L’appel « apolitique » au blocage le 10 septembre est un mythe. Voici pourquoi
Depuis la mi-juillet, à la suite des premières annonces de François Bayrou concernant le budget, des appels à bloquer le pays le 10 septembre ont surgi, sur les réseaux sociaux, d’abord sur TikTok puis sur X et Facebook. Un premier site Internet, mobilisation10septembre, a prétendu représenter officiellement ce mouvement spontané (sic) et anonyme (re-sic), avant de disparaître sans crier gare et d’être remplacé par un autre, Bloquons tout ! », tout aussi présomptueux… et éphémère.
Apolitisme de façade
Dès le 23 juillet, une analyse approfondie de ces appels au blocage permettait à BV d’émettre de légitimes réserves sur l’indépendance politique revendiquée par leurs auteurs. Et l'accueil réservé au mouvement par le site d'ultra-gauche Blast laisse peu de place au doute. Point n'est besoin d’avoir passé sa vie dans la cellule d’un groupuscule de militants marxistes pour décrypter un langage couramment parlé du PS à LFI, des revendications pour la plupart copiées-collées sur tous les tracts des syndicats de gauche, de la CGT à SUD, et des modes d’action rappelant pour certains les grandes heures de Mai 68. Si les grands médias ont, dans un premier temps, relayé ces mots d’ordre, via l’incontournable canal de la « vérité vraie » qu’est l’AFP, sans s’émouvoir le moins du monde de possibles instrumentalisations, certains, comme Le Point, font, depuis, preuve de beaucoup moins de naïveté sur le sujet. Plus ou moins appuyé, dans un premier temps, par des comptes de droite sur les réseaux sociaux, comme AuBonTouiteFrançais, mais aussi par d’anciens gilets jaunes classés très à gauche, comme Jérôme Rodrigues et Ritchy Thibaut, le mouvement est, depuis plusieurs semaines, accompagné indirectement par plusieurs centrales syndicales, dont FO, SUD et la CGT.
La CGT sur la brèche
Le site Révolution permanente relaie ainsi un appel à la grève lancé par les fédérations CGT des industries chimiques et du commerce. Les revendications motivant ces appels sont purement syndicales, du moins en apparence : « La FNIC-CGT fera un appel à la grève pour le 10 septembre en rajoutant les revendications sur les droits sociaux, la retraite, les salaires, donc, contre le budget Bayrou. » Mais comme en atteste l’adresse de la FNIC-CGT à sa secrétaire générale Sophie Binet, les considérations stratégiques ne sont jamais bien loin : « Il est de notre devoir de ne pas reproduire les mêmes erreurs de novembre 2018 avec les gilets jaunes. » Et si l’on avait un peu de mal à comprendre l’allusion, Révolution permanente se charge de l’explication de texte : « C’est par la construction d’un plan de bataille, qui tire les bilans de l’impasse des journées de grève isolées et du dialogue social, mais aussi de l’échec qu’a constitué le refus du mouvement ouvrier de s’appuyer sur la colère des gilets jaunes en 2018, qu’il sera possible d’apporter une réponse à la colère profonde qui s’exprime. »
10 septembre. Les fédérations CGT des industries chimiques et du commerce appellent à la grève
Alors que le 10 septembre s’est imposé suite aux annonces du budget Bayrou, deux fédérations CGT montrent l’exemple à suivre pour le mouvement ouvrier.https://t.co/pgYojRjl5f
— Révolution Permanente (@RevPermanente) August 4, 2025
Mélenchon veut un Grand Soir
Côté politique, c’est avec une discrétion toute relative que La France insoumise énonce son intérêt pour la date du 10 septembre. Le sans-culotte robespierriste Antoine Léaument n’a pas résisté au plaisir de relayer son grand gourou Jean-Luc Mélenchon, dont l’analyse stratégique du projet de blocage vaut aussi appel à la mobilisation générale. S’interrogeant sur le mot d’ordre retenu, « tout bloquer », ce dernier estime que cette « sensibilité exprime un état nouveau de l’opinion en plein été ». Jean-Luc Mélenchon s’empresse de préciser que « cette initiative, comme celle des gilets jaunes en son temps, se construit en dehors de tout cadre politique ou syndical ». Mais il faut savoir décrypter le discours de cet ancien trotskiste, formé au sein de l’OCI (Organisation communiste internationaliste, courant trotskiste d'obédience lambertiste), puis biberonné au socialisme mitterrandien, avant de voler de ses propres ailes vers le social-populisme, puis de dériver vers le militantisme islamo-gauchiste. En vieux briscard, il a immédiatement défini les contours d’une stratégie d’instrumentalisation d’un mouvement dont les auteurs n’attendent en fait que cela. Sa stratégie, il nous en livre non seulement l’existence, mais en décrit aussi les étapes : « La première de ces étapes est le moment où le mouvement s’auto-désigne comme "le peuple", refusant toute étiquette particulière. » La seconde est « destituante » ou « dégagiste », constituant à prendre « en tenaille le gouvernement, entre ce mouvement et la motion de censure que nous avons proposé de déposer à l’Assemblée ». Et, bien renseigné, l’Insoumis en chef ne doute pas que, « cette fois-ci, le syndicalisme salarial voudra sans doute appuyer ce mouvement social s’il a lieu ».
