Editoriaux - Politique - Société - 6 juillet 2019

Le général de Villiers ne dévie pas d’un pouce

Le général de Villiers reste sur la même ligne.

Dans un entretien avec Nathalie Guibert, qui le suit avec attention (Le Monde), peu ou prou il répète, en effet, ce que j’avais déjà commenté dans mon billet du 15 décembre 2018 : « Général de Villiers, un sauveur ou un éclaireur ? »

Alors, un certain nombre de citoyens, dont les gilets jaunes, n’hésitaient pas à le voir comme un recours et, déjà, il se défendait de vouloir s’engager en politique.

Il ne dévie pas d’un pouce aujourd’hui puisqu’il affirme : « Je suis là pour conseiller, au service des entreprises et de la jeunesse. Je ne ferai pas de politique politicienne. »

Pour l’essentiel, il confirme « qu’il y a une crise d’autorité et de confiance » en formulant un diagnostic très pessimiste sur l’état de la France qu’il parcourt régulièrement : « Se creuse en accéléré un fossé entre ceux qui dirigent et ceux qui exécutent. La crise concerne toute la société : les entreprises, la politique, le sport, les associations, la culture. J’ai trouvé une désespérance. Une inquiétude sur l’avenir du monde, l’état de la France, son avenir. »

Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce constat infiniment plus sombre de celui qu’après le grand débat national le président de la République a tiré de ses rencontres avec les Français. Je n’ai pas l’impression que « la désespérance… l’inquiétude » se soient dissipées et il serait absurde d’induire de la remontée relative d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre dans les sondages un apaisement du pays dans ses profondeurs. Il y a l’officiel de la politique et la vie démocratique des tréfonds.

Il y a des effacements apparents – comme celui des gilets jaunes, par exemple – qui ne consacrent pas une authentique accalmie républicaine mais plutôt un malaise, un ressentiment, une révolte à bas bruit. Qui n’excluent pas la régularité de frondes, de revendications ponctuelles légitimes ou indécentes (comme celle d’une fraction de professeurs traitant sadiquement les lycées en attente des résultats du baccalauréat).

Pour le général de Villiers, plusieurs causes expliquent ce délitement, mais il cible d’abord, en même temps qu’une « mondialisation de l’indifférence », l’éloignement du pouvoir conduisant le citoyen à se sentir totalement perdu.

Le pouvoir, sur lequel il a cette phrase définitive : « On manque de chefs parce qu’on manque de vision. »

Pensée qu’on pourrait, d’ailleurs, retourner et qui me semblerait plus juste encore : « On manque de vision parce qu’on manque de chefs. »

C’est, en effet, la pauvreté la plus criante de notre monde, et de la France en particulier, que cette absence de vrais chefs. En tout cas de personnalités qu’on imaginerait bien en chefs. Avec ce mélange de courage et d’intelligence qui, dans un univers désordonné favorisant d’incessantes poussées contre la normalité et la rectitude démocratiques, permettrait précisément d’avoir une vision. Cette dernière étant un regard qu’on porte sur l’au-delà de la quotidienneté politicienne, nationale ou internationale. Une lumière qu’on projette sur le temps d’après.

Cela exige de la hauteur sans arrogance, de la proximité sans familiarité, de la morale sans affectation, de l’ambition pour son pays et pas d’abord pour soi.

Certes, le général de Villiers campe sur la même ligne mais une redite n’est pas grave si elle enfonce dans la tête d’un pays ce qui lui manque. Ce dont il aurait besoin.

Extrait de : Justice au Singulier

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