Editoriaux - International - 18 septembre 2019

Législatives israéliennes : encore un coup pour rien !

Cinq mois après des élections législatives n’ayant pas permis à une majorité claire de se dégager, les Israéliens sont retournés aux urnes ce mardi dernier, pour un résultat globalement identique : l’État hébreu demeure toujours aussi ingouvernable.

En effet, le Likoud du Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, obtiendrait entre 30 et 33 sièges, contre 32 à 34 pour son rival, le général Benny Gantz et son parti de centre gauche Bleu et Blanc. Il en faut 61 pour avoir la majorité absolue à la Knesset, le Parlement israélien.

De son côté, le nationaliste Avigdor Liberman et son mouvement, Israel Beytenou, ancien allié de Benyamin Netanyahou, est de nouveau bien placé pour jouer le rôle de faiseur de rois. Et c’est là que cela se complique, sachant que ce laïc militant ne veut à aucun prix envisager une alliance avec les ultra-orthodoxes, traditionnels soutiens d’un Netanyahou politiquement très affaibli par des affaires judiciaires à répétition. Ce qui n’empêche pas les trois protagonistes d’en appeler à une coalition d’union nationale.

Voilà qui fait très joli sur le papier, mais de quelle « union nationale » est-il ici question, sachant que la société israélienne n’a jamais été autant divisée en profondeur. Car il est loin, le temps où les pères fondateurs pratiquaient un socialisme national, nourri d’une laïcité et d’un syndicalisme faisant alors consensus. L’ultralibéralisme américain est passé par là, avec son cortège d’inégalités croissantes et les dingueries sociétales y afférentes.

D’un côté, Tel Aviv, l’une des capitales les plus gay-friendly au monde, et Dana International, transsexuel local ayant emporté le Grand Prix de l’Eurovision en 1998. Et de l’autre, à quelques kilomètres de là, des quartiers religieux où l’usage de la voiture est prohibé le jour du Shabbat, les contrevenants prenant le risque de se faire caillasser… Des religieux qui, par ailleurs, ne travaillent pas, leurs épouses étant chargées de nourrir la famille pendant qu’ils se livrent à l’exégèse des textes saints. Pis : ces hommes refusent d’accomplir leurs obligations militaires, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes en un pays où l’armée demeure l’historique colonne vertébrale.

Pour tout arranger, il y a les Arabes israéliens, musulmans et chrétiens, citoyens de seconde zone qui, eux aussi, ne portent pas les armes, mais pour d’autres raisons, Tsahal doutant souvent de leur loyauté. Démographie oblige, ces derniers devraient bientôt représenter plus d’un quart de la population.

Dans le même temps, Benyamin Netanyahou a tout mis en œuvre pour faire capoter une paix durable avec les Palestiniens. Sa politique d’implantations de colonies toutes plus illégales les unes que les autres a réduit à néant toute forme de continuité territoriale palestinienne. À défaut d’une solution à deux États, demeurerait celle d’un État unique dont tous les citoyens jouiraient des mêmes droits. Nous en sommes loin ; ce, d’autant plus qu’il a promis, en cas de victoire, d’annexer la totalité de la vallée du Jourdain, provoquant ainsi la colère de Moscou, son nouvel allié du moment, depuis que, peu à peu, les liens se distendent avec Washington.

Ajoutez à cela une politique étrangère erratique, entre soutien discret et épisodique à certains groupes « rebelles syriens » (euphémisme pour ne pas dire djihadistes)… et obsession anti-iranienne allant à l’encontre des positions des états-majors militaires comme ceux des services secrets, et on voit que cet homme s’est en quelque sorte enfermé seul dans une impasse. Impasse d’autant plus problématique que, c’est le moins qu’on puisse prétendre, le mythe de l’invincibilité de Tsahal en a pris un coup, avec ses équipées aventuristes contre le Hezbollah au Sud-Liban et le Hamas dans la bande de Gaza.

Pour dénouer cette situation, il faudrait au moins un nouveau David Ben Gourion ou un Yitzhak Rabin. Il est à craindre que les Israéliens – « tous » les Israéliens – n’aient pas fini d’attendre.

À lire aussi

Après l’affaire Alexandre Benalla : Sandro Gozi, le prochain scandale d’État ?

Après l’affaire Alexandre Benalla : Sandro Gozi, le prochain scandale d’État ? …