C’est avec une profonde indignation que je lis dans la presse française des articles visant à réhabiliter le tristement célèbre général qui régna sans partage sur la de 1981 à 1989. Comment cet homme, qui passa la moitié de sa vie (45 ans) au service du totalitarisme soviétique, a été le complice de meurtres, tortures, et a fait emprisonner des milliers d’opposants, peut être aujourd’hui quasiment célébré par la presse française ?

Dans un article du Figaro intitulé « Jaruzelski, le dictateur qui est devenu démocrate », il aurait été utile de rappeler, a minima, certains faits. Dès 1945, Jaruzelski participe à la lutte contre les résistants polonais de la Seconde Guerre mondiale, ses propres compatriotes, qui refusent de se soumettre à Moscou. Nombre de ces résistants polonais arrêtés, ont été torturés de façon atroce et exécutés par les communistes après 1945. Très apprécié par les autorités communistes pour son dévouement, Jaruzelski devient en 1956 le plus jeune officier promu général. Il est l’un des principaux responsables de la dégradation de plus de 1000 officiers polonais d’origine juive. En 1968 le ministre de la défense du moment est « accusé » faussement d’avoir des origines juives ce qui permet à Jaruzelski de prendre sa place. En 1970, il fait tirer sur des manifestants qui compteront 42 morts dans leur rang. En 1981, il prend le pouvoir et instaure une junte militaire qui violentera et emprisonnera des milliers d’opposants. Il instaure alors un régime de terreur. Ce sont ses sbires qui tortureront à mort le père Popieluszko. Enfin il faut se rappeler que Jaruzelski passe la main entre 1989 et 1990 alors que la perestroïka de Gorbatchev bat son plein. L’URSS n’était plus prête à soutenir une répression sanglante comme elle avait pu le faire par le passé dans ses pays satellites. Surtout la Pologne était menacée par une faillite économique et suivant les pas de Jean-Paul II, n’avait plus peur. Le pouvoir de Jaruzelski menaçait de s’effondrer.

Aujourd’hui, Kwasniewski, Président de la Pologne de 1995 à 2005, fait la tournée des journalistes européens pour réhabiliter la mémoire de Jaruzelski. Lui qui a été ministre de la Jeunesse sous Jaruzelski, a été un apparatchik dès son plus jeune âge, et a obtenu, lors des accords de 1989 entre les communistes et le syndicat Solidarnosc, une immunité pour ses camarades communistes en échange d’une transition sans violence. Kwasniewski va même jusqu’à déclarer dans l’Express du 04/11/2019 que « L’année 1989 est la meilleure de l’histoire de la Pologne » alors que cette année-là les prêtres Stanisław Suchowolec, Stefan Niedzielak et Sylwester Zych sont assassinés par les services communistes. Toujours en 1989, des milliers de dossiers et preuves des crimes communistes seront détruits ou volés. Kwasniewski grâce à ses réseaux fondera ensuite le parti social-démocrate polonais.

Hélas, la presse française se base trop souvent sur son témoignage et celui d’Adam Michnik, deux acteurs et actuels alliés de la vie politique polonaise, pour cette opération de réhabilitation de Jaruzelski. Michnik, était certes l’un des principaux leaders de l’opposition au régime communiste. Mais la presse française oublie toutefois de rappeler que M. Michnik, aujourd’hui à la tête du journal Gazeta Wyborcza, s’attaque avec une violence inouïe au gouvernement conservateur en place. Qu’avant l’arrivée au pouvoir des conservateurs, son journal, qui milite pour un ultra-libéralisme sans concession envers les plus faibles, recevait plus de 50 % des dépenses relatives aux annonces des ministères dans les quotidiens nationaux alors qu’il ne représentait que 20 % des tirages. Que l’un des actionnaires de son groupe de presse est le milliardaire George Soros, opposant déclaré au gouvernement polonais. Que M. Michnik soutient les partis polonais libéraux comme la PO (équivalent de La REM), alliée lors des dernières élections européennes au parti social-démocrate de M. Kwasniewski. Et c’est là que le bât blesse.

Trop de journalistes français interrogent uniquement des personnes de cette coalition d’anciens communistes et d’anciens libéraux de Solidarnosc. Les commentaires de l’autre branche du syndicat Solidarnosc, celle des conservateurs actuellement au pouvoir, le PiS (Droit et Justice), sont quasiment absents des journaux français. En effet, autant la PO que le PiS sont les héritiers du syndicat Solidarnosc. Or cette branche des conservateurs de Solidarnosc, elle, accuse les libéraux et les communistes (actuels socialistes) de s’être entendus en 1989 pour se partager pouvoir et prébendes.

MM. Kwasniewski et Michnik (qui sont donc dans la même coalition anti-gouvernementale en Pologne), sont tellement habitués à être les seuls « grands témoins autorisés» de la presse internationale qu’ils se permettent tous les excès pour décrédibiliser le gouvernent conservateur polonais et se mettre en valeur. Sans aucune honte et surtout contradiction, via un plan de communication bien huilé, les deux compères profitent de l’anniversaire des 30 ans de la chute du communisme pour à la fois réhabiliter le dictateur communiste Jaruzelski et comparer les conservateurs du PiS à la dictature communiste.

Les socialistes de Kwasniewski et les libéraux de Michnik n’ont jamais accepté l’arrivée au pouvoir du PiS en 2015. Depuis le début, ils essayent de porter leur conflit politique interne sur la scène européenne afin de décrédibiliser le PiS au niveau international, en espérant que cela ait un effet dans les urnes polonaises. Ne pouvant remporter les élections législatives d’octobre dernier, qui ont vu le PiS gagner haut la main, ils se rabattent désormais sur les élections présidentielles de 2020 via une campagne de décrédibilisation du gouvernement actuel dans les journaux européens et de promotion de leur entente de 1989. Et Jaruzelski n’est qu’un hochet pour leurs idiots utiles : des journalistes incultes ou complices. L’un n’excluant pas l’autre.

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