C’est une bombe qui a explosé, ce 2 décembre, au siège habituellement feutré de LR, au 238, rue de Vaugirard, au cœur du très calme XVe arrondissement de Paris. Attendu comme un candidat mineur, un provocateur, voire un clown, Éric Ciotti s’offre la victoire au premier tour de ce scrutin. Les 140.000 adhérents de LR départageront donc, ce samedi 4 décembre, en début d’après-midi, le député des Alpes-Maritimes et la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse pour déterminer qui portera les couleurs du parti « de la droite et du centre » dans l’élection présidentielle.

Ciotti et Pécresse l’emportent dans un mouchoir de poche avec 25,59 % des suffrages exprimés des adhérents LR pour le député, juste devant Valérie Pécresse (25 %), Michel Barnier (23,93 %) et Xavier Bertrand (22,36 %), à une longueur de Philippe Juvin (3,13 %), marginalisé.

Une fois de plus dans les primaires partisanes, l’outil télévision, en dégageant les personnalités et les discours, a bousculé les baronnies, favorisé la clarté et créé la surprise. Marine Le Pen s'amusait de la radicalisation des candidats aux primaires dans une interview au Parisien, ce 2 décembre : « Je n'ai pas de concurrents chez LR, je n'y ai plus que des clones ! » Incontestablement, Ciotti a bénéficié d’une ligne politique claire et surtout constante. Il a tenu un discours cohérent sur l’immigration, thème central des débats LR, mais aussi sur son opposition au macronisme. Il a répété qu’il voterait Zemmour au second tour en cas de duel entre le polémiste et le président de la République. « On sentait qu’il suscitait une dynamique depuis quelque temps, reconnaît Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire et professeur associé à la Sorbonne, interrogé par Boulevard Voltaire. Le corps électoral est en attente d’un discours de droite qui incarne une vive opposition à Macron. Il a bénéficié de cette attente. » Mais ce scrutin marque une rupture : « Sur le fond, personne n’aurait pensé voilà deux mois que Ciotti sorte en tête de cette compétition », constate Arnaud Benedetti. Ce premier tour consacre surtout une défaite cuisante, celle de Xavier Bertrand. L’homme, converti récent à l’idée que l’immigration n’est pas une chance pour la France tout en tapant à bras raccourcis sur Marine Le Pen (« Elle ne va pas régler les problèmes, elle en vit », avait-il lancé dans les débats), aura été d’échec en échec. Sa stratégie du cavalier seul s’est soldée par une retraite en rase campagne et une réintégration au sein des LR pour participer aux débats. Et sa prestation durant les primaires a laissé sceptique. Arnaud Benedetti relève « un manque d’empathie » du président de la région des Hauts-de-France. À aucun moment, ni lui, ni Michel Barnier dont la stature aurait pu s’imposer, n’ont convaincu. Plus directe, maîtrisant bien ses chiffres et ses dossiers, Valérie Pécresse aurait aussi bénéficié du travail de terrain de ses équipes pour susciter des adhésions en Île-de-France…

Cette surprise laisse le second tour de samedi plus ouvert qu’il ne le paraît. Certes, Xavier Bertrand a appelé à voter pour Valérie Pécresse et les positionnements de Barnier et Juvin les rapprochent a priori de la candidate. « Si l’on considère que la politique est proche des mathématiques, l’issue est favorable à Pécresse, analyse Arnaud Benedetti. Mais la politique est différente des mathématiques et la dynamique est favorable à Ciotti. » Et personne, même chez LR, n’est propriétaire de ces voix.

Quelle que soit l’issue du second tour, les résultats d’aujourd’hui permettent d’imaginer une perspective, un axe national réunissant en fin de campagne un Éric Zemmour, une Marine Le Pen et un Éric Ciotti, derrière le mieux placé des trois. Zemmour a, du reste, épargné un seul candidat LR dans son clip de campagne : Éric Ciotti. « Il y aurait une cohérence dans cet ensemble, les lignes sont assez proches », reconnaît Arnaud Benedetti. On n’en est pas là. Au Rassemblement national, comme chez de nombreux Français, on doute des convictions réelles des candidats LR.

« Pécresse va gagner pour devenir le Premier ministre de Macron », pronostique Philippe Olivier, le conseiller spécial de Marine Le Pen, joint par Boulevard Voltaire. De son côté, Ciotti a répété durant les débats sa fidélité à LR auquel il a adhéré encore adolescent. Surtout, il n’a jamais voté les amendements du RN, lui reproche le parti de Marine Le Pen. « Mais on accueillera tout le monde, Marine Le Pen l’a dit. Tous sont les bienvenus », précise Philippe Olivier. En quelques jours, deux candidats se seront déclarés : la vraie campagne présidentielle peut commencer.

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2 décembre 2021

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