Culture - Editoriaux - Polémiques - 14 novembre 2019

Le joyau de Carcassonne dégradé par l’œuvre éphémère !

La cité médiévale de durablement défigurée ? Éternellement balafrée tel un zèbre de la savane couché sur le flanc en pleine Occitanie ? Lacérée dans sa chair mémorable à l’image de cette France des monuments historiques que chaque performeur se croit autorisé à taillader, scarifier, sacrifier ? Et à considérer comme son terrain de jeu particulier ?

C’est vers cette sordide hypothèse qu’on se dirige depuis que l’artiste plasticien suisse Felice Varini a retiré (il y a un an déjà) son œuvre censée être éphémère des murs et des tours de la vieille citadelle. Et, à la grande surprise des conservateurs, éminents spécialistes et autres techniciens artistiques : il semblerait que les colles utilisées pour fixer ces cercles « concentriques excentriques » aient creusé les murs de l’édifice, ou du moins retiré sa patine centenaire composée de mousses incrustées et de lichens précieux.
L’impression générale est grotesque : une des merveilles de notre patrimoine semble avoir été irradiée par je ne sais quels OVNI indélicats. Nul besoin, cependant, d’aller les chercher dans les confins de notre galaxie : ils peuplent les salons de la République et savent toucher les dividendes de leurs exactions. Finalement, un artiste contemporain a le geste d’un sauvage vous gratifiant d’un coup de couteau sur le visage et réclamant ensuite le prix de cette cicatrice.

Dans cette histoire comme dans mille autres, on se demande où se cachent les conservateurs de France. Ont-ils peur de leur ombre ? Recherchent-ils secrètement, frileusement, des subventions que l’État n’octroie plus qu’à ceux qui acceptent de se plier aux règles des « performances in situ » ?

La France est devenue un gigantesque jardin d’enfants dans lequel chaque artiste se croit autorisé à ajouter sa petite touche personnelle d’une infinie médiocrité, sans aucune retenue. Mais à la différence des enfants, ils exigent un salaire et se prennent terriblement au sérieux.

On espère un sursaut national mais je crains qu’il y ait moins de patriotes et d’esthètes dans les salons des conseils municipaux que dans les rues de nos villes et de nos villages. Ironie du sort : l’œuvre de Varini avait été dégradée par des individus, il y a un an et demi, et là, la réponse ne se fit pas attendre : les Monuments nationaux avaient immédiatement porté plainte ! « Il s’agit manifestement d’un acte de malveillance. Mais on ne va pas gâcher la fête ! » avait, alors, souligné le commissaire de l’exposition, Amancio Requena, responsable culturel du Château et des Remparts de la Cité.

Pour qu’Homo festivus s’amuse le temps d’un vernissage, c’est une citadelle historique qui a été « gâchée ». On attend désormais l’ouverture d’une enquête pour les ravages commis par l’artiste patenté. Mais il ne faut pas rêver : à l’heure qu’il est, il doit certainement chercher de nouvelles subventions pour s’attaquer à un autre site classé.

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