Le vendredi 8 septembre dernier, tous les amateurs de rugby étaient tournés vers le Stade de France pour le lancement de la dixième Coupe du monde. Après une cérémonie d’ouverture très franchouillarde et plutôt réussie, quoi qu’en disent certains, les Bleus de Fabien Galthié ont fait leur entrée sur la pelouse. Sous l’impulsion de son capitaine Antoine Dupont, l’équipe de France a dominé la rencontre qui l’opposait à la Nouvelle-Zélande (27 à 13). Esprit d’équipe, respect de l’adversaire, public des plus fair-play, haie d’honneur pour l’équipe perdante… La fête était parfaite grâce aux fameuses valeurs du rugby ! Des valeurs (apparentes) qui mettent ce sport sur un piédestal et qui ont tendance à masquer le fait que, comme dans beaucoup d’autres disciplines, plus ça va, moins ça va.

Le temps du rugby de clocher où les joueurs évoluent dans le village ou la ville qui les a vus naître et grandir est révolu. Depuis la professionnalisation de ce sport en 1998, certaines équipes historiques comme Bourgoin-Jallieu ont disparu de l’élite, laissant place à des formations issues des grandes villes et ayant plus de moyens, comme le LOU (Lyon olympique universitaire) ou le MHR (Montpellier Hérault Rugby). Signe que ce sport a pris une tout autre dimension financière. En effet, en 25 ans, les budgets des clubs ont explosé (multiplication par 60 pour le Stade toulousain, par exemple), les salaires des joueurs aussi. Alors qu’ils ne touchaient pas beaucoup plus que le SMIC en amateur, certains sont désormais payés plus d’un million d’euros par an. À ce tarif-là, pas étonnant que l’amour du maillot soit relégué au second plan. Cheslin Kolbe en est la preuve parfaite. Dans une interview accordée à L’Équipe au moment de son départ vers le RCT (Rugby Club toulonnais), le Sud-Africain déclarait : « Quitter le Stade toulousain a été une décision difficile à prendre. Il nous a fallu prendre en considération pas mal d'aspects mais l'un d'eux, et pas des moindres, était de considérer qu'une carrière de joueur professionnel est limitée dans le temps. » Autrement dit, l'argent a lourdement pesé dans la balance. Depuis, l'ailier des Springboks a quitté le club de la rade pour rejoindre le championnat japonais, plus lucratif encore. Il n’est bien évidemment pas le seul à avoir succombé à l’appel d’un gros chèque et plusieurs Français ont aussi été transférés à grands frais, comme Vincent Clerc, Sébastien Chabal ou encore Louis Picamoles. Plus intéressé, le rugbyman moderne n’est plus l’homme d’un seul club.

À vrai dire, il n’est même plus l’homme d’un seul pays. Aussi étonnant que cela puisse paraître, depuis 2021, les joueurs n’ayant pas été sélectionnés par leur pays depuis trois ans peuvent être appelés par une autre nation, à condition qu’ils aient un grand-parent né dans le pays en question. Résultat : lors de la Coupe du monde 2023, 18 joueurs jouent pour un pays différent de celui avec lequel ils avaient précédemment disputé un mondial. Des Néo-Zélandais sont devenus tongiens, des Moldaves sont désormais roumains, des Australiens portent le maillot des Samoa. Pour jouer une nouvelle Coupe du monde, ces joueurs sont allés jusqu’à renier leur mère patrie. Ce type de transfuges se voit dans tous les sports (football, athlétisme, judo et autres), mais pour une discipline qui se targue d’avoir des valeurs, c’est décevant.

Autre chose décevante et qui pourrait être très dommageable à l’avenir : la starification des rugbymen. Ceux qui aiment vraiment ce sport le savent, normalement, la star, c’est l’équipe. Or, depuis quelques années, les récompenses individuelles se multiplient. À chaque rencontre, un « homme du match » est élu et, depuis 2001, l’International Rugby Board récompense, tous les ans, le meilleur joueur du monde. Des rugbymen en particulier sont glorifiés, faisant oublier que sans leurs coéquipiers, ils ne seraient rien. Jonny Wilkinson, Dan Carter et Antoine Dupont ont, entre autres, reçu cette distinction. Elle les a élevés au rang de star. Au sujet du demi de mêlée français, notons que sa présence sur les plateaux de télévision, dans des publicités et en une des magazines n’a jamais été aussi importante que depuis qu’il a reçu ce trophée. Bien qu’il semble garder les pieds sur terre, il est évident que tout cet emballement autour de sa personne a dû flatter son ego. Antoine Dupont est aujourd’hui une personnalité publique, autant qu’un excellent joueur de rugby.

