La science explique l’hécatombe de l’armée de Napoléon en Russie en 1812

D’innombrables maladies impitoyables ont fait succomber, sur les plaines gelées de Russie, tant de héros de l’Empire.
Napoleons_retreat_from_Moscow_by_Adolph_Northen

La retraite de Russie en 1812 demeure l’un des épisodes les plus tragiques et déterminants de l’épopée napoléonienne. Au-delà du froid et de la faim qui ont brisé les corps et les esprits de tant de valeureux soldats, une menace invisible a également aggravé le terrible calvaire de milliers d’âmes. En effet, des maladies meurtrières se sont propagées au sein des rangs de la Grande Armée, laissant sur les plaines gelées des centaines de milliers de victimes, et précipitant sans le savoir la chute de l’Empire.

La campagne de Russie

Lorsque Napoléon envahit la Russie durant l’été 1812, il commande près de 600.000 hommes, une armée immense composée de soldats venus de toute l’Europe conquise. Il espérait alors forcer le tsar Alexandre à maintenir le blocus continental contre l’Angleterre afin d’asphyxier économiquement le banquier des coalitions européennes. Cependant, les Russes, rusés et prévoyants, pratiquèrent une stratégie de terre brûlée, incendiant villes et récoltes avant de se replier toujours plus loin vers l’est pour ne laisser aucune ressource, aucune nourriture, aucun foyer pouvant servir la France. Malgré cela, la victoire sanglante de la Moskova permit à Napoléon d’entrer dans Moscou, mais la ville, désertée et en flammes, ne lui offrit aucun répit. L’armée, privée d’abris, d’approvisionnements et déjà affaiblie par la maladie, perdit rapidement sa capacité d’organisation. L’hiver approchant et devant un ennemi insaisissable, la retraite devint inévitable et fut à l'origine d'une tragédie sans nom.

Une épidémie meurtrière

La souffrance des grognards marchant avec peine dans les paysages gelés de Russie ne se limita pas alors aux rigueurs du climat et au manque de vivres. En analysant des fragments de dents récupérées sur les dépouilles de soldats français enterrés en Lituanie, des chercheurs de l’Institut Pasteur ont mis en évidence, dans une étude parue ce 24 octobre, la présence de plusieurs agents infectieux. Rémi Barbieri, chercheur spécialisé en paléogénomique, déclare ainsi, avec ses confrères, avoir « découvert deux nouveaux pathogènes totalement insoupçonnés : la fièvre paratyphoïde et la fièvre récurrente. La première est transmise par la contamination d'eau ou de nourriture par des excréments de personnes infectées, la deuxième est transmise par les poux de corps. »

Cette combinaison de maladies, à laquelle s’ajoutent également le typhus et la dysenterie, aggravée par l’épuisement et l’insalubrité de la marche, fit s’effondrer la Grande Armée. On estime que près de 300.000 braves soldats périrent, sans même compter ceux qui désertèrent, furent faits prisonniers ou achevés par l’ennemi lorsqu’ils n’avaient plus la force de marcher. Les conquérants des vertes plaines de France devinrent des morts-vivants. Nombres de cadavres se sont ainsi amoncelés sur le chemin, figés dans la neige sans sépulture, tandis qu’une poignée, seulement, parvinrent à retrouver leur foyer après avoir traversé un enfer de glace et de peine.

La fin de l’Empire

Le désastre de la campagne de Russie ne fut pas seulement humain mais aussi politique. L’Europe des monarchies, témoin de l’affaiblissement militaire français, se réveilla. En effet, l’aura d’invincibilité de Napoléon ayant disparu avec les morts laissés dans les congères russes ouvra la voie à une nouvelle coalition. Une guerre s’ensuivit, débouchant sur la défaite de Leipzig en 1813 puis sur l’invasion du territoire français, jusqu’à l’abdication de l’Empereur, en 1814.

La retraite de Russie marqua l’effondrement d’un rêve de puissance. L’empire que Napoléon avait bâti par la force des batailles avec le sang de ses armées fut fragilisé et finalement renversé par des virus ennemis et invisibles, aussi minuscules que meurtriers.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

65 commentaires

  1. Un de mes ancêtres semble être mort pendant la retraite de Russie, sur la Bérézina. Je ne l’ai évidemment pas connu mais quand j’y pense j’éprouve plus de tristesse pour ce qu’il lui est arrivé que de fierté pour son courage. Il fut une victime d’une époque troublée mais il fut surtout une victime de la mégalomanie napoléonienne, comme des millions d’autres victimes.

