Editoriaux - Société - 21 janvier 2020

Les aveugles, nouvelle cible des antispécistes ?

chien aveugle

L’information vient du Daily Mail, relayée en France par Marianne et Valeurs actuelles : des aveugles, outre-Manche, ont été agressés, ces derniers mois, par des vegans leur reprochant d’exploiter leurs chiens.

Pourquoi s’en étonner ? C’est le déroulé logique de la philosophie antispéciste. Si toutes les espèces se valent, de quel droit ferait-on d’un chien qui n’a apposé sa patte sur aucun contrat le supplétif permanent d’un humain, forcé de le suivre partout… comme un toutou. Voyez comme cette expression du langage courant est déjà perverse !
Et ne parlons pas des brigades cynophiles : aller renifler la drogue et les explosifs là où leur maître n’oserait, lui, jamais mettre son pif !

Pour 81 % des Américains, leur chien est un membre de la famille, 58 % se nomment face à lui « maman » et « papa ». Une militante vegan disait à la télé qu’elle préférait son chien aux hommes car il ne disait pas de méchancetés. Mais il n’en pense peut-être pas moins ? Il en a, qui sait, assez de son affection encombrante, du joug de sa laisse, de ses joujoux idiots, de son toilettage ridicule et de son Whiskas™ indigeste ? Il veut peut-être vivre l’amour fou ? Avec une vraie chienne, choisie librement et non celle qu’on lui a imposée pour obtenir une portée « racée», ni celle du voisin, froide comme un glaçon depuis que son maître l’a fait d’autorité stériliser ?

Si le chien était un homme, on parlerait d’esclavage bienveillant. Mais il n’en est pas un, faut-il le rappeler ?

En mars 2018, une militante vegan avait réagi en ces termes, sur Facebook, à l’attentat de Trèbes au cours duquel un boucher avait été tué : « Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? Pas moi, j’ai zéro compassion pour lui ; il y a quand même une justice. »

En novembre 2016, l’association PETA (Pour une éthique dans le traitement des animaux) avait demandé au maire de Lille de débaptiser la rue du Jambon. Elle avait également pour cible la rue de l’Abattoir, à Strasbourg. Il est vrai que nos vieux centres-villes portent, traditionnellement, les noms de métiers qui y avaient pignon sur rue. Il faudrait trouver nom moins cruel pour la rue de la Rôtisserie, à Tours, qui ne fait pas référence à un centre de bronzage, ou la rue des Poissonniers, à Paris, où l’on ne vendait pas des poissons rouges en bocal.

On peut en rire (ou pas), mais cette idéologie animaliste n’est pas portée par de mignonnes fillettes aimant les chatons sur les agendas et les poneys en poster. Comme le souligne, dans son essai Les Ingouvernables (Grasset), Éric Delbecque, ces individus potentiellement violents font partie de la galaxie de l’ultra-gauche.

Dans un article paru le 29 mars 2019 (Le Monde), le philosophe Francis Wolff met en garde contre l’animalisme qui, « [se présentant] comme le prolongement de l’humanisme, en est en fait la négation » : appelant Kant à la rescousse, il déclare : « Entre personne et animal, il y a pour moi une barrière absolue : à vouloir personnifier les animaux, nous risquons d’animaliser les êtres humains. » Ou, dit autrement, en sacralisant l’un, on cherche à désacraliser l’autre.

Lié à la déchristianisation, le mouvement vegan est également permis par le mode de vie urbain. Le jeune paysan ne peut guère s’offrir le luxe de faire du sentiment avec le ver de terre que rencontre sa bêche. Et c’est bien pour cela qu’à l’instar du boucher, il est lui aussi visé par les militants déchaînés.

Un si grand soleil, nouveau feuilleton « d’avant-soirée » de la chaîne (publique !) France 2 – dans le style Plus belle la vie -, a mis en scène, le 16 janvier, une flamboyante militante de la cause animale s’introduisant dans un élevage avec ses amis pour y déployer une bannière et ouvrir les cages des perdrix. Nul ne s’intéresse, bien sûr, au sort du vilain éleveur cambriolé, privé de son moyen de subsistance. Comme l’aveugle, il n’a sans doute qu’à se dém… On pensera éventuellement (deux secondes) à lui quand il se sera, comme tant d’autres, suicidé.

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