« Je ne renoncerai à rien », disait-il, bravache, en août 2016, quand il n’était « que » ministre de l’Économie. Il faut croire que les affres de la présidence lui ont donné un peu d’humilité : comme le titre la presse, «  a renoncé à son geste architectural contemporain » pour la flèche de Notre-Dame. Par « souci de ne pas retarder davantage les travaux », mais aussi « parce qu’un consensus se dégage » (Le Figaro).

Pour le dire moins pudiquement, personne n’y croyait, surtout pas les Français qui, dans un sondage (Huffington Post/CNews), il y a plus d’un an, s’y étaient déclarés majoritairement opposés.

À peine installée dans ses nouvelles fonctions, Roselyne Bachelot s’est d’ailleurs empressée d’annoncer la reconstruction à l’identique – ce fut sa première parole de ministre -, soit qu’elle y est personnellement attachée eu égard à son amour de la culture classique, soit que feu ses professeurs du Sacré-Cœur d’Angers et sa pieuse grand-mère Corentine sont venues de concert, la nuit, la rappeler à ses devoirs en la tirant par les orteils, comme dans l’histoire d’épouvante qui circule dans les cours de récréation : « reeeeeends-lui sa flèèèèèche ! »

Pour les expérimentations artistiques, il reste les ronds-points des zones commerciales qui, en fait de flèches, ne connaissent que celles indiquant la façon de se rendre de Casto à La Halle aux chaussures. Là-bas, c’est le Goncourt du kitsch et le Nobel du mauvais goût. Sans doute parce que les élus locaux, qui ne sont pas des flèches, ont laissé faire n’importe quoi.

Ne boudons pas notre joie, c’est une excellente nouvelle. On pourrait presque, en ces temps délirants où, chaque matin, une actu plus ubuesque, foldingue, scandaleuse chasse celle de la veille, y voir un symbole. Comme un avant et un après. Et si l’on convenait que ce renoncement était le point final, l’omega des gesticulations contemporaines en tous genres, architecturales, sociétales, sociales, politiques ou idéologiques, et donc l’alpha, le point zéro, de la reconstruction non pas seulement de la flèche mais du pays ?

« On a vraiment touché le fond, on ne peut que remonter… » Si, enfin, cette naïve assertion, mille fois entendue et mille fois démentie, se révélait vraie ?

Il se dit que ceux qui restaurent les icônes prient en même temps qu’ils travaillent. Rebâtir la flèche à l’identique, la hisser à sa place initiale, y rajouter à son sommet le volatile aux reliques, un peu cabossé depuis sa chute vertigineuse mais miraculeusement sauvé, semblable au coq français en somme, n’est pas une mince affaire, et si l’oraison se révèle être à la hauteur de la transpiration…

Cette décision teintée d’humilité, consistant pour la première fois à concevoir que ce qui s’est fait dans le passé est mieux que tout ce que l’on pourrait imaginer et qu’il faut donc le retrouver pourrait être, qui sait, la première marche vers la rédemption ?

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