Economie - Editoriaux - 11 mars 2020

Le Robin des bois qui enrichit les riches

Les EnMarcheurs surprendront toujours, même au plus haut niveau. Témoin Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État à l’Économie, qui, en une minute d’interview sur CNews relayée par un tweet, est capable de gratifier la France de trois gigantesques bourdes.

La première : « Les banques seraient plus solides qu’en 2008, le suivi des banques ayant été renforcé. » Il faut immédiatement tordre le coup à cette fable, la loi Moscovici de 2013 est une loi écrite par les banques pour les banques, une loi « poudre-aux-yeuxtesque » qui fait semblant de faire mais ne fait rien, ou presque, et surtout pas séparer les activités de dépôt de celles d’investissement. Cette loi est passée sans étude d’impact. La lecture de l’Illusion Financière, de Gaël Giraud, est, à ce titre, édifiante. Les énarques de Bercy n’allaient tout de même pas imposer des contraintes désagréables à leurs futurs employeurs, lorsqu’il leur viendrait l’envie de pantoufler ? Un certain traînait ses guêtres à l’Élysée, à cette époque, avec un poste à responsabilité auprès de cet ennemi de la finance récemment élu et bien pusillanime face à ces banquiers. Nous sommes loin du « Les banques, je les ferme, les banquiers je les enferme » de Vincent Auriol, dont les discours électoraux laissaient à penser qu’il inspirerait, peut-être, l’action publique.

Deuxième bourde : les robots qui passent des ordres d’achat et de vente induiraient des réactions rapides (lire : des évolutions de cours erratiques) et qui négligeraient les fondamentaux des entreprises. Mais alors, ne sommes-nous pas devant un système organisé de manipulation de cours ? Dès lors, que font les pouvoirs publics et le ministère de l’Économie pour interdire les transactions à haute fréquence, plus connues sous le vocable anglais de high frequency trading ? L’incurie de l’État est-elle synonyme de complicité ? Affaire à suivre.

Troisième bourde : « C’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en bourse. » Cette phrase est un conseil en investissement : les cours sont bas, achetez ! Les banques et les prestataires en services d’investissement disposent d’un monopole en la matière, mais se voient imposer un cadre extrêmement strict pour cette activité de conseil, et là, une secrétaire d’État exonérerait de respecter la loi. C’est moche. En outre, elle s’affranchit de toute prudence et annonce publiquement quelle sera la tendance. Bercy aurait une martingale pour obliger les cours des entreprises à monter ? Le mimétisme mis en évidence par la finance comportementale serait sous contrôle des agents de l’État français ? Tel un village d’irréductibles Gaulois dotés d’une potion magique, la finance française (où l’on ne compte pas moins de quatre banques systémiques, sur un total de trente dans le monde) serait capable de résister, les doigts dans le nez, au tsunami d’un krach boursier mondial ? Tant d’arrogance laisse pantois.

Saluons la performance : trois inepties majeures en moins d’une minute chrono. Il est souhaitable que Mme Agnès Pannier-Runacher devienne ministre, elle l’a bien méritée, cette promotion ! Digna est intrare. Pour ce qui me concerne (mais je vois le mal partout), je soupçonne un appel à combler les moins-values latentes des copains nantis en incitant chacun à verser son obole. Les pauvres qui sont priés d’enrichir les riches, quoi !

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