Un agriculteur se suicide tous les jours. Cette réalité implacable, pour qui n’a pas vu l’émouvant film Au nom de la terre, avec Guillaume Canet, est le résultat de conditions de vie de plus en plus difficiles. Cela va de l’« agribashing », entretenu par les écologistes visant les élevages intensifs et l’emploi de pesticides renvoyant une image dévalorisante de la profession, à toutes ces normes européennes aussi aberrantes qu’une jauge de 30 personnes dans une cathédrale !

« Connaissez-vous le supplice de la pédichiffonnette ? Avez-vous déjà eu à répondre d’un manquement B O2 ? Savez-vous quelle pression écologique votre âne exerce sur son pâturage ? Votre carrelage est-il réglementaire ? Avez-vous un agrément CE ? Le local de rangement de vos bottes est-il suffisamment spacieux ? Qu’en est-il de la taille du ventilateur de votre abattoir ? Quelle taille doivent faire les lettres de vos étiquettes ? Vous êtes perdu ? Eux aussi ! » écrit Isabelle Saporta dans son ouvrage Foutez-nous la paix. Elle raconte qu’une brigade est préposée pour venir mesurer la hauteur de l’herbe dans les vignes, vous verbalise pour un degré de trop dans votre frigo ou que, pour mettre un abreuvoir en conformité, il faut remplir huit pages de formulaires mentionnant les cotes et l’emplacement exact… Un paradoxe français, puisqu’à l’heure du localisme, l’administration technocratique fait tout pour « flinguer ceux qui, dans l’ensemble, font bien leur métier ».

Une étude de l’INSEE publiée récemment dresse le profil des agriculteurs en 2019 : ils sont de moins en moins nombreux. 1,6 million d’agriculteurs, soit 7,1 % de l’emploi total en 1982, contre 400 000 personnes, soit 1,5 % de l’emploi total. Les trois quarts des agriculteurs exploitants sont des hommes, et plus de la moitié sont âgés de 50 ans ou plus. Le recul de la part des femmes au sein des personnes ayant un emploi principal d’agriculteur s’explique, en premier lieu, par le fait qu’il y a de moins en moins de conjointes d’agriculteurs qui sont, elles aussi, agricultrices. L’étude révèle également que les agriculteurs déclarent une durée habituelle hebdomadaire de travail de 55 heures en moyenne, contre 37 heures pour l’ensemble des personnes en emploi.

Des conditions de travail peu valorisées rappelées par Yannick Jadot au micro de Sonia Mabrouk, sur Europe 1 : « Un tiers des agriculteurs dans notre pays vit avec moins de 350 euros par mois. » Sans compter les centaines de millions de repas non servis au restaurant pendant ce second confinement qui « représentent un manque à gagner de 15 milliards d’euros pour l’amont de la filière », indique Bernard Boutboul, président du cabinet de consultants Gira, expert depuis 1989 dans la restauration, dans Le Figaro.

C’est dans ce contexte que le député LREM Olivier Damaisin remet, ce 1er décembre, 29 propositions au Premier ministre pour anticiper la détresse des exploitants. Si l’on salue sa volonté de revaloriser ce métier et de privilégier une approche plus humaine, à l’inverse, l’on s’interrogera sur les solutions préconisées. Plus de communication positive, plus d’accompagnement… Est-ce vraiment de plates-formes d’écoute et d’« une information générale et non stigmatisante sur le mal-être pour qu’il ne soit pas un sujet tabou » que nos agriculteurs ont besoin ?

Crédit photo © Nord-Ouest Films

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 décembre 2020

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