Un nouveau statut qui lui a donné des ailes. Ces dernières sorties ont montré qu’il se croyait désormais légitime sur des sujets bien éloignés du ballon ovale. En 2022, il avait appelé à voter contre Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle et, plus récemment, il s’est désolidarisé de Valeurs actuelles qui avait utilisé son image pour faire l’éloge du rugby et de ses valeurs, justement. Il ne s’est pas hasardé à faire un commentaire sur la mort du petit ange Nahel comme son homologue du football, Kylian MBappé mais, comme lui, il est sorti de son rôle. Chose encore impensable, il y a quelques années de cela. Sans revenir à l’époque où le FC Lourdes était champion de France, par le passé, les rugbymen savaient rester à leur place, à savoir sur le terrain. Quand on a connu le rugby d’avant, on sait combien celui de maintenant est en train de se perdre.

Attention, messieurs, la cabane n’est pas loin de tomber sur le chien.

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01 octobre 2023 à 12:15

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27 commentaires

  1. Bonjour ,
    je comprends et partage vos commentaires sur le rugby pro ,mais lorsque l’on évoque les valeurs du rugby c’est pour faire ressortir les valeurs développées surtout dans les écoles de rugby et les équipes de jeunes du secteur amateur(j’ai té éducateur cadets -juniors pendant plus de 40 ans) ,j’ai arrêté d’entrainer à 75ans et j’ai toujours essayé d’inculquer des valeurs morales à tous ces jeunes et d’en revoir avec plaisir certains maintenant qui ont plus de 40 ans venir m’embrasser lorsque nous nous rencontrons et de voir que tous SANS EXCEPTION se sont parfaitement comporté dans la vie.

  2. Bien d’accord avec vous Madame! Mais ce n’est qu’une preuve de plus de la volonté des dirigeants mondiaux de tous types, mondialistes par goût ou contraints par leur environnement de faire du fric et de la communication aux dépens des valeurs morales, de la Justice, des nations souveraines , bref d’une Société civilisée !

  3. Beaucoup de gens pensent que Dupond est indispensable à l’équipe de France, mais qu’ils se rassurent , que ce soit en sport , en politique ou autres personne est indispensable , la meilleur réponse à leur faire c’est que les gens que l’on croyait indispensables, les cimetières en sont pleins , et la terre tourne toujours .,

  4. Il y a longtemps que les soi disant « valeurs du rugby » sont caduques : vous avez oublié Laporte, le BO qui « embauche » des condamnés, le président de Montpellier ….Mais votre conclusion est bonne : il faut rappeler au petit sot Dupont que ses supporteurs votent majoritairement RN (voir les résultats de l’Aude, des PO, de l’Hérault, de la Haute Garonne….) et que son « job », c’est de jouer au rugby et, justement, de respecter ceux qui lui permettent de faire son lucratif métier.

  5. Ce ne sont pas les paroles d’un Dupont ou d’un Durand nommé « star » qui vont m’influencer, moi je ne leur dis pas
    de jouer de telle ou telle façon , alors qu’ils la ferment.

  6. c’est devenu comme le foot. dès qu’ils sont passés professionnels, on savait que ça allait se produire.

  7. Leur fortune leur fait perdre le sens des réalités, alors ils prennent position sur tout et n’importe quoi pensant que l’argent leur donne l’intelligence et le droit de donner tous domaines des leçons aux gens du peuple qui paient si cher pour venir les voir jouer. même si le rugby n’est pas encore aussi atteint que le foot, les valeurs….. ne sont que des mots. On remarquera quand même que parmi ces « élites » enfin élites sportives me parait plus adapté, certains vont quand même voir le marabout pour leur venir en aide, ce qui en dit long .

  8. Tout à fait et c’est d’ailleurs pour cela que, comme le foot, je ne regarde plus. Tous les sports font leur transition vers un sport buisness et spectacle, où seuls les intérêts économiques, uniformisés (jusqu’au jeu et gabarits des joueurs) et mondialisés, comptent. De toutes façons, on sait déjà pour qui roulent les fédérations sportives et olympiques, du surf, jusqu’au rugby, avec larges privatisation des profits et publicisations des pertes, sur les dos des peuples, ébahies et floués. Les performances de ces joueurs, hors normes et gonflés à bloc, n’en restent pas moins exceptionnelles. Du pain et des jeux…

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