avant la fermeture [du bar-tabac PMU, NDLR]. Celle-ci apparaît donc comme une conséquence du déclin économique de la ville, tout comme le vote d’extrême droite. » Faudrait-il alors en déduire qu’il y a d’autres facteurs au vote RN que la fermeture des bars-tabacs ? Mince alors, quelle découverte !

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

52 commentaires

  1. N’importe quoi, ici où je vis en Charente-Maritime, il y a des bars tabacs des PMU mais le RN est très souvent en tête dans nos communes essentiellement ostréicoles, je suppose que c’est une coïncidence, mais je pencherais plutôt sur le fait que cette profession de « paysans de la mer » comme on les nomme, tient à ses traditions et à sa tranquillité.

  2. Combien a coûté cette « étude » ? et combien coûte cet observatoire bidon, qui ne doit d’ailleurs pas être le seul. Quant aux stats … j’ai entendu dans une administration qui avait fait une action qui avait couté une fortune et qui était un fiasco : « le préfet demande comment ça c’est passé, réponds qu’on atteint 80% des objectifs un peu trop optimistes, tout ça au pif, et le préfet lui répond au ministère les objectifs ont dépassés nos prévisions. Au ministère on se dit qu’on a un super préfet et un super directeur de cette administration et l’année suivante on refait la même chose. Moi je n’étais pas fonctionnaire et pas attaché à l’administration c’est sans doute pour ça que j’ai été surpris.

  3. Il va de soi que le trafic de cigarettes venant de l’étranger n’est pour rien dans les difficultés des tabacs.
    Aucun frontalier n’achète ses cigarettes en France vu le montant des taxes.

  4. Bizarrement les bars-tabac PMU ont disparu 1) dans les campagnes faute d’habitants, 2) dans les beaux quartiers des grandes villes, les habitants préférant les brunchs et salons de thés moins populaires et 3) dans les quartiers immigrés où le bar c’est le vin et le jambon beurre. Ces trois lieux ne votent pas RN. En quoi mettre un bar bien de chez nous va arranger la situation s’il n’y a pas de demande ?

    • Si vous en avez le courage, faites un tour dans les rues de Paris, même certaines des prestigieuses, et vous constaterez le nombre de rideaux baissés et de commerces, que ce soit de bouche ou autre, définitivement clos, y compris les bars tabac. La désertification n’est pas que rurale ou provinciale. Dans la capitale comme dans d’autres métropoles, des rues, des quartiers entiers sont devenus des souks où le trafic et le travail au noir explosent. L’hidalgomanie, les écolos-gauchistes et LUPS ont petit à petit fait leurs œuvres depuis cinquante ans.

    • Dans mon quartier qu’on peut qualifier de « populaire » dans un ville moyenne, avant 4 PMU, 3 ont disparu seul est resté, la clientèle euh sans commentaire, qui jouent pas mal au PMU, et qui apparemment vu aux heures où je les voyais, ne bossaient pas vraiment….

  5. Faut le faire s’appeler Subtil(e). Si l’on considère le mépris comme une sorte de subtilité à défaut de lucidité alors celui-ci porte bien son nom. Puisqu’il est chercheur, à lui de trouver l’erreur. Quant à Libération en substituant le i par le a, ça donne « l’aberration » alors rien d’étonnant.

    • Bien vu,et son compère,c’est coquard,on ne se réinvente pas.
      Perso,lorsque je passe devant mon PMU,je ne vois que des hommes attablés qui n’ont rien de militants RN,voyez ce que je veux dire.

  6. « Libération : il faut rouvrir les bars-tabacs PMU et le RN disparaîtra » …
    l’auteur de cette thèse et ceux qui la « relayent » seraient bien inspirés de faire chose d’utile : qu’ils se taisent ! …

    Peut-être qu’à Paris … où dans la BOBO sphère ils sont tellement hors sol qu’ils prennent leurs désires pour des réalités ! …
    Après tout, qu’ils continuent à brailler des âneries ! …

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