À propos des mobilisations du #10Septembre dans la dernière note de @JLMelenchon. pic.twitter.com/QGeeOJiMTd
— Antoine Léaument (@ALeaument) August 5, 2025
Le mythe d’un 10 septembre apolitique a désormais clairement vécu. Souvent ignorées, incomprises ou sous-estimées, les ficelles de la récupération des colères les plus saines et légitimes par la gauche sont pourtant connues de longue date. Jean-Luc Mélenchon ne fait que remettre le couvert d’une agit-prop qu’il a pratiquée lui-même à partir de 1968. Pour plus de détails sur ces méthodes éprouvées, nous ne saurions trop conseiller le visionnage de Mourir à trente ans, le film de docufiction de Romain Goupil sur son ami, l’activiste gauchiste Michel Recanati.
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69 commentaires
Récupération gauchiste certainement mais ou se trouve le principal. Le principal semble être avant tout de constater que les moutons à tondre n’appartiennent pas aux familles de nantis de la CGT, de la SNCF et de EDF. Cette gauche du capital se moque bien du reste à partir du moment ou l’argent prélevé sur les retraités et français moyens actifs suffit à permettre leur engraissement.
On voit que les gauchistes ont le couteau entre les dents, et vont tout bloquer et donc les gens ne pourront pas aller bosser, pas facile qu’on ne gagne pas grand chose voire le SMIC !!
Toujours les mêmes nantis qui vont mettre la France à terre, quand ils sont présents on peut être sur que ça va être n’importe quoi !!!
L’idée était bonne et justement pour cela qu’ils s’engouffrent dans la brèche et ramener ce mouvement comme étant le leur alors qu’au départ ce n’était pas le cas
Melanchon joue les gros bras avec son idéologie islamophobie gauchiste mais , en réalité il est avec macron et soumis à lahyen. S’il était au pouvoir il ferait exactement comme macron : achever la France au profit de l’étranger (anglo saxon majoritairement )
Idem pour le RN
Et oui vous avez compris , pour le vote de censure contre UVDL les gauchistes se sont abtenus, et on se souvient de l’accolade de la aubry à l a VDLEY, donc tout cela est comédie,
Apolitique est évidemment toujours une fiction. Cependant, comme la censure peut être votée, pour le bien des Français, par des factions disparates ou politiquement ennemies, l’agitation sociale contre les méfaits annoncés du projet de budget du gouvernement Bayrou sera bonne à prendre: les Français de tous bords en ont assez des impôts, ils sont ruineux et injustement concoctés. Ceci en attendant que le gouvernement soit censuré, ce qu’il faut souhaiter.
Une « révolution » ne part pas de la rue… il faut une coordination, un leader charismatique, ( Lénine, Mao…), un financement, une clandestinité organisée, une population qui suive et… des armes ! Les « manif », les défilés ne servent à rien ( depuis le temps ça se saurait !)
Heureusement beaucoup, je dirais même la plupart sont vaccinés contre ces manifestations inutiles (voir l’état de la gauche actuelle, c’en est la preuve sans conteste). Le problème c’est que pour la soi-disant liberté d’expression on laisse la gauche tout dire, même le pire. Pour les autres, ils sont priés de se taire. Belle justice ! Belle démocratie !
Oui, il y a des politiciens derrière.
mais pour autant, faut il laisser le parti politique du -petit- président que nous avons?
Ne faut il pas à un moment que tous les partis politiques de l’opposition s’unissent pour destituer l’homme qui nous a mis en faillite et veut faire la guerre, confondant les français avec un jeu de soldats de plomb.
On dirait un article écrit par un militant de renaissance!
Il est évident que toute mobilisation massive du peuple français sur des sujets comme le pouvoir d’achat sera investie par la gauche et ses syndicats, et lance la campagne des candidats NFP à la présidentielle. Il n’y aura jamais d’ « autre » mobilisation.
C’est la « révolutione » vénézuélienne?
C’est visible, la gauche rêve d’un Mai 68 alors la France ne pourra se relever s’il existe encore une chance. Pas étonnant que la CGT aie perdu autant d’adhérant et qui ne vie parmi la gauche que de subsides du fruit de nos impôts et si on rajoute tout les débits de toutes part à de multiples associations pas étonnant d’y voir la dette abyssal.
Tout ce qui est récupéré par la gauche me déplait!
C’ est encore le peuple français qu va subir les conséquences de ce mouvement!
Il me semble que l’ appel du 10 septembre était bien apolitique, type « gilets jaunes », avec un appel au changement par la grève de la consommation…
Il est tentant, et dans la logique même des choses, qu’il soit « récupéré » par des politiques. Il aurait pu l’être par le RN. Mais il faut croire que la gauche est plus organisée ou plus révolutionnaire.
Cette politisation devrait sauver le président Macron qui pourra jouer, lui, tantôt LFI contre le RN, tantôt le RN contre LFI.
Si le RN arrivait au pouvoir ( par des législatives anticipées, après censure du gouvernement) ce serait dans des conditions financières étatiques encore plus catastrophiques qu’aujourd’hui , nécessitant des mesures impopulaires ( la lutte contre l’ immigration coûteuse ne suffira pas a rétablir les finances) qui risquent fort de le faire éjecter rapidement du pouvoir.
Le système politique actuel, où celui qui travaille et cotise n’a pas plus de poids électoral que celui qui vit de subventions sans cotiser est une impasse conduisant au trou du déficit financier français.
Bloquer un pays n’ est pas une solution de survie !
La seule et unique revendication qui mériterait d’être organisée et largement soutenue (droite – gauche) est : Macron = Destitution ! Toutes autres slogans avant cela, fera l’effet d’un plâtre sur une jambe de bois.
Les méthodes des révolutionnaires sont toujours les mêmes, ils ne sont décidément pas créatifs du tout.
D’ailleurs peu importe la méthode, c’est le résultat qui compte : le chaos.
Vous me direz, au point où en est le pays, serait-ce pire ? Oui car le pire est toujours possible !