Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 22 mai 2019

Joseph Thouvenel : « Le dimanche, c’est l’affirmation de la transcendance de chacun dans la société ! »

Deux salariés d’une grande surface à Saint-Malo, de 18 et 8 ans d’ancienneté, ont été licenciés pour faute grave. Motif : avoir refusé de travailler le dimanche. Signe que notre société n’accepte plus la vie spirituelle et familiale au nom d’une idéologie matérialiste, pour Joseph Thouvenel, qui réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Deux salariés du magasin Cora, à Saint-Malo, ont été licenciés pour avoir refusé de travailler le dimanche. Le travail dominical est un de vos chevaux de bataille. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Mon cheval de bataille est le repos dominical. C’est l’affirmation d’un temps pour faire autre chose que produire et consommer. Ce temps est le dimanche. C’est la succession de lois mises en place par M. Sakozy. La première des lois remet en cause l’équilibre que nous avions trouvé depuis le Moyen Âge, entre une vie économique au ralenti le dimanche, les marchés traditionnels, le boucher, le boulanger, et la vie économique à plein temps la semaine. On peut constater que la déstructuration de la société avance et broie les personnes.
L’une des salariés a 18 ans d’ancienneté et l’autre 8 ans d’ancienneté. Ils refusent de travailler le dimanche pour protéger leur vie familiale.

Ils sont licenciés pour faute grave et insubordination. Pourtant, rien dans leur contrat de travail ne leur imposait de travailler le dimanche. Quels ont pu être les arguments de l’entreprise pour procéder à de tels licenciements ?

Je rappellerai juste que le contrat de travail est un contrat de subordination. L’employeur a l’obligation de donner du travail et le salarié a l’obligation d’obéir à l’employeur dans un cadre légal. L’employeur dit « Je décide d’ouvrir le dimanche comme la loi me le permet, si vous refusez, je vous licencie ».
Je pense que les prud’hommes vont donner raison à ces salariés, en disant qu’il n’y a pas de faute grave. La conséquence est qu’ils auront perdu leur emploi et ne le retrouveront pas.
Avec la loi Macron, les indemnités qu’obtiendront ces salariés seront plafonnées.
Si le tribunal chiffre un préjudice, et que ce dernier dépasse un plafond, ils ne pourront pas être indemnisées de l’intégralité de leur préjudice. La loi l’autorise.
Au-delà de ce cas, si ces deux salariés avaient volé leur employeur, la situation ne serait pas pire pour eux.
Notre société ne privilégie pas la vie familiale, la vie associative, personnelle et spirituelle. En revanche, elle privilégie une société matérialiste à l’être humain et à l’équilibre dans la société.

Quelle idéologie peut bien vouloir couper le salarié de toutes racines familiales ou régionales ?

Concernant le repos dominical, deux idéologies se retrouvent. La première idéologie est celle de l’ultralibéralisme qui nous dit : liberté liberté, vous êtes libres de signer un contrat ou non. Dans ces cas-là, c’est la loi du fort qui commande. On l’a connu au XIXe siècle lorsqu’il n’y avait plus de droits sociaux. Les salariés pouvaient accepter ou refuser. C’est une limite entre celui qui peut vous faire travailler et celui qui a besoin de travailler pour vivre et faire vivre les siens. Il y a un profond déséquilibre.
La deuxième idéologie est complémentaire. C’est une idéologie matérialiste qui dit : on fait passer les biens matériels et le profit de quelques-uns avant le bien commun. Étant un syndicaliste chrétien, j’analyse cette idéologie comme une idéologie qui veut couper nos racines chrétiennes.
Le dimanche est un point de repère dans la société, à la fois pour les familles et pour la spiritualité de l’affirmation d’une société qui n’est pas là uniquement pour produire et consommer. Si on affirme que cette société n’est pas faite uniquement pour produire et consommer, alors on pense que l’être humain a une dimension transcendante. Le dimanche, c’est l’affirmation de la transcendance de chacun dans la société. C’est sans doute pour cette raison que le dimanche est attaqué de cette façon très violente dans notre pays. On ne se rend pas compte, mais la société veut couper les racines de notre peuple et de notre spiritualité. C’est très violent.

À lire aussi

Joseph Thouvenel : « L’extrême gauche qui casse dans les manifestations, c’est pas nouveau »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleEn cette veille du 1er mai, fête du Travail, B…