Editoriaux - 23 mars 2019

Le dernier carré de Daech est (enfin) tombé. Et maintenant ?

Cette fois, ça y est ! Depuis six mois qu’on nous la promettait, la chute du dernier réduit de Daech est effective. Donald Trump en a fait l’annonce le 22 mars et Mustafa Bali, porte-parole kurde des FDS, l’a confirmé par tweet (la grande mode, décidément…) : “Les Forces démocratiques syriennes déclarent la totale élimination du soi-disant califat et une défaite territoriale à 100 % de l’ÉI.”

De nombreuses zones d’ombre planent encore sur cette étrange bataille. Elle devait être facile et a duré beaucoup plus longtemps que prévu, sans donner l’impression que le maximum ait été fait pour aller plus vite. De plus, les annonces d’effectifs islamistes ont été incroyablement sous-évaluées. De deux mille combattants et certaines familles, on est passé, au fil des mois, à des dizaines de milliers. Les Kurdes annoncent, finalement, 65.000 personnes évacuées de Baghouz, cette toute petite bourgade.

Où étaient-elles, où se cachaient-elles ? Comment les innombrables drones américains n’ont pas révélé cette foule islamiste ? Et, s’ils l’ont fait, pourquoi l’avoir caché ?

Tout cela est bien mystérieux et révèle soit une incompétence stupéfiante soit une volonté de minimiser la force à venir d’un État islamique dont on entendra encore beaucoup parler. Une autre question lancinante se pose : au-delà des 65.000 personnes (pas toutes des civils, loin s’en faut) évacuées vers des camps au nord-est de la Syrie, combien de combattants se sont égaillés dans la nature ?

Un certain nombre se sont enfuis dans les grottes alentour ou en Irak, d’autres ont fait l’objet d’échanges avec des prisonniers kurdes que Daech avait précieusement gardés dans cette éventualité. Combien ? On ne sait pas et les Kurdes sont évidemment bien discrets sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, il faut passer à la suite, maintenant. D’abord, dans cette partie est de l’Euphrate, les Syriens vont-ils recouvrer leur souveraineté ? C’est tout de même un territoire occupé illégalement par les Américains et les Kurdes. Les quelques incursions tentées par l’armée syrienne ou par des milices, dans lesquelles figuraient d’ailleurs des mercenaires russes, se sont soldées par des attaques massives de l’aviation américaine, faisant de nombreuses victimes. Il n’y a aucune zone de peuplement kurde au sud-est de la Syrie et il serait temps de laisser l’armée syrienne franchir l’Euphrate.

Ensuite, il reste une zone occupée par des islamistes : il s’agit de la province d’Idleb, située à l’opposé, au nord-ouest du pays. Cela n’intéresse pas les Américains car ce n’est pas Daech qui règne. Mais c’est tout de même le Front al-Nosra (devenu Hayat Tahrir al-Cham), qui n’a rien à envier à ses rivaux de l’État islamique en matière de sauvagerie. Les Turcs y sont implantés mais leurs milices se sont fait écraser par Al-Nosra.

Les Russes sont bien décidés à reconquérir cette province un jour ou l’autre et Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, l’a clairement annoncé à plusieurs reprises. Depuis quelques jours, des bombardements ciblés sont effectués et, parallèlement, l’armée syrienne est au contact des islamistes dans les banlieues nord de Hama, c’est-à-dire à l’extrémité sud de la province. Cette zone de front est située près de nombreux villages, dont plusieurs chrétiens, qui subissent quotidiennement des attaques au mortier des islamistes. La reconquête de cette province est donc impérative.

L’année dernière, les Occidentaux, Américains et Français en tête, avaient menacé d’une intervention au nom du « devoir d’ingérence humanitaire » pour empêcher l’offensive russo-syrienne. Que feront-ils, cette fois ? Laisseront-ils faire ou voleront-ils à nouveau au secours des islamistes ? Nous le sauront bientôt.

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