    • Mégalomanie Napoléonienne ?
      Avant de porter un tel jugement, il conviendrait de connaître un peu l’histoire, mais vu comme elle est enseignée c’est pas demain la veille !
      Toutes les campagnes Napoléonienne (à l’exception de celle d’Espagne, et encore on pourrait en discuter) ont été imposées à la France à la suite des coalitions successives qui se sont formées à l’initiative des Anglais et de leur premier ministre Pitt qui les a financées. A la suite du traité de Tilsit, la Russie avec qui la France avait passé une alliance, s’est engagée à ne plus commercer avec l’Angleterre, la volonté de Napoléon étant de mettre hors d’état de nuire les Anglais, fauteurs de toutes les guerre en Europe depuis la guerre de 7 ans en 1755 sous Louis XV (1ère guerre mondiale aux termes de laquelle la France perd le Canada). C’est la violation de ce traité par le tsar et la reprise du commerce avec l’Angleterre qui a motivé la Campagne de Russie. Napoléon pensait à une campagne très courte avec une bataille qui raménerait les Russes à la raison. Il n’a jamais eu l’intention d’aller jusqu’à Moscou. La stratégie Russe mise en oeuvre en a décidé autrement.

  2. « La retraite de Russie marqua l’effondrement d’un rêve de puissance. L’empire que Napoléon avait bâti par la force des batailles avec le sang de ses armées fut fragilisé et finalement renversé par des virus ennemis et invisibles, aussi minuscules que meurtriers. »

    Espérons que ce soit la même chose pour « l’empereur d’Ukraine » et ses alliés , ce qui permettra aux habitants de Russie et des régions ayant voté pour leur rattachement à la Russie, de vivre enfin en paix, paix qu’ils n’ont pas depuis 2012-2013 et la manipulation européenne (avouée publiquement par Merkel et Hollande) des traités de Minsk.

  3. Et oui la science modelise bien le passé mais les modeles ne s extrapolent pas souvent pour modeliser l avenir proche.

    • Et ce pour une raison toute simple. C’est impossible !!!
      Il n’y a que nos polytechniciens et nos normaliens fous (pléonasme) tels que des Attali par exemple, pour croire cela possible. Il suffit d’imaginer Attila habillé en robe de gitane avec un foulard sur la tête pour comprendre que ce type n’est pas autre chose qu’une version technocratique de Madame Irma !
      Car comme le disait Pierre Dac « “Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir.” :)

  4. Je n’ai pas encore compris ce qui se passe dans certaines têtes comme Napoléon qui attaque la Russie et je ne parle même pas d’Hitler,encore plus fou . Remarquez, le premier est plus vite à Moscou que le suivant…Remarquons aussi que pour les deux, il ont laissé l’Angleterre tranquille ( plus ou moins) pour s’en prendre à la Russie, mauvaise pioche. Et notre divin macron veut aller se battre en Russie…Pfff après tout, s’il a envie d’y aller, pourquoi pas, il devra penser à une bonne combinaison thermolactyl et un gilet pare-balle, ce que n’avaient pas ses prédécesseurs. On oublie un peu la Suède, qui elle aussi, s’était essayée avec la Russie…

    • Macron n’ira pas se battre en Russie ! il préférera envoyer de braves gueux aller au « casse pipe  »
      et ménera ses batailles dans son bureua doré et ses soldats de plomb ; MOINS risqué

  5. Cette défaite a occasionné le retour de la royauté et la paix sociale pendant 2 générations (jusqu’en 1870)

      • Tout à fait ! Ce système ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à celui de « l’aristocratie » socialo-coco-macroniste qui pille la France à son profit depuis Mai 81.

  6. Et Mr Poutine de dire si demain la France est envahie, nous serons là pour aller la défendre. Car les russes adorent la France. Ils ont été là sur le flancs est pour arrêter les chars d’Hitler, à ne pas oublier.

    • Oui, cette invasion de la Russie a été une imbécilité….Napoléon était au pouvoir depuis trop longtemps et n ‘avait plus conscience de ses limites !!

  7. Longtemps les esprits des jeunes Français (comme moi alors) ont été fascinés par Napoléon. Et à la fin l’échec humiliant, la saignée inutile dans la population de jeunes hommes, et donc les soldats s qui manqueront, deux générations plus tard, pour résister à la Prusse… Si, au lieu de vouloir caser sa famille sur tous les trônes d’Europe (!) il avait pensé à la France et non à sa gloire, il aurait gardé la Louisiane et repris le Canada, Haïti…Libéré l’Écosse, l’Irlande ? Gardé la Wallonie ? Après Austerlitz il avait le champ libre. Et il s’est mis à se croire génial et infaillible et (tous les témoins le relatent) à ne plus rien écouter que lui(même. Quant au code civil il état déjà prêt avant lui et le Conseil d’État ….!

    • Parfaitement d’accord avec vous ! D’ailleurs quand j’entends parler du code civil, pseudo grande réalisation à mettre à l’actif de ce mégalomane, on oublie toujours de préciser que ce sont des juristes, ce qui est logique, comme Portalis et son équipe qui en sont les rédacteurs et non Mégalo 1er !
      De plus, chez nos voisins européens il y a également des lois et qui sont elles, d’inspiration authentiquement libérales. Par exemple, le conseil d’état était un outil qui avait pour but de permettre à l’état, donc à son chef, de bénéficier d’un droit sur mesure.
      On voit d’ailleurs aujourd’hui ce qu’il en est lorsque Macron y nomme ses petits copains. Bonjour « l’héritage » !!!

  8. Hitler après d’immenses succès en Europe occidentale n’arrivera même pas à Moscou. Après Stalingrad les soviétiques vont progressivement écraser les conquêtes territoriales nazies grâce à l’aide matérielle américaine mais aussi grâce au déplacement des usines vers l’est et à leur grand courage.

    • Surtout grâce à des chefs sans pitié qui épuisèrent les munitions des allemands. Les russes avaient des munitions et un fusil pour 3 ,à la fin de l’assaut,il restait trop de fusils.

    • Savez-vous qu’au début de l’invasion Allemande, les Russes ont accueilli la Wehrmacht comme des libérateurs ! Je parle bien des Russes ! Pas seulement des Ukrainiens ou des Baltes ! Depuis la Révolution Bolchévique ces gens avaient été écrasés par la botte communiste.
      Puis, voyant comment les nazis se comportaient ils ont choisi la tyrannie qui parlait leur langue.
      Les Soviétiques ont fait preuve d’un immense courage. Il ne faut cependant pas oublier que le SMERSH (celui de Bons Baisers de Russie ;) ) et le NKVD étaient en arrière des lignes et mitraillaient tous les soldats qui étaient obligés de reculer en raison du feu Allemand. Les chiffres des soldats Soviétique tués par leur propre armée est difficile à évaluer, mais des Historiens l’estime sur la durée de la guerre à plusieurs centaines de milliers. Vu comme ça, il est difficile de ne pas être courageux…

  9. Quand on pense que pour sauver la patrie européenne avec Ursula et Emmanuel, son brillant lieutenant, il va falloir à notre tour marcher jusqu’à Moscou, j’en ai déjà froid dans le dos !

  10. Qu’aurait été l’Europe si Napoléon n’avait pas été en Russie ? Une Europe en tout cas bien meilleure que celle d’Ursula-Starmer-Merkel – Metz-Macron…

    • La même chose qu’en 1944-1945: les anglais seraient revenus par le Sud, aidée par les colons américains; l’Espagne déjà perdue par Napoléon se serait vengée sauvagement en occupant la France jusqu’à Paris…! Et les autres nations du Nord se seraient alors soulevées pour participer au partage du gâteau impérial en déconfiture! N’est pas Clovis ni Charlemagne qui veut!

      • Napoléon aurait gardé quand même sa grande armée forte de 600 000 soldats aguerris et redoutables ! Les Anglais et Espagnols auraient regardé à deux fois avant de s’attaquer à une telle force… Et peut-être Napoléon aurait unifié cette Europe avec son code civil et pour une longue période de paix. On peut rêver ; mais il aurait fallu que Napoléon soit moins ambitieux…

  11. C’est quand même ballot qu’il n’est pas pris en compte les distances immenses en Russie en comparaison des autres pays d’Europe! Il a été victime de sa propre suffisance et c’est bien dommage que la Russie n’ait pas pu profiter de fait de tout ce que la France aurait pu lui apporter. Je parle bien entendu des lois, des institutions, de la modernité en somme.

    • « c’est bien dommage que la Russie n’ait pas pu profiter de fait de tout ce que la France aurait pu lui apporter. Je parle bien entendu des lois, des institutions, de la modernité en somme. »

      j’ose espérer que c’est de l’humour.
      Parce que la Russie , si elle a gardé le souvenir de ses origines, de ses habitudes, de son mode de vie, est en avance sur l’Europe de nombreuses années aussi bien dans les domaines militaires, que dans les domaines de la santé, de l’informatique, etc….

      • Tout le monde sait que les Russes sont un grand peuple. Ce n’est pas de cela dont il s’agit. Il suffit de regarder les films et les documentaires relatifs à la Seconde Guerre Mondiale pour savoir que l’industrialisation forcée n’a produit que des chars et des canons, et ce, avant la guerre. Les besoins de la population étaient oubliés et celle-ci vivait dans une effroyable misères.
        Pour le spatial, elle doit ses connaissances à la mise au travail forcé des scientiques Allemands qu’elle avait capturés.
        Quant à l’époque napoléonienne, la France était scientifiquement très en avance sur la Russie d’Alexandre.

  12. Pas besoin d’explications scientifiques pour comprendre que quand on veut projeter son armée dans un pays puissant, en plein hiver sibérien, avec des cosaques en face acclimatés à des mois de températures négatives on se prends une branlée.

      • Ah ah ! Ca y est , j’ai compris ! Mon ancêtre grognard a bien résisté, parce qu’il était originaire d’un village proche de Moûthe (dans le Doubs) .

    • De combien de morts innocentes est-il coupable ? Attention, l’Histoire est un éternel recommencement, ce n’est pas la situation actuelle qui me contradiera !

  13. Il en est des hommes politiques comme des escrocs et des voleurs : ils n’en ont jamais assez , c’est ce qui finit par les perdre!,

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