Editoriaux - Société - 14 janvier 2019

Les mauvais chiffres de la sécurité routière ? C’est la faute aux gilets jaunes, bien sûr !

Marc Twain disait qu’il y avait trois sortes de mensonge : “les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques”. Et ces dernières donnent tout leur potentiel d’enfumage en matière de sécurité routière, où on peut leur faire dire à peu près tout ce qu’on veut. Ainsi, Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, impute les chiffres décevants de décembre 2018 à la “dégradation massive” des radars fixes par les gilets jaunes.

L’ennui, c’est qu’en septembre – bien avant ces actes de vandalisme, mais trois mois après l’instauration du 80 km/h partout -, on avait constaté 8,8 % de morts de plus qu’en septembre 2017. Pourtant, le haut fonctionnaire n’en tira pas la conclusion que cette nouvelle atteinte à nos libertés avait aggravé les choses ! Étrange logique, non ?

D’ailleurs, selon lui, lorsque des automobilistes passent devant un radar bâché (incapable d’identifier le véhicule mais enregistrant sa vitesse), ils accélèrent. Comment le sait-il, sauf à disposer d’un radar un kilomètre après ?

Mais il lui faut servilement marteler le dogme selon lequel la vitesse est la cause quasi unique des accidents de la route, alors qu’elle n’est qu’un facteur d’aggravation de leurs lésions physiques. Et c’est si facile ! Que le nombre de décès diminue, et on l’imputera à l’efficacité de la répression ; qu’il augmente, et ce sera le prétexte à multiplier les radars et durcir les sanctions. Oubliant les innombrables facteurs ôtant toute pertinence à ce raisonnement aussi binaire que simpliste : météo, état des routes, nombre de week-ends ou de ponts dans le mois considéré, améliorations des véhicules comme l’ABS, l’airbag, les guidages GPS et alertes de trafic, le contrôle technique, sans parler de la conjoncture économique ou du prix des carburants, et même des embouteillages que nos maîtres organisent avec tant de talent.

Devant leur multiplication ces dernières années, beaucoup de salariés d’âge mûr ont, en effet, troqué leurs voitures contre un deux-roues, voire un de ces tricycles motorisés accessibles aux permis B, et sans limitation de cylindrée. Oubliant qu’entre le scooter 50 cc de leur adolescence et la fusée qu’ils avaient aujourd’hui entre les jambes, il y avait un monde. Qu’ils ont parfois quitté violemment. Demandez aux médecins du travail…

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