Insécurité : le climat continental sévit en Corse !

CORSE

L’agression au couteau d’un jeune Calvais, quelques jours auparavant, par Abdel B. et Ilyas S. avait déjà gravement appesanti le climat ambiant. Les menaces de mort proférées contre deux agents municipaux d’Ajaccio par deux dealers, ce 16 août, ont achevé d’acter le changement climatique régnant sur l’Île de Beauté. Ce mois d’août 2023 pourrait bien être une bascule pour les habitants de Corse qui se sont réveillés, pour beaucoup, plus français (dans le mauvais sens du terme) que la veille...

Ils n’avaient jamais vu ça. Déjà, le mois d’avril 2023 a vu, en Corse, une vague de profanations et de dégradations d’œuvres pieuses. Dans la (du moins culturellement) très catholique Corse, la série de dégradations du patrimoine religieux avait scandalisé l’opinion locale et les responsables politiques. « Mais dans quelle société vivons-nous ? » s’était ému le conseiller municipal ajaccien Christian Bacci, en mai dernier, après la décapitation d'une statue de la Vierge.

Après la métropole, la Corse touchée par l'insécurité

La question, née de l’émotion, est en réalité profonde pour nos compatriotes corses : que devient la société corse ? Quel glissement est en train d’opérer ? Pour les différentes voix du nationalisme corse, le diagnostic est clair. « Ceux qui nient nos valeurs et nos codes culturels n’ont pas leur place en Corse. Il n’y a qu’une communauté de droit sur cette terre : le peuple corse ! » avait sèchement réagi « Core in Fronte », dans un communiqué publié le 13 août dernier. Au même moment, le Parti de la nation corse (PNC) affirmait, dans un autre communiqué, que « la Corse ne peut s’inscrire dans une trajectoire de banlieue avec des comportements importés des grandes métropoles ». Le diagnostic est donc clair, pour les locaux : la Corse se francise mais Molière n’a pas grand-chose à voir là-dedans.

« Tout ce qui se passe en France met un peu moins d’une génération à arriver en Corse », affirme Nicolas Battini. Le patron de l’association U Palatinu défendant l’identité corse a décroché son téléphone alors qu’il descendait à Ajaccio pour une manifestation civile protestant contre l’insécurité sévissant sur l’île. « Le trafic de drogue n’a rien de nouveau, en Corse », rappelle Battini, faisant référence au grand banditisme. « Ce qui est nouveau, poursuit-il, ce sont les tentatives de contrôle territorial et de partition qui demeurent un phénomène totalement inédit », conclut-il.

« Passatu u santu, hé compia a festa. » Le proverbe corse qu’on pourrait grossièrement traduire par « l’immédiateté prime, les gens ont la mémoire courte » est plus que jamais utilisé. Après l’agression au couteau ayant envoyé le fils de commerçants réputés de Calvi en soins intensifs, la réaction avait été immédiate. « Une réaction populaire a entraîné immédiatement la destruction du véhicule, du logement et d’un commerce fréquenté par le principal suspect », se remémore Battini, qui « ne cautionne pas de tels actes ».

Tandis que des Corses se rassemblent, ce 17 août, à Ajaccio pour s'opposer au communautarisme et à l'insécurité, on peut craindre - « même si certains l’espèrent plus que le craignent », sourit une source locale - de semblables réactions à celles qui ont enflammé Calvi. Contre cette longue dégradation du tissu social corse, l’enjeu est double, pour les autorités : lutter contre l’insécurité et prévenir les réactions populaires. Mais pour cela, comme en France, ce n’est pas tellement une histoire d’impuissance policière mais plutôt une éternelle affaire de courage politique. « L’affari longhi diventani sarpi » (« Les choses qui traînent s'enveniment », NDLR).

Marc Eynaud
Marc Eynaud
Journaliste à BV

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Monsieur Eynaud, jusqu’à plus ample informé la Corse n’est pas encore un territoire d’Outre-Mer et fait partie de la Métropole.

  2. « A chi dorme, a piglia pesciu » (« A celui qui dort, petite pêche », disent les Corses. Pour les continentaux, c’est « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », et pour les Anglo-Saxons « The early bird gets the worm » –c’est l’oiseau lève-tôt qui trouve le ver). Le fait de se lever tôt pour l’action, en d’autres termes réagir promptement, fait partie de toutes les cultures. Qui ne comprend (et approuve!) les Corses de refuser la chienlit qui se développe chaque jour plus violente (une agression toutes les 47 secondes, chiffre du ministère de l’Intérieur!) sur le continent? Si la police est bridée, si la justice est (largement) aux mains des juges rouges, alors rappelons l’article 35 de la Constitution: « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Le premier droit du peuple qui a délégué au gouvernement les moyens de sa sécurité est clairement trahi, il n’est plus temps de lanterner.

  3. Au lieu de dire qu’il « ne cautionne pas de tels actes », Battini aurait mieux fait de dire : « voilà l’attitude à avoir, avec les barbares, et je conseille à tous les français d’en faire autant ! ». Depuis 30ans qu’on pleurniche à la télé en se demandant : »mais que fait le gouvernement?, que fait la police ?, que fait l’armée? », on aurait réglé le problème depuis longtemps si on avait appliqué la loi du talion, loi mémorielle et quinqua-millénaire. Si on ne fait que béler comme des moutons, pas étonnant que les barbares nous considérent comme tel.

  4. Le climat continental sévit en Corse ? Un effet inattendu du réchauffement climatique selon les écolos ! Je suis certain que nos compatriotes Corses ont de quoi « refroidir » les plus échauffés …

  5. J’ai cru comprendre également que certain journaliste, » s’émeuve de la dérive corse qui s’apparenterait à une scission, une sorte de séparatiste corse de la métropole, au travers de cette manifestation » ! Celle-là , il fallait l’inventer. Vive le peuple corse

  6. En espérant que les Corses sauront conserver leur réputation et par la même leur liberté et culture ! en ne laissant pas cette gangrène continentale les ronger et faire de ce lieux d’exception la poubelle qu’est devenue le continent!

  7. Souhaitons ardemment que les Corses, fidèles à leus traditions, ne se laissent pas gangréner comme « l’Hexagone ». J’ai confiance en leur volonté de rester Corses! Ils devraient pouvoir nous donner une bonne leçon de courage et de dignité.

  8. Au moins les Corses, eux, se bougent pour faire le ménage. Pour ça il faut l’amour de son pays ou de son ile et un peu de courage ce qui manque beaucoup par chez nous.

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