Il y a désormais, et ce, plus que jamais, un problème turc. Est-ce leur faute ou celle des Européens ? La question mérite d’être posée en d’autres termes. Ankara tente de renouer avec son passé d’antan.

Certes, l’armée turque était, jadis, la plus importante du pacte anti-soviétique et sa parole avait alors force de loi. On objectera que le « péril rouge » était malgré tout un peu subjectif, l’URSS n’ayant jamais eu sérieusement la ferme intention d’envahir l’Europe de l’Ouest, alors qu’une autre menace, autrement plus objective, permettait aux USA de multiplier l’implantation de bases militaires sur notre Vieux Continent ; ce que l’on ne sut que bien plus tard, les archives soviétiques une fois ouvertes à la faveur de la chute du mur de Berlin.

La donne a changé depuis, ouvrant une fenêtre de tir au président Erdoğan lui permettant de rendre à l’Empire ottoman son lustre de jadis. Pour cela, il avait deux fers au feu : son entrée dans l’Union européenne, sans cesse ajournée, puisque reposant sur un bréviaire humaniste parfaitement étranger à son peuple et à ce « doux commerce » si cher aux grands prêtres de cette construction bruxelloise pour lesquels notre destin consistait à sortir de l’Histoire, l’Europe n’ayant plus que vocation à demeurer espace ouvert aux quatre vents du libre marché et se trouver enfin libérée des contingences de l’ancien monde.

Comme toujours, rien ne s’est passé tel que les experts l’avaient prévu : le nouveau sultan n’a que faire des droits de l’homme et le libre-échange ne l’arrange que lorsque ce dernier se fait à son profit. En d’autres termes, Erdoğan fait de la politique, alors que l’Europe se contente de gesticuler, poussant de plus en plus loin les marges de l’échiquier, intervenant en Méditerranée (ressources gazières), en Azerbaïdjan (espace turcophone), au risque de défier la Russie, ennemi certes héréditaire, mais auprès duquel il a pourtant acheté ces missiles S-400, affront que l’industrie de la puissante Amérique, son traditionnel fournisseur en armements, peine à supporter.

Du côté de la Maison-Blanche, Joe Biden entendrait revenir sur l’attentisme de Donald Trump, lequel répugnait à intervenir hors de ses frontières américaines, tout en reconsidérant les liens l’unissant avec « l’ami turc » ; surtout histoire d’éviter que ce dernier ne se rapproche de trop près de « l’ennemi » russe. Là encore, les Américains semblent encore en être restés à l’époque d’une guerre froide remontant à quelques décennies, alors que leurs interlocuteurs raisonnent, eux, à échelle séculaire.

Cette épineuse question devrait bientôt être discutée, ces jours prochains, au Conseil européen. Faudra-t-il pousser la hors de l’OTAN ? Une fois de plus, la France sera plus qu’isolée, sachant que la phrase d’Emmanuel Macron, relative à sa « mort cérébrale », ne passe toujours pas du côté du puissant parrain américain. Certes, Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, affirme, dans Le Figaro de ce 10 décembre : « Joe Biden sera moins complaisant avec Erdoğan, mais le système OTAN-USA continuera à penser qu’on ne peut pas se passer de la Turquie. » Soit la persistance de l’ancestral tropisme antirusse visant à endiguer toute velléité d’une puissance continentale forte et, surtout, susceptible de défier son leadership mondial.

En attendant, la puissante ne pense qu’à elle ; la aussi, à l’instar des États-Unis. La voie de la France est décidément plus étroite que jamais ; surtout lorsque portant le fardeau européen sur ses seules épaules. Celles d’ seront-elles assez larges ? Là est toute la question.

10 décembre 2020

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