est, potentiellement, la future présidente des États-Unis, puisque l’âge avancé du candidat démocrate fait qu’il pourrait ne pas achever son mandat, à supposer qu’il batte à l’automne.

Deux points méritent une attention particulière. D’abord son indiscutable réussite personnelle, ensuite l’étiquette que lui ont, d’emblée, attribuée les médias et intelligentsia, davantage sujette à caution.

Kamala Harris est l’exemple même d’une success story témoignant de la réalité du rêve américain. Née en Californie, en 1964, de parents ayant tous deux acquis la nationalité américaine, elle ajoute sa réussite à celle d’autres Américains issus de l’immigration, tel Henry Kissinger, Arnold Schwarzenegger ou Colin Powell. Dotée d’une solide instruction, elle a exercé pendant une quinzaine d’années les fonctions (électives) d’attorney (avocat) pour San Francisco, puis pour la Californie. Récemment élue au Sénat, elle devient donc partie intégrante du ticket présidentiel démocrate.

La candidate n’est pas issue d’un milieu défavorisé… La mère de Kamala Harris a obtenu un doctorat à Berkeley et fait une carrière de chercheuse en cancérologie. Son père a été, un temps, professeur d’économie à Stanford. L’époux de Kamala Harris est blanc, issu d’une famille de religion juive, sans qu’il y ait de lien avec les déclarations de la candidate, mesurées et prudentes, relatives à la politique américaine envers Israël. En 2019, la richesse du couple était estimée à environ six millions de dollars.

Dans une double perspective politicienne (élargir une base électorale, être dans la continuité de Barack Obama) et idéologique, Kamala Harris a pu être présentée comme une citoyenne afro-américaine. Il est tout à fait possible que la candidate se soit identifiée comme telle, soit sans ses propos, soit dans ses déclarations lors de recensements (puisque, aux États-Unis, les statistiques raciales ne sont pas interdites). Mais il suffit de se pencher sur son histoire personnelle pour constater que les choses ne sont pas aussi claires…

Si les parents de Kamala Harris ont, tous deux, terminé leurs études supérieures dans les meilleures universités de Californie après les avoir commencées soit à Londres soit à Delhi, son père est un Britannique né en Jamaïque et sa mère est née en Inde. Certes, tous deux ne sont pas « blancs de peau », soit au titre d’une antériorité africaine pour l’un, et d’une origine tamoule pour l’autre. Sa mère a donné à sa fille les prénoms « Kamala Devi » pour préserver son identité indienne. Quant à son père, il aurait déclaré être le descendant d’un planteur propriétaire d’esclaves, Hamilton Brown (1776-1843), né lui-même en Irlande. Cette affirmation semble, d’ailleurs, avoir été contestée en 2019, ce que l’on comprend volontiers, pour ne pas faire tache dans la perspective de l’élection…

En bref, Kamala Harris est encore moins « noire » que ne l’était Barack Obama, ce qui démontre l’absence de sens à toute identification basée sur la seule couleur… Si la femme coche toutes les cases eu égard à ce que requiert l’élection présidentielle, elle n’est donc qu’à la marge une citoyenne afro-américaine. Or, ce qui est retenu pour l’identifier ainsi n’est ni son milieu ni sa culture ni sa réussite mais, au contraire, sa propre couleur, celle de son père ou celle de sa mère. On en comprend l’objectif : mettre au premier plan la couleur de la peau, plutôt que le statut social, vise à récupérer les votes des populations afro-américaines défavorisées. Paradoxalement, celles-ci sont sociologiquement plus proches des populations blanches déclassées qui ont fait la victoire de Donald Trump. Pour se protéger, l’élite préfère une lutte basée sur l’antiracisme à une lutte sociale qui pourrait remettre en cause ses privilèges, devenant ainsi bien dangereuse si tous les miséreux étaient unis…

Souhaitons donc bonne chance à Kamala Harris. Une femme cultivée, instruite, engagée avec une expérience professionnelle juridique de haut niveau, ne peut que contribuer à améliorer celui de la classe politique américaine, qui en a parfois fort besoin…

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