Editoriaux - Société - 2 octobre 2019

Kind is business…

« Je crois qu’il y a une différence biologique fondamentale qui n’aura échappé à personne : les femmes portent les enfants. ». Ainsi s’exprimait, dans un article du Figaro du 21 septembre, Mme Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, affirmant que « la GPA n’a strictement rien à voir avec cela ». Cela, c’est l’obscur objet du débat : la PMA à deux mères.

À personne peut-être, Mme le ministre, mais à beaucoup, si. Car il n’échappe à personne qu’une mère porteuse « porte » tout autant qu’une mère lesbienne. Certains, même, préfèrent à l’obscurité de la PMA la clarté d’un contrat de GPA, fût-il féroce. Pourquoi ne pas dire, en toute simplicité, que « cela » qui n’est pas bien, c’est blanc bonnet et bonnet blanc ?

La vérité est que, depuis toujours, l’enfant peine à être considéré comme une personne. Bébé Cadum ou embryon jetable, sa vocation est d’être objet de désir ou déchet. Au XVIIe siècle – misère oblige -, les enfants étaient abandonnés sur les marches des églises où Vincent de Paul les ramassait. Dans L’homme qui rit de Victor Hugo, un enfant, à qui on a gravé, dans sa chair, le masque du rire, est exhibé dans les foires.

De nos jours, on achète un bébé et on peut le revendre. L’enfant peine à être sujet de droit. Que les experts de la commission préparatoire de bioéthique ne se fatiguent pas à donner leurs études « scientifiques » des enfants nés comme ci et nés comme ça : elles n’abusent personne. Kind is business.

Tout est fin prêt pour l’OPA sur le marché de la procréation. La technique est là. Les banques de sperme sont là. La législation européenne fait pression. Les études de la parentèle du sud de l’Amérique se sont avérées précieuses pour exporter un modèle autre de famille. L’opinion est fin prête pour tout gober. La loi expérimentale est simple : une mère porte, un homme tire un coup. Le progrès irréversible, c’est le retour à l’âge des cavernes : le mâle chasse, la femme cuit. Le Dow Jones régule.

Dans les médias, on a joué sur la corde sentimentale des nouvelle familles. #MeToo mit un point d’orgue à l’homophobie galopante. Après le mâle, le père est évacué du champ sociétal pour devenir le tiers absent du discours. A quoi ça sert, un père, dis, papa ? Telle est la question. Reste le nerf de la guerre. Comment fait-on ? En autorisant des « établissements de santé » à but lucratif à conserver des gamètes, pardi ! Et on passe en force à la Chambre !

Arrêtons de nous faire peur avec nos sauts anthropologiques. L’homme a toujours fait ce qu’il veut de son semblable. Le bricolage, c’est son truc. Mimer l’acte créateur, il adore. À présent, il s’attaque au « sans voix », à l’enfant : au sens propre du mot. Le scandale, c’est que l’amendement, ouvrant la loi sur la PMA sans père, évalué à la louche, ait été adopté, le 29 septembre de l’an de grâce 2019, dans une Chambre aux trois quarts vide. Sans autre forme de procès.

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