Editoriaux - Société - 12 novembre 2019

Le voile islamique de la princesse Victoria de Suède : à bien y réfléchir…

La semaine dernière, la princesse héritière Victoria de Suède, accompagnée de son mari, le prince consort Daniel, a effectué une visite officielle en Bosnie-Herzégovine. Je sais, on va me dire, la Suède, la Bosnie et la princesse Victoria, on s’en moque un peu. La Suède, à part les Suédoises et les allumettes, et encore… On a déjà du mal à ne pas confondre avec la Norvège et tous ces pays où il fait frisquet, à part dans le sauna. Et la Bosnie-Herzégovine, n’en parlons pas. Un vague souvenir d’attentat à Sarajevo en 1914 qui mit le feu aux poudres et, tout de même, plus près de nous, la guerre en ex-Yougoslavie durant laquelle la France y laissa plus de cent de ses fils. Quant à la princesse Victoria, pour peu qu’on n’aille pas très souvent chez le coiffeur, on ignore à peu près tout de cette jeune femme qui, à première vue, a l’air d’une brave fille, toute souriante, franche et pas compliquée du tout. Pas compliquée : la preuve, elle a épousé son professeur de fitness en 2010, Daniel Westling, depuis lors altesse royale, prince de Suède et duc de Västergötland. Dans le package, il a même hérité, en prime, du nom de sa princesse et s’appelle désormais Westling Bernadotte.

Tout ça pour dire et en arriver à l’événement qui aurait créé, si l’on en croit le journal Sputnik, un véritable « tollé » et « une vaste réaction sur les réseaux sociaux » : la princesse s’est couverte la tête d’un voile à l’occasion de la visite d’une mosquée à Sarajevo. Comme quoi le voile n’est pas qu’une histoire franco-française. Petit aparté : il serait intéressant d’avoir une sorte d’échelle de Richter pour mesurer le degré de « réaction sur les réseaux sociaux » face à telle déclaration ou tel événement car on a le sentiment que cette évaluation est souvent faite au doigt mouillé. Combien de personnes se sont-elles vraiment offusquées ou, au contraire, ont pris la défense de la princesse voilée ? Difficile à dire et, au fond, ce n’est pas le sujet.

Que les lecteurs pardonnent à l’auteur de ces lignes ses monomanies mais, une fois de plus, cette histoire de voile princier nous montre que l’exemple vient des têtes couronnées ! Nous l’évoquions récemment au sujet de la visite du duc et de la duchesse de Cambridge au Pakistan. Passons sur le galimatias rapporté par Sputnik et reprenant probablement les éléments de langage officiels du palais ou du gouvernement suédois (« voulant faire preuve de solidarité interreligieuse »), bien dans le goût du novlangue actuel : il est vrai que la monarchie suédoise coche toutes les cases du royalement correct. Nouvel aparté : se pose « concrètement » la question de la manifestation vestimentaire de cette « solidarité interreligieuse » lorsque sont organisées des manifestations mêlant plusieurs cultes. Comment faire pour l’homme ? Se déchausser, d’accord. Mais pour la tête, on fait comment ? Être coiffé et décoiffé en même temps, pas facile. Vite Macron, pour résoudre le problème. Fin du nouvel aparté.

Plus simplement, la princesse Victoria s’est voilée la tête par respect, bienséance, politesse : des mots qui vont si bien ensemble. Une femme se voile dans une mosquée, c’est l’usage, la coutume. Un homme se décoiffe dans une église, c’est l’usage, la coutume. Un homme se coiffe dans une synagogue, c’est l’usage, la coutume. C’est tout, pas plus compliqué que ça. Cette règle de bienséance qui s’applique lorsqu’on franchit la porte d’un lieu de culte devrait servir d’exemple lorsque l’on franchit les portes d’un pays. Idem et a fortiori si l’on s’y installe, qu’on y fait souche.

À bien y réfléchir, le voile de la princesse Victoria est le plus bel argument en faveur de la disparition du voile islamique dans notre espace public. Non par la contrainte, mais par la politesse. Pas gagné.

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