Editoriaux - Société - 19 avril 2019

Le suicide dans la police doit recevoir une réponse globale et collective

C’est le suicide d’une femme gardien de la paix de 48 ans, mère de deux enfants, survenu à Montpellier au cours de ces derniers jours qui relance le débat sur le suicide dans la police nationale. Il est vrai que l’année 2019, si la tendance devait se maintenir, se révélerait être une véritable catastrophe. En effet, depuis le 1er janvier de cette année, pas moins de 28 policiers, hommes et femmes, se sont donné la mort, le plus souvent à l’aide de leur arme de service.

La problématique du suicide policier n’est pas nouvelle. Elle oppose régulièrement les syndicats et l’administration. Les premiers attribuant ce phénomène au stress et à la surcharge de travail quand la seconde souligne l’impact, difficilement mesurable il est vrai, des problèmes personnels rencontrés, comme tout un chacun, par les membres des forces de l’ordre. Pourtant, les deux sont, d’évidence, étroitement liés.

Le travail de policier compte certainement parmi les plus difficiles : contraintes horaires importantes, décalage au regard des rythmes de vie, les policiers travaillent souvent les fins de semaines et les jours fériés, stress lié aux missions quotidiennes qui conduisent les policiers à être confrontés à toutes les formes de violences, sentiment d’isolement par rapport au reste du corps social, ce qui contribue à enfermer les fonctionnaires de police au sein d’un monde réducteur… bref, toute une série de facteurs qui favorisent un isolement physique et psychologique préjudiciable à un bon équilibre.

Mais ces quelques causes ne sont pas les seules. À celles-ci est venue s’ajouter une profonde transformation de l’institution policière.

Alors qu’hier prévalaient la solidarité et l’entraide, la police nationale s’est peu à peu « fonctionnarisée ». Ainsi, en dehors du groupe restreint auquel le policier peut appartenir, sa brigade ou son unité élémentaire, des cloisonnements sont apparus, faisant disparaître tout ce qui permettait une forme de régulation interne. De même, la hiérarchie, paternaliste à une époque, s’est resserrée sur des problématiques purement corporatistes au détriment du collectif.

Cette réalité n’est, d’ailleurs, pas uniquement visible en matière de suicide. Elle s’observe dans toutes les formes de commandement, qui, au lieu de créer du lien et de l’efficacité, renvoie à des conduites individuelles parfois désordonnées et inopérantes, voire contre-productives pour l’institution. Les comportements violents observés lors des manifestations procèdent certainement de ce manque, désormais patent, de cohésion.

Pour autant, les réponses au suicide dans la police sont difficiles à apporter. D’abord, parce qu’elles doivent s’inscrire dans une démarche globale de restructuration de l’institution, seule à même de redonner du sens à l’action policière. Ceci permettrait, en outre, de remettre le policier au centre de sa mission et, donc, de le valoriser. Ensuite, parce que les causes de ce phénomène sont multiples.

Elles sont, bien entendu, professionnelles, et pour cela, il convient d’apporter les réponses structurelles en matière d’effectifs, de durée de vacation et de renforcement des dispositifs permettant un épanouissement de la vie privée. Mais elles sont également personnelles. Il faut, ainsi, savoir que des difficultés familiales vécues dans un contexte professionnel délétère ne font que favoriser le passage à l’acte. Et sur ce dernier point, seule une observation fine de l’entourage immédiat du policier peut anticiper un geste fatal.

Il convient donc d’associer étroitement, et très tôt, les familles de policiers à la politique de prévention qui doit absolument se mettre en place. La réponse au suicide dans la police ne pourra être que collective et globale.

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