Elles sont voilées de la tête aux pieds, portent leurs gants noirs et leurs yeux sont cachés derrière un sitar. Ce voile, qui signifie « rideau », en arabe, est assez fin pour que celle qui le porte puisse voir à travers sans être vue des autres. Samedi, ces sombres silhouettes déshumanisées se sont déplacées dans un cortège escorté d’hommes armés, dans l’ Shahid-Rabbani de Kaboul. Et la date du 11 septembre retenue pour s’exprimer n’est pas laissée au hasard. Pas plus que cette lugubre mise en scène rapportée par une envoyée spéciale du Figaro.

Le discours est bien rodé, lu sur un papier. La voix fluette, le spectre d’une jeune femme de 22 ans s’exprime : « Je suis ici pour dire que je suis heureuse car enfin, après vingt ans d’invasion étrangère, grâce à nos valeureux moudjahidins, l’ est devenu un pays adapté aux femmes. » S’ensuit une série de questions-réponses sous les apparences d’une profession de foi : Qu’est-ce que cela veut dire ? « Grâce à Dieu, à partir de maintenant, toutes les sœurs d’Afghanistan, sans exception, seront vêtues d’une tenue correcte. Celles qui iront à l’université seront éloignées des garçons. » En quoi cela améliore-t-il la condition des femmes ? « Grâce à Dieu, la loi islamique est aujourd’hui appliquée. Elle nous libère du péché. »

Ces sœurs partisanes de l’État islamique sont présentes pour témoigner de la bienveillance du nouveau régime à leur égard et condamner les femmes qui ne se couvrent pas assez, « elles auraient été influencées par une minorité d’adeptes de l’idéologie occidentale, qui n’a pas sa place en Afghanistan ».

Les autres ne peuvent plus pratiquer de sport ni prétendre à de hautes fonctions publiques. Elles sont humiliées, battues et vivent terrées dans la peur. « Il y a deux semaines, huit d’entre eux m’ont battue en plein centre-ville de Kaboul car ils estimaient que mon voile était transparent. Ils sont partout, me scrutent, savent tout. Même à l’intérieur, je n’enlève plus ma tunique longue, car j’ai peur qu’ils me voient par la fenêtre », témoigne cette monteuse de films publicitaires sans emploi depuis l’interdiction des de se rendre à son bureau. Et pourtant, « elles peuvent travailler, elles peuvent étudier, elles peuvent participer à la et elles peuvent faire des affaires », assure, à l’AFP, Sher Mohammad Abbas Stanikzai, un cadre taliban.

Le lendemain de ce simulacre de démonstration de soutien, Abdul Baqui Haqqani, le ministre de l’ du nouveau régime afghan, a confirmé que les femmes pourraient étudier à l’université, mais sous de strictes conditions : non-mixité, port d’un long voile couvrant complètement la tête et le corps, avec un grillage dissimulant les yeux obligatoire. Des conditions quasi inapplicables qui avaient déjà empêché les femmes d’étudier de 1996 à 2001 sous le régime islamiste. « Ces mesures annoncées vont apporter des restrictions pour les femmes, car c’est impossible pour les universités de pouvoir employer un autre professeur sur une même matière », témoigne anonymement, sur RFI, cette autre Afghane qui travaillait dans une université avant d’être renvoyée par les talibans. Elle vit elle aussi cachée.

14 septembre 2021

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