Jean-Luc Mélenchon a manifestement une revanche à prendre sur une gauche l’ayant trop souvent et trop longtemps snobé. Un peu comme qui fut l’une des premières à le rejoindre derrière son panache rouge.

Elle aussi éprouve sûrement des rancœurs tout aussi légitimes : à l’élection présidentielle de 2007, elle échoue contre Nicolas Sarkozy. Mais si les siens avaient fait leur travail – une rue de Solférino menant campagne pour la candidate du n’aurait finalement pas été si incongru –, si le père de ses enfants ne lui avait pas savonné la planche en allant baguenauder avec Valérie Trierweiler. Et si Martine Aubry ne lui avait volé la direction du parti fondé par François Mitterrand, en 1971, cette gauche de gouvernement n’en serait peut-être pas là.

Bref, Ségolène Royal, désormais devenue SDF de la politique, ne reste plus que le patron de La France insoumise, récemment devenue Union populaire, pour ramasser le de la gauche abandonné dans le caniveau. Il est donc éminemment logique que ce dernier mise tout sur les législatives de juin prochain, demandant, par anticipation, à ses électeurs de le proclamer Premier ministre d’un dont il aura paradoxalement aidé à la réélection.

Pour ceux qui n’auraient pas encore compris ses ambitions, une affiche, rendue publique ce mercredi matin et au slogan intelligible même pour les cerveaux les plus embrumés (« Mélenchon Premier ministre »), devrait faire office de piqûre de rappel.

Ce même jour, Yannick Jadot, interrogé sur France Inter, estime néanmoins qu’une « coalition » derrière sa seule figure « ne marchera pas ». Pourtant, à moins de 5 % de suffrages récoltés, l’ancien militant de Greenpeace n’est pas forcément en mesure d’imposer sa loi, fût-elle électorale.

Et comme on est chez les Verts et que la culture du succès n’y est pas la chose la mieux partagée, Julien Bayou, secrétaire général de ce même parti, interrogé par Libération, ce mercredi 27 avril, en profite pour tacler le même Yannick Jadot, certes « solide » et ayant « mouillé le maillot », mais qui, à l’en croire, se serait trompé de « stratégie politique » : « L’idée d’une écologie qui aurait besoin de rassurer pour être crédible n’a pas rencontré d’écho. […] Il faut donc mener la bataille des imaginaires. » Banco, donc : « Jean-Luc Mélenchon veut être Premier ministre ? Nous disons chiche ! Gagnons ensemble. Mais l’alliance ne peut pas se faire avec une volonté hégémonique. Il ne s’agit pas d’élire des hologrammes dans l’ensemble des circonscriptions. » Ambiance…

À propos d’imaginaire, la revue communiste Regards vient juste d’imaginer ce que pourrait être un gouvernement de cohabitation mené par le même Mélenchon. Et là, c’est un peu entre train fantôme et musée des horreurs.

Ministre de l’Enfance et des Familles ? Alice Coffin. Il est vrai qu’en la matière, elle s’y connaît sûrement aussi bien qu’une Christine Boutin, fortuitement exclue de ce palmarès.

Ministre du Travail ? Olivier Besancenot, fils quasi adoptif d’Alain Krivine, ancien caudillo de la Ligue communiste révolutionnaire.

Ministre des Services publics ? Philippe Poutou. Ces deux-là pourront au moins toujours s’entendre sur la manière de travailler moins pour gagner plus.

Ministre de l’Économie sociale et solidaire ? Sandrine Rousseau. Avec de grands projets en perspective : non contents de continuer à sortir les poubelles, les hommes seront bientôt sommés d’allaiter les nouveau-nés.

Ministre de l’Éducation nationale ? Laurence De Cock. Laquelle, malgré sa proximité homonymique, n’a rien à voir avec Basile de Koch, président à vie du groupe Jalons. Bizarre, on aurait pourtant cru.

Et toujours pas trace de Ségolène Royal, décidément exclue à vie de cette hypothétique union des gauches. Qui osera dénoncer ce sexisme rampant ?

27 avril 2022

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