Éclaircie dans le ciel normand, en cette dernière semaine d’octobre. Le début d’un nouveau et interminable . Alors qu’à Nice, on déplore les premières victimes catholiques, à Rouen, on célébrait le centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc. Un double anniversaire : car c’est aussi en 1920 que le très laïc État républicain a reconnu officiellement, par voie législative, le caractère public des célébrations johanniques. Une véritable réconciliation nationale autour d’une figure de la chrétienté qui unit à travers les âges croyants et athées, amoureux de l’Histoire et Français qui ont encore, chevillé au cœur, l’amour de la patrie. Un miracle ne se produisant pas seul, cette réconciliation de l’État français avec ses chrétiens n’a rien perdu de son actualité : cette loi de juillet 1920 est toujours en vigueur. Elle fait même obligation au gouvernement de « veiller, comme par le passé, à ce que la fête de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme, continue d’être célébrée à l’avenir conformément aux dispositions de la loi et dans l’esprit ».

En ce centenaire, originellement programmé au printemps et finalement reporté, se trouvaient réunis, pour la première fois de l’Histoire, trois objets hautement symboliques : l’anneau de Jeanne, sa croix et une lettre écrite de sa main. Exposés place du Vieux-Marché, dans l’église qui porte son nom, à côté de l’endroit même du bûcher. Une architecture curieuse (mi-poisson mi-bateau viking) pour une église construite dans les années 70 en lieu et place d’une autre, l’église Saint-Vincent, martyrisée et détruite en 1944.

Quittant son écrin du Puy du Fou pour quelques jours, l’anneau de Jeanne si chèrement disputé aux Anglais et rapatrié, en 2016, par Nicolas de Villiers, suscite débats et controverses passionnés au début d’un siècle qui se veut farouchement républicain. Preuve que les Français ne sont pas prêts à brader leur Histoire. Lorsqu’en juillet 1429, Jeanne accompagne Charles VII à Reims pour la cérémonie du sacre, la foule se presse autour d’elle et ceux qui portent le même anneau traditionnellement reçu à leur première communion veulent toucher celui de la Pucelle.

La lettre de Jeanne, écrite le 16 mars 1430 pour rassurer et redonner courage aux habitants de Reims inquiets des avancées de l’ennemi, avait toute sa place dans l’église, témoignage touchant.

Pour compléter la triple exposition, la croix de procession. Nous sommes le 30 mai 1431. Jeanne a 19 ans. Elle est conduite au bûcher. À sa demande, on lui apporte la croix de procession de l’église paroissiale. C’est son dernier souhait. Elle la pressera sur son cœur en pleurant et ne la quittera plus des yeux jusqu’à son dernier souffle. Durant son épopée terrestre, guidée par « ses voix », elle a accompli de nombreux miracles, redonné un roi à un royaume à genoux, conduit des troupes à la victoire contre les armées anglaises, levé le siège d’Orléans, ranimé les courages et l’espoir. Il ne lui sera pas donné d’assister à la fin de « la grande pitié du Royaume de France » puisque ce n’est qu’en 1475, 44 ans plus tard, que le traité de Picquigny mettra un terme définitif à la guerre de Cent Ans.

Le courage, l’audace et la foi d’une très jeune fille auront suffi à inverser définitivement le cours des événements alors que tout semblait perdu. Comment ne pas penser aux temps que nous vivons ? À Rouen, cette commémoration offrait aux visiteurs de passage bien plus qu’une leçon d’Histoire : un trésor dans lequel puiser des forces et l’espérance d’un avenir meilleur pour notre patrie. Très justes, ces paroles du curé de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc, le père Geoffroy de la Tousche, organisateur : « Notre projet, c’est de participer à l’unité de la France, à l’écriture d’une page de l’Histoire. » Une urgence en cet automne 2020 : Jeanne, au secours !

7 novembre 2020

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