Notre pays, force est de le constater, est dangereusement rongé par la crétinerie, la bêtise hargneuse, l’ignorance, l’inculture vindicative et militante. En cause, la victimisation galopante de groupes de plus en plus nombreux à revendiquer « leur différence » et les mauvais traitements qui en découleraient.

En tête des malheureux réclamant réparation du sort funeste qui leur est fait, on trouve les Indigènes de la République, dont la représentante et porte-parole est .

Sa philosophie, et celle de son mouvement, donc, est assez binaire : zim-boum, comme la musique depuis quelques décennies. Le à deux temps pour oublier celui de la valse qui se dansait sur trois. Sans blague, l’abandon du rythme ternaire est bien plus significatif qu’on ne l’imagine : il marque la perte du tiers, de l’incertitude, de la souplesse, de la nuance…

Madame Bouteldja est sans nuances. Selon elle, se divise en deux catégories : les oppresseurs et les opprimés. Zim-boum : « les Blancs » et les autres. À ce titre, elle dénonce, pourchasse, incrimine, traque les déviants et les traîtres qu’elle débusque jusque dans les replis de leur jupe. Dernière coupable offerte à la vindicte des Indigènes et de leurs séides : Zineb El Rhazoui.

Une traître à la cause, cette Zineb, assurément…

La jeune femme, couronnée au début de ce mois par le prix Simone-Veil des trophées Elles de France pour « son courage et sa force dans ses combats pour la défense de la , la lutte contre toutes les formes d’obscurantisme et de l’égalité entre les femmes-hommes », était, voilà quelques jours, l’invitée d’une rencontre avec . On peut imaginer que le débat méritait l’intérêt de nos Indigènes ; hélas, ce n’est pas là-dessus que Mme Bouteldja a trouvé à redire, mais sur la longueur de la jupe de Zineb.

La photo des deux femmes, postée par un journaliste du Figaro, a fait le tour des réseaux, avec ce commentaire délirant de la porte-parole Indigène : « Dans la série “Mon corps ne m’appartient pas, il appartient au monde blanc”, vous remarquerez que le non-port ostentatoire du voile ne suffit pas à distinguer la femme indigène libérée de celle qui est soumise. Jusqu’à quel point est-elle libérée, hein ? » Et de reprocher à la jeune femme une tenue finalement plus « osée » que celle d’Élisabeth Badinter dont « nous ne verrons ni les jambes ni le décolleté » car « ça se fait pas chez les intellectuels de la haute. Oui, parce que son corps enveloppé dans un costume sombre et pudique n’appartient ni à la République ni à walou. »

Ou parce qu’à 75 ans, on ne s’habille pas comme à 37 ?

Qu’importe, ces considérations n’entrent pas dans le raisonnement d’Houria Bouteldja, qui tient à l’affirmer : le corps de « Zineb qui n’appartient plus à sa race, appartient désormais à la race et à la classe d’Élisabeth ».

Déterminisme, quand tu nous tiens… Idéologie, quand tu nous cramponnes…

Dans un papier du Point de juillet dernier, Arthur Chevallier qualifiait Houria Bouteldja d’« icône obscure d’une cause pour ignorants ». En remplaçant le mot « France » par le mot « Blanc », elle invente, disait-il, « un pays dont nul n’a jamais entendu parler ». Et de pointer chez Houria Bouteldja une pensée « archaïque » qui, à l’évidence, fait d’elle « l’icône obscure, inquisitoriale et médiévale d’une cause pour ignorants ».

Quant à Zineb El Rhazoui, il en faut plus pour la démonter. Ce message d’Houria Bouteldja est un « condensé de racisme, de misogynie et surtout de crétinerie. Je pense qu’à ce stade avancé du complexe du colonisé, il faudra songer à consulter », écrit-elle en réponse.

28 novembre 2